‘TO MONOPATI’

(goutte-à-goutte dans les oliviers et vue sur KOS.)

‘To monopati’ c’est ‘le chemin’.  Au port de Kalymnos on se trouve à l’entrée d’une large vallée, bordée par une falaise au sud avec un monastère, et une au nord avec … un monastère. Le premier on l’atteint par une route un peu difficile à repérer. La vue est ouverte sur la mer, le port, et la ville dont les constructions s’étagent assez haut sur les bords.

 

Le lendemain je pars à la recherche du second mais ne distingue aucune route qui semble y mener. Dans le village une dame m’indique une ruelle, où l’on me dit qu’il n’y a pas de sentier pour y monter depuis ici … “et par là?” ça semble possible par le rocher …. “on peut!”. C’est parti. Ce n’est pas vraiment de l’escalade mais je fais gaffe. Pas envie d’être le touriste en perdition responsable d’une interdiction de plus. Mais l’interdictionnite est une maladie française.

Je passe entre l’immense drapeau grec et une laide croix en béton; un peu plus loin un fléchage sommaire … et la chapelle. En face, loin, l’autre rive où je me promenais hier.

 

Comment ont-ils acheminé les matériaux? Au-dessus la garrigue. On peut marcher mais pas de sentier en vue. L’espace d’un instant j’aperçois une chemise blanche, sur une trace que j’avais prise pour un muret, qui est en fait une belle piste de pierres qui s’en va vers les hauteurs. On est loin de la chapelle. Il est un peu tard pour se perdre. plus haut un couple de marcheurs. Le garçon parle anglais. Ils viennent du port; j’ai rejoint le chemin ‘officiel’ en cours. La jeune fille me vexe  avec son “vous êtes français?”. “Oui je parle comme je peux … mais alors lui aussi?”. “Je ne sais pas”. Ils ne sont pas ensemble.

(… les pierres du chemin se confondent avec les maisons du port)

Il est 18h. On est trois single-zozos sur un chemin grec qui ne va nulle part. La vue et la lumière sont magnifiques. Je continue un peu. On reviendra demain. Sans voiture trouver un endroit où marcher plusieurs jours depuis le bateau est un privilège.

 

 

RENCONTRES …

 

J’aime pas les gens …

“Quand ils sont beaux ils sont idiots, Quand ils sont vieux ils sont affreux, Quand ils sont grands ils sont feignants, Quand ils sont p’tits ils sont méchants” (Boris Vian)

… J’aime pas les gens mais parfois si.

ERIC : (Lakki)

Rencontré au restaurant italien de Gabriela, “Al Fico d’India” (au figuier de Barbarie); il voyage sur son Oceanis-393.  C’est un grand bricoleur; avec son boat on pourrait équiper trois bateaux comme le mien. On  mange ensemble une autre fois à terre,  Et je me retrouve à bord d’ “Animiste”, quel joli nom… où nous passons un bon moment.

Le lendemain il me propose de remplir mes tanks avec son dessal-(linisateur), et ça m’arrange, parce que le ravitaillement en eau oblige à fréquenter les ports, ce qui peut être parfois pesant.  Il ne me manque pas beaucoup, 50 litres, mais je n’ai pas de jauge… la peur de manquer, la nécessité de prévoir…

Puis c’est marrant de transvaser, un prétexte pour faire quelque chose ensemble… ça me change de tous ces bateaux constipés, indifférents ou sans culture marine aucune; de  ces gens qui n’existent pas. Pour exister il faut être soi-même, et pas indifférent à l’autre.

Il y a des rencontres de dix minutes, de 10 secondes, PONYO en provoque quelques unes. Il en est d’autres plus difficiles, parce qu’il leur faudrait plus de temps.

Et puis parfois c’est naturel, loin des postures; il n’y a rien à prouver; personne à changer… Il fut un temps où nous fonctionnions comme ça, perméables aux inconnus: “tu veux  jouer avec moi?”.

ECKART, MARTIN & Co : (Kalymnos)

(Ah ce passage-là est trop long, mes photos sont moches.  Et aucune, bien sûr, de l’incident pour m’aider à le raconter.)

Un gros bateau de location avec un équipage allemand. est à quai à côté de moi…  dans la catégorie de ceux à qui je n’ai plus rien à dire. Comme  des voisins de métro ils seront remplacés par d’autres, les nouveaux ‘clients-hauturiers’ de cette boîte de “sailing” ou  d’une autre, qui s’approprient l’espace public et qui pourrissent la Plaisance.

