… ET PUIS CIRCE, ET PUIS OSTIE

(en quittant Ischia)

Pourquoi cette urgence?

Pourquoi des étapes aussi longues, alors qu’avoir renoncé au détour de mille milles d’une l’étape à Venise me laisse tout le temps? Bien sûr il y a cette accélération presque animale qui précède le retour à l’écurie. J’ai du mal à ‘être’ en Italie; je n’y ‘suis’ pas.

Il n’y a pas que cela. Invisible, mais pas imperceptible, il y a le rythme de la mer, du vent, des forces qui nous environnent. Pour l’instant le vent, même capricieux, provient du sud, nous remonte vers le nord, où nous allons.

Plus chanceux pour mon retour qu’Ulysse, sans ses embarrassants compagnons qui lui ouvraient le sac des vents  offert par Eole ou dévoraient en son absence le bétail sacré d’Apollon, je me rappelle que le Poséidon grec (ou le Neptune romain) est un dieu susceptible, changeant et colérique. S’il me donne un vent pour parcourir cinquante milles en direction de Canet-en-Roussillon ou Port-Vendres, je me vois mal n’en faire que