Et puis le vent s’emmêle. Il est d’Est, 90 degrés bâbord. Il y a un grand bateau de passagers, en travaux d’avant saison, une quarantaine de mètres de long; puis un First 38.5  français; puis les allemands, puis moi. 30 noeuds de vent attendus, davantage dans les rafales. Je vérifie les pare-battages; mes voisins disent que ça va, qu’ils ont rajouté des défenses, et m’apprennent qu’ils ont  mouillé …15 mètres!! autant dire rien.  J’en ai trente, ils ont 10 pieds de plus.

A un moment le vent forcit. Les  vagues se forment devant l’étrave du gros bateau qui nous protège. Sauf que son ancre se met à chasser d’un coup. Une barge en fer de trois mètres  sur deux qui servait aux ouvriers à travailler sur le bordé s’appuie contre l’arrière du First. L’énorme coque est à 45 degrés du quai, menaçant de tout écraser; l’équipage essaie de glisser des défenses entre les deux bateaux. Le mouillage du voilier allemand dérape. Le mien ne pourra pas tout retenir. Le gros bateau démarre enfin ses moteurs, tente de se maintenir perpendiculaire au quai en s’appuyant sur ses amarres, mais ça ne suffit pas, alors ils augmentent le régime,  les remous propulsent la barge mal attachée contre le First comme un bélier.

Avec les voisins allemands on protège le bateau français dont les propriétaires ne sont pas là. Pare-battage, amarres, il faut aller sur la barge, puis sur le yacht tendre des aussières, éviter que la passerelle qui a glissé sous le quai  ne défonce le tableau arrière, faire attention aux pieds, aux doigts, . Le gros bateau fait n’importe quoi. Pourquoi ne quitte-t-il pas le quai? En dehors du pilote m’est avis que les autres sont des ouvriers.

Enfin le gros machin s’éloigne! On finit avec les voisins . Puis on va boire un coup chez eux, du vin rouge avec du citron. Ce sont des gens très gentils. Ils font face sans trop de connaissances, mais sans éluder. Ils re-mouillent proprement avec 40m de chaîne;  bien leur en prend car il y a encore un coup d’Est en début de nuit. Les prévisions météo n’arrêtent pas de changer. Ils s’en vont tôt le lendemain. S’ils étaient à bord de leur propre voilier on se reverrait sans doute un jour quelque part. N’empêche… je les ai jugé un peu vite!

PIERRE-YVES ET SYLVIE :

   

Eux sont suisses et on sympathise. Ils ont une chienne, Skye, et un géranium, Gérard. Un Océanis 42-CC, “Dune”, un joli bateau, un peu comme le Bavaria 42-CC de Chantal et de Markus, mes amis de Vinarius. J’adore les histoires des navigateurs: comme ils se sont retrouvés là. C’est toujours très intéressant, c’est souvent beau. Ils doivent descendre sur Rhodos. Moi je suis bloqué par ma carte. C’est rare de se découvrir des atomes crochus avec un couple, cette entité un peu monstrueuse… Il y a 17 bateaux de location dans le port, 13  de propriétaires,  dont 4 suisses; et parmi eux ‘Cindy’-qui-ne-s’appelle-pas-Cindy, équipière sur le Trimaran de Charly, à droite sur la photo de droite.

Pierre-Yves et Sylvie partent sans doute aujourd’hui;  je leur souhaite des vents cléments. Mais on se reverra c’est sûr, “et si ce n’est pas sûr c’est quand même peut-être” dirait Brel… La vie est étonnante; on est vieux… et on ne l’est pas! ça pourrait devenir un art…

    (La Mora sur la tapisserie de Bayeux…)

OLIVER:

Et puis mon voisin tribord OLIVER, à qui j’apprends que le nom de son ‘Belliure’, “La Mora”, un très beau bateau de 15-16 mètres, provient peut-être de celui du ‘vaisseau ducal’ de Guillaume le Conquérant quand il envahit l’Angleterre en 1066. Je ne le savais pas non plus, mais il m’arrive d’être curieux.

On discute un moment ce soir. Il part demain mais il revient à Kalymnos. On risque donc de se revoir. Il me propose de m’avancer des sous, mais je décline. Tant pis pour les tavernas… Ce n’est pas plus mal de manquer parfois: ça recentre! Mais c’est généreux de sa part.

Ces rencontres sont des vitamines. Certains s’en passent. Je me demande comment ils font. Pour moi elles valent bien une carte mangée par un distributeur au fond d’un ‘golfe pas très clair’. Je repasse encore une fois chez Noufris le loueur de voitures. Le type de la machine à billets n’est pas venu. “A ver si mañana …” “Mipos Avrio”. Demain.. apès-demain …  Quizas (x 3)!

Voilà, Il est tard. Le blog est à jour! Mais c’est bien la dernière fois que je prends autant de retard, car ça rend tout plus compliqué.

KALYMNOS : UNE ILE DIFFERENTE

La ville est entourée de hauteurs qui forment une vallée large vers le nord-ouest. Une deuxième vallée parallèle, sauvage et montagneuse redescend  vers Vathy, au sud-est. Le ‘Béta’, que l’on trouve dans ‘bathyscaphe’ (bathi-profond / scaphos-bateau) se prononce ‘V’ en grec, d’où Vathy.

   

(Le chateau de Chrisocheria; en contrebas une abbaye, ruchers, vergers, poulaillers,et ‘vieux moulins’ en … construction)

En remontant vers le nord on longe une très belle côte ouest à gauche, et une chaîne montagneuse à droite. L’île s’est fait une “spécialité” de ses parcours de randonnée et surtout d’escalade. L’hôtellerie a suivi avec un goût assez… inégal. Boboïsme sportif, bio commercial, et paysages salopés-mais-pas-trop …

La vue sur l’île de TELENDOS reste de toute beauté. Trente ans en arrière ce devait être une perle.

 

  (l’île de Telendos: malgré le temps maussade et mon humeur morose… : difficile de ne pas admirer cette baie splendide)

   

Vers le nord tout devient plus sauvage. Mouillages beaux et austères; départ de sentiers de randonnée nombreux et bien balisés, avec souvent un accès par un escalier taillé dans la pierre. Plus bas la baie de PEZONTA est un petit bijou, et un abri du sud à connaître…

 

Et VATHY; village en bord de route retanché derrière ses murs blancs ; de l’autre côté,  des fermes, des jardins, des vergers d’agrumes …

   

… jusqu’au port, étroit et profond, déjà trop plein à mon goût de touristes, de sailors, et de grimpeurs… En été ce doit être tout à fait infernal, selon le principe que plus les lieux sont petits et charmants, plus ils attirent de monde. Mais pour l’heure ça va. L’eau est juste encore un peu  fraîche.

 

KALYMNOS PAR HASARD

J’ai pris du retard. Pas en navigation, rien ne presse… Mais le blog. Ecrire les articles après coup les transforme en événements digérés, ça leur donne un goût de compote…  on y perd celui de la pomme. Et ça prend plus de temps.

LEROS PAR L’EST :

      

Pas fâché de quitter Plofoutis, de descendre jusqu’à PANTELI, joli port au pied du fort, fermé cette fois encore. Tant pis. Je dors à “Paradisos”, vaste mouillage en face d’un restaurant à côté d’une zone de bouées. Pas envie de port; pas envie de bouées; pas envie qu’on me balise la vie sous prétexte de me la faciliter.

Le lendemain je lève l’ancre avec la légèreté que donne l’indépendance en direction du sud de Léros,

Pas trop de vent; sous génois seul je longe la côte jusqu’à une énorme carrière. A côté un mur de pierres extraites visiblement de là  qui semblent petites vues de loin. Le mur maintient un tas d’ordures de 10m, sans doute plus. L’éternel problème: que faire de nos déchets?

Derrière, ouverte au sud, la baie de XIROKAMPOS, lumineuse et paisible; un pur bonheur après ces nuits inquiètes dans le vent fort: je reconnais certains bateaux aperçus à Lakki. Je me coule dans une indolence d’un autre temps. Un temps au ralenti. Sur la plage l’aubergiste fixe avec du mortier des tuyaux de PVC de 100 pour y installer des parasols en paille, déjà à poste le lendemain matin, aidé d’un couple de ‘guests’ adorables qui motivent un groupe de tout jeunes gamins pour récolter les déchets sur la plage, les amener à la poubelle. Ils leur offrent une glace ou une boisson pour les remercier, les gosses sont aux anges. La paix tient à pas grand chose. Des gens heureux. Des gens bons. Les gens mauvais sont-ils heureux?

     

C’est le genre de lieux, comme Lakki,  où l’on peut vite se dissoudre, prendre ses habitudes, nouer des relations, exister… Sûrement passer d’agréables vacances. Mais on annonce des vents forts, de sud, encore. Et l’on part tôt, moteur et voile, en direction de KOS; Kalymnos de m’attire pas.

Oui mais voilà:  le moteur refait des siennes, mêmes symptômes qu’à Amorgos. Direction ce grand port de Kalymnos à trois noeuds.

Je les ai contactés il y a une heure; deux ou trois marineros m’attendent. Il ne reste que deux places. Le moteur tient, mais me fait encore avancer à deux  noeuds au neutre dans le port alors que l’hélice ne devrait pas tourner;  pratique pour accoster!…  D’autant qu’une demi-douzaine de crétins-de-location me doublent dans les derniers 100 mètres! Pourquoi? : par impatience? par peur que je leur pique deux places? parce qu’il leur sera plus facile de ranger leur gros bateau? par habitude? par bêtise? Ils sont six et je suis tout seul, avec un moteur ‘bipolaire’. Je leur fais un ‘pouce’ (bravo!), avec la main droite et me concentre sur ma manoeuvre. Deux gars prennent la ligne pour 5 euros… Le confort!

Le soir même j’ai la visite de Michalis le mécanicien.

Il ne parle que grec. Il comprend tout. Les accélérations spontanées, les deux noeuds au point mort, la fuite dans la cale quand je lui ouvre le compartiment moteur. Il dévisse le préfiltre et le filtre gasoil ‘changés’ à Egine: ils sont  pleins de ‘fongus’, des micro-organismes qui se développent dans le fuel. Bouchés de chez bouchés! Filtres changés il redémarre le moteur sans même l’avoir désamorcé. Tout fonctionne. “Le moteur va bien ? ” Il fait oui de la tête, “kala!”

80% des moteurs des pêcheurs sont des Perkins des années 70-80. Il me montre comment vérifier la présence d’eau dans le préfiltre (“tous les 5 jours au début”). Puis se lève. “je te dois combien?” “60”. Les bras m’en tombent. J’en toucherai deux mots à mon garagiste en rentrant. “tiens,  70!..  et surtout merci”. Un ennui de moins. Il existe encore des endroits où un marin n’est pas a priori un américain. Le mécanicien pourrait gagner quatre ou cinq fois cette somme sans que le skipper s’en offusque: je suis gros, riche, incompétent, mon temps est précieux et je paye!;  sans oublier d’indiquer en commentaire sur Navily que cette escale a été “fantastic”… que peut-on dire à ces gens-là?

KALYMNOS :

La nature a horreur du vide! Le lendemain je loue une voiture: aujourd’hui mon dos a mon âge … Mais je n’ai pas pris assez d’espèces. Le loueur me dit qu’il y a un distributeur de billets ATM à 10 mètres. STOP!… NE – FAITES – JAMAIS – CA !!

Les billets sont sortis,  mais pas la carte! Je revis le cauchemar de Mytilini!

Allez.. Je ne vais pas vous embêter avec ça. Il est 14h, la voiture est louée pour la journée. Allons visiter Kalymnos… la différente!

   

 

 

LEROS EN COUP DE VENT

(.. ou coup de vent à Léros …)

On ne peut pas dire qu’on ait été pris par surprise. Le coup  de vent de sud-est (force-7 rafales attendues 43 noeuds), est prévu depuis plusieurs jours. A ICARIA mes voisins italiens ont préféré attendre. La descente vers LIPSOI (Lipsi) sous génois seul au portant, même  avec 25 noeuds de vent du nord,  est une balade. Contre le vent ce serait autre chose.

Celui-ci  doit passer sud  vendredi aux aurores, et nous nous dormirons en bas de LIPSOI mercredi (à l’abri du nord), pour pouvoir être au nord de LEROS (abrité du sud)  jeudi soir;  le temps de nous préparer. Sur le papier la baie de Plofouti  semble convenir.

          

(la baie voisine déjà bien pleine …                                                         … et la nôtre de loin vue d’en haut)

Sur ces photos, la veille du coup de vent, tout semble si tranquille … Mini grimpette jusqu’à un petit prieuré où une dame qui fait l’entretien me parle, dans un français impeccable appris à l’école, de la politique française, de la fin du second mandat du président Macron, de la  Grèce, de l’Europe … l’aventure est au coin de la rue! : combien connaissent en France le nom du président grec? …

Le lendemain, le vent a tourné, et je me retrouve un peu trop près d’un cata américain arrivé avant moi, alors je bouge pour jeter l’ancre de l’autre côté de la baie pendant que le vent commence à souffler.

D’ailleurs c’est peut-être un mal pour un bien : de mon petit coin je vois les ancres chasser, les bateaux chercher un autre  ancrage… mais ils ne sont pas légion les ancrages ; peu de plaques de sable, beaucoup d’herbiers sans aucune tenue… Seul c’est difficile de repérer les zones sableuses, conduire le voilier dont  le vent ’embarque’ l’étrave, obligeant à garder pas mal de vitesse, puis filer l’ancre au bon moment …

D’autant que certains font n’importe quoi avec des bateaux énormes , mouillent en avançant sans regarder ni carte ni vent ni voisinage : l’un d’eux emporte coup sur coup les ancres de deux voiliers en place depuis la veille (les deux bateaux de la photo) ..

 

…  ratissant la baie en tous sens comme un camion fou ( s’en est-il seulement rendu compte?)

On le voit arriver vers soi avec effroi et on lui fait tous de grands gestes comiques et frénétiques avec les bras!

Sur les dix-sept ou dix-huit bateaux que nous étions en début de matinée, cinq renoncent et s’en vont, et la moitié au moins doit re-mouiller deux ou trois fois.

Je me crois à l’abri car mon ancrage tient depuis des heures. Mais d’un coup  je me mets à dériver, lentement sûrement, sans raison particulière, et je passe un moment à retrouver un spot de sable qui accroche, dans 4 mètres d’eau où je file les 50 m de chaîne que j’ai en stock!

Tout ça a pris la journée. Les conditions n’étaient pas exceptionnelles, 35 noeuds peut-être. Mais la nuit tombe, le vent n’a pas vraiment faibli. Sil faut ré-ancrer cette nuit à la frontale … j’appellerai ça un drôle de cadeau d’anniversaire … (et oui!)… Je règle l’alarme de mouillage sur 30 mètres … et je vais  lire un bon moment avant d’oser aller dormir!

C’est l’alarme de mouillage qui me réveille étendu dans le carré; 35 noeuds; le mouillage qui ne dérape pas ‘mais’ … On n’est pas grand chose à deux heures tout habillé, quand hypnotisé par la trace élastique et capricieuse de son bateau sur la tablette on se demande : ça va tenir?… et si ça ne tient pas je fais quoi?…

(Bref: il y eut un matin …        

 

…  et même un matin avec une petite attention de Charly, du catamaran américain Kaya (une chanson de Marley, et une actrice aussi …) pour me remercier d’avoir déplacé mon bateau et m’avoir vu galérer hier soir tard,  à la recherche d’un mouillage que je ne pourrai de toute façon pas tester avant la nuit …)

Sympa!

 

 

ICARIA – SUD / OUEST

                          N’allez pas à ICARIA!  : vous allez me l’abîmer ! Ou alors, si vous êtes obligé d’y aller, efforcez-vous de lui ressembler; prenez votre temps, laissez  à l’hôtel vos sacs fluos, votre panoplie de ‘vêtements techniques’. Soyez discret, aimable, curieux, parcourez les chemins, randonnez, baignez-vous sans glapir comme une horde d’ados … et d’ailleurs laissez vos ados à Skiatos, Corfou ou  Mykonos..

.. ils vous en remercieront.

  

(Armenistis)

   

Des îles bling-bling il y en a partout, des boîtes branchées, du Spritz et des Mojitos, des équipages qui ne quittent jamais leur cockpit … Comment la vie pourrait-elle nous surpendre si l’on promène avec soi  partout  ses certitudes de Playmobil; si l’on ne débranche pas quelque chose?

         

(entre Armenitsis et Christos)

Avec mon scooter je me suis perdu sur des pistes de terre entre Christos et Frantado,  ,, j’ai observé des tortues d’eau sur la rivière de Kastaniès avec des allemandes rencontrées au milieu de nulle part, pris une route en construction pour rejoindre celle de Kirikos, maudit ma selle (ah! Sainte Fesse!), frôlé la panne à Manganitis, raté la plage “des Seychelles”… Partout j’ai eu ce sentiment de découvrir une île neuve, belle, nature et sans affectation. Oui l’été il y a du monde me dit la patronne du salon de thé, surtout August (août); mais on en a besoin … (soupir’) …

        

Alors s’il vous plaît, si vous vous emm..bêtez s’il  n’y a rien à faire, rien à acheter, si vous ne supportez pas le silence, le noir de la nuit étoilée, allez dans un endroit qui vous ressemble. Ne consommez pas du zen si vous n’êtes pas zen, de la nature si c’est juste l’image de la nature qui vous parle, du ‘charter’ parce que c’est moins cher hors-saison, du Sahara ou de la Patagonie en groupe parce qu’on y entend le silence!!! … ( Là, le Capitaine Haddock aurait dit un  gros-mot, peut-être même deux!)

           

(Christos)

ICARIA …  Qu’elle est belle, cette île sans bruit de fond. Cette île qu’on n’a pas envie de mettre entre toutes les mains. Seulement des mains qui savent voir et qui font attention, à ne pas troubler cette paix, cet équilibre fragile. Mais je ne suis pas trop inquiet: Icaria est protégée des vents .. je veux dire par ses vents, et aussi son relief. Dame, c’est que ça souffle, et aussi que ça grimpe!

ICARIA – NORD / EST

Ces petits scooters Honda 110cc sont du tonnerre: ils ne consomment rien et ont la pêche. Je ne connais pas grand chose de plus grisant que de rouler plein pot à flan de montagne, sur une petite route grecque qu’on ne connaît pas. Le vent du nord s’est levé. Les sommets sont accrochés par une brume mobile.  Au col il fait froid et ça souffle. C’est une île comme je l’espérais, sauvage mais habitée en hauteur, très boisée; on s’attend à tout moment à traverser une châtaigneraie, mais non, ce sont des platanes à feuilles d’érable, des acacias, des pins, des chênes verts…

           

Il y a bien sûr Evdilos, un port que je voulais voir, un abri possible, barré comme Kirykos d’une immense digue en béton. Mais ici non seulement le port de pue pas, mais en plus le lieu est sympatique, familial et bon enfant. Un peu partout les gens vous saluent ou vous rendent votre salut spontanément, à l’ancienne. Pourtant – ça n’en a pas l’air – l’été c’est blindé ici comme ailleurs. Des Icariens expatriés qui y reviennent pour les vacances; des touristes qui au vu de la situation internationale privilégient une destination pacifique.

   

Je crois que dans cette île assez brute de paysage, les locaux ne sont pas mécontents qu’on vienne un peu les envahir. Mais on ne sait jamais ce que les autres pensent: par exemple lorsque je dis à la serveuse en anglais qu’elle a l’air bien ‘sérieuse’ … elle ne comprend pas “serious”. Alors je le lui traduis par un “Eisei sovari” que je crois irréprochable. Et elle se fige, la main sur le coeur, comme si je lui avais fait le plus beau compliment possible. Diable! le jour où la même tentative sera perçue comme une injure, je me dirai probablement que quand on n’est pas sûr on ferme sa ..  (    )  mais ce jour n’est pas arrivé!!

 

En rentrant, côte sud (sous le vent) les rafales sont impressionnantes,  le vent lève par moment des paquets d’embruns;  la surface se couvre de traînéees blanchâtres évoquant  un état de la mer force 7 – 8. Je veille au guidon. Je m’arrête à la hauteur de Therma Lefkados. Je descends à pied jusqu’à la plage de galets que je longe; parfois je dois escalader des rochers. Je suis allé trop loin. Ici la source chaude n’est pas sous une grotte, mais au bord, entre les cailloux.

 

 

 

La mer fume, on le voit mal sur la photo. J’irais bien dans l’eau mais au bord elle est bouillante, et plus loin il y a beaucoup de ressac. Alors je regarde la mer, magnifique autant qu’infréquentable qui me fait face, balayée par des vents catabatiques qui ne plairaient pas du tout à PONYO; on est pourtant bien  loin de ce que nous appelons communément “tempête” en français, que Google traduit par ‘kataygida’ ; aygida : auspices, kata : contre? ..

.. mais c’est sûrement moi qui fabule avec mon Googletrad !

 

DE PATMOS A ICARIA

– PATMOS :

L’étape suivante commence à Patmos où je me suis amarré provisoirement “à l’anglaise”, “longside”, “alongside”, sur le côté, tout ça est synonyme, devant un gros catamaran, les autres places étant disputées par trois bateaux de loc arrivés au sprint pour se mettre cul-à-quai sur le môle principal, dos au nord … Le vent est faible mais  de secteur sud, et va se renforcer. Je déménage en face de l’autre côté du bassin, un peu loin de la ville.

Le lendemain les rafales dépassent les 35 noeuds. L’un des bateaux de loc dérape (son ancre chasse) et emporte le mouillage des bateaux sous son vent. Un pauvre danois parfaitement amarré traverse tout le port en dérivant, une aussière entortillée autour de son hélice; un skipper belge plonge  couper le cordage, et tout le monde applaudit quand il arrive à se libérer. Ceux qui ont fait le choix de l’autre côté du port attendent comme moi que la météo s’améliore.

C’est assez souvent le cas: quand on a une place sûre au port il vaut mieux savoir patienter. Ou mouiller au-dehors tranquille.. Que devient le bateau si l’on n’est pas à bord et qu’on vous décroche votre ancre? Le 8 mai on appareille pour FOURNOI.

 

– FOURNOI :

FOURNOI (prononcer Fourni) est l’une des îles préférées des navigateurs en mer Egée Est. Ile jolie, méconnue, pas trop abîmée par l’époque, dont j’aimerais dire du bien après avoir été peu tendre avec Patmos.

Le sud a faibli. Mais il n’y a aucune place dans le port de FOURNOI, Il n’y a pas non plus de yacht de passage. Le port est plein de pêcheurs et de bateaux d’une société, ‘Axion’, dont le personnel, nombreux, se comporte en maître des lieux, ils n’ont pas loin de dix bateaux ici … J’apprendrai qu’ils promènent un congrès de ‘doctors’ d’île en île sur leurs joujous de 1500 CV !

C’est juste un mauvais jour pour visiter FOURNOI.

On se met à l’extérieur du quai avec PONYO, vent nul, prévu faible cette nuit. A peine sommes-nous amarrés, qu’un petit ferry de rien du tout arrivé au ralenti,  fait naître une série de vagues verticales qui menacent de nous jeter sur le quai en écrabouillant les défenses ou le liston et les chandeliers. Le ‘port police’ dit qu’il ne peut rien faire … mais que j’ai le droit de rester là où je suis, c’est la place la moins mauvaise; pas de ferry avant demain soir.

(à gauche 2 bateaux, 5 moteurs,  2500 CV …    

… à droite on a sorti toutes les défenses ..  Deux mondes ! )

Le matin c’est une équipe de chantier qui me rappelle que certains travaillent: d’ailleurs ils doivent intervenir juste sous l’endroit où je stationne; non ça ne peut pas attendre,” mais on peut vous déplacer”. Je n’en doute pas, mais je choisis de m’en aller. En partant je croise … le ferry de 9 heures. Peut-être que ces gars-là viennent de m’éviter un genre de dégât des eaux!!

– ICARIA – THERMA :

Bon, la poisse n’a qu’un temps, on reverra FOURNOI plus tard. J’ai envie de découvrir ICARIA. Vaste, sauvage, battue des vents, peu de ports fiables. des rabattants par vent de nord, très peu d’abris par vent de sud. .. En attendant le vent  m’y porte, pas très fort, et sous foc seul. J’ai repéré la baie de THERMA, connue pour sa grotte d’eaux chaudes en bord de plage.

 

Le vent n’a pas encore tourné. La chance si : il n’y a qu’une place dans la baie, et il n’y a aucun autre bateau en vue. Un peu plus de vent sans doute cette nuit. Mais j’irai au port voisin de KIRYKOS demain matin. Aujourd’hui c’est tourisme thermal et petits poissons (ceux qui vous grignotent les jambes). Je gonfle l’annexe, y jette une serviette et deux vêtements propres, et de nouveau le temps s’arrête

   

Et puis mes pieds m’amènent au-dessus, entre Therma et Agios Kirykos, quelques kilomètres au sud … Après la taverna … il commence à faire chaud!

           

La nuit sera agitée. La houle rentre, la baie est petite; je suis à 25 mètres de l’enrochement. “Audentes fortuna juvat”… (la fortune sourit aux audacieux). Au matin je vais mettre le bateau à Kirykos pour louer un scooter et visiter l’île d’Icaria.

 

 

PATMOS : ‘APOCALYPSE TRAVEL’

 

(‘Apocalypse Travel’ …)

   

‘Apocalypse Travel’, c’est comme ‘Rôtisserie Cathare’ ça ne s’invente pas … J’aurais pu choisir un autre titre: Patmos la très belle, Pathmos la très pieuse, Pathmos la sereine, l’historique Pathmos … Ou la très agaçante Pathmos! Alors Apocalypse …

   

L’île est pourtant d’une grâce infinie, la Chora très belle, avec des maisons habitées par des ‘locâls’, des gens d’ici. Tout respire l’harmonie, le zéro-faute-de-goût: vieux grès blonds des seuils, des linteaux, frappés de la croix de Saint Jean, dentelles aux fenêtres, volets patinés, escaliers, pavements …

Patmos  ne m’est pourtant pas vraiment sympathique,  peu  aimable, froidasse, sans générosité hors raison de business.  Une belle sans sourire.  Les portes se ferment, les regards évitent.  Même les enfants semblent avoir appris tout jeune à vous ‘invisibiliser’. Vos mots de grecs vous reviennent à la figure en anglais avec une petite moue condescendante: on vous passe le “Kaliméra” et le “Yassas” qui font partie de la panoplie du touriste, lequel n’est pas là pour aimer la Grèce ou les Grecs mais pour faire tourner un système nécessaire et rodé, rentrer chez lui globalement satisfait, et ramener d’autres touristes ..  On est hors saison pourtant, avant le stress du raz-de-marée estival.

Alors évidemment on trouve toujours des gens gentils, les grecs sont foncièrement gentils. Mais toute curiosité pour l’autre a disparu. Le touriste est d’abord un étranger à la communauté; sauf parfois quand il repasse quelque part, quand on l’a enregistré … cette gentillesse arrive à s’exprimer.

       

LA GROTTE DE LA REVELATION :

La chora  était vide hier, les lieux saints fermés, grotte et monastère.. . Saint Jean, exilé à Patmos, vécut dans cette grotte avec son jeune disciple Prochore. Il y aurait entendu la voix de Dieu puis vu Jésus ressucité; c’est aussi là qu’il aurait reçu la Révélation (= Apocalypse) directement du Christ, qu’il dictera ensuite à Prochore autour de l’an 95 après JC. Jean était un pauvre pêcheur de Bethsaïde .. savait-il seulement lire ou écrire?

Les limites de la grotte sont bien visibles. Elle est prolongée par une chapelle bâtie très ornée. La grotte suffisait à Jean. Pas à ses ouailles.

Quand un jeune noir américain pour qui cela semble important, demande à l’employé qui vend les tiquets où  avait eut lieu précisément la Révélation, le gars s’agace. Il ne sait pas, il s’en fiche, il retourne à son portable. Je reste pour profiter du lieu. C’est quand même émouvant de se dire que Saint Jean a vécu ici il y a 2000 ans.

Un peu plus tard un monsieur -un guide?- explique en anglais la tempête qui a fendu le rocher, le tonnerre, la fissure triple dans le plafond qui en a résulté. A la sortie je vais vers lui pour le remercier, mais lui aussi s’en fiche. “elle te plaît ma soeur?”.. on pense à Astérix en Corse; on pense à Jésus engueulant les marchands du Temple … Allons voir le Monastère.

LE MONASTERE DE SAINT JEAN :

 

Là non plus pas de photos, et c’est heureux, en particulier dans le musée. Entrée, cour, office, réfectoire … voilà pour la partie publique. De très belles icônes anciennes et extrêmement bien conservées. Des lieux de culte remplis de dorures, candélabres, boiseries, fresques… Mais surtout le musée!

Y sont exposés des livres très anciens, certains admirablement calligraphiés, et des peintures sur bois du XV et XVIème siècles qui ne dépareraient pas au palais des Offices à Florence: annonciations, mises au tombeau, et une mosaique aux pièces minuscules, de l’ordre du millimètre, et d’une intense expressivité. Si vous en avez l’occasion ne zappez pas cette salle!

Rien que pour ces sites passer à Patmos, qu’on soit ou non croyant, vaut la peine; je veux dire hors saison .. Car lâcher un bus dans la grotte de 20m2 d’un des Saints majeurs de la Chrétienté  ne peut être qu’une (       ) .. je ne trouve pas le mot.

D’un point de vue personnel un détail me perturbe dans tout cet art sacré: à la différence de nombre de statues de la période hellénique les représentations religieuses ne rient ni ne sourient jamais. Ne peut-on être joyeux et aimer Dieu?

 

 

LEROS : ANSE DE LAKKI ; AGIA MARINA

       

“Εγώ, σχέφτηχε ο μικρός πρίγκιπας, αν είχα πενήντα τρία λεπτά για ξόδεμα, θα πήγαινα ήσυχα ήσυχα σε μια πηγή”

“Moi, se dit le Petit Prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine…”

 

La pluie a séché. Il y a un fort au-dessus d’Agia Marina, mais c’est un peu loin.  Pas grave; j’ai des chaussures et j’ai 53 minutes! L’envie, aussi … Mais ça ne fait pas tout: c’est très très lent de ne pas “faire”, de ne pas “vouloir”, de ne plus trop s’inquiéter si l’on va manger, si ça ne fera pas trop loin, si au retour ..  et patati, et patata … Le moment présent n’est pas un but. C’est un état. Avec ses frontières, ses heures heures d’ouvertures et puis ses coups de pot ou non.

On ne se rend pas compte mais d’en haut on voit plusieurs anses, distantes. Sur la photo à gauche des moulins on aperçoit celle d’où je viens, tout en haut, là où j’ai laissé PONYO, au sud de l’autre côté de l’île. La baie de droite est au nord de celle de gauche, le chateau entre les deux. En le disant comme ça j’ai l’impression de marcher sur la planète du Petit Prince. C’est un peu ça une île .. enfin .. pas l’Australie ..

 

   


       

Pas de chance le fort est fermé le vendredi. Le restaurant de droite n’ouvre que fin mai. Le bon côté c’est que le parking est désert.

En redescendant je croise un jeune homme qui vient aussi de Lakki. Un autre allumé, je me dis. Mais il n’est pas marin. Il est hollandais et il travaille pour la Frontex (frontière extérieure) :  en clair il s’occupe de la surveillance des “réfugiés” en “partenariat” avec les garde-côtes grecs. Il y a un gros camp à Lepita, la première chose qu’on aperçoit quand on rentre dans la baie de Lakki. D’après lui il y a 1000 personnes … ça me semble beaucoup est-ce qu’il ne m’a pas dit cent? Je vérifie sur internet. On parle d’un peu plus de 2000 personnes.

Ils arrivent depuis la Turquie, du côté de Farmakonisi en face de Didim. Ils essayent de passer la nuit. Il a repêché deux noyés la semaine passée, la veille, je ne sais plus. Oui ça continue, me dit-il. Je regarde la mer en bas, on aperçoit deux voiliers qui essayent de gagner vers l’Est. Dans une deuxième dimension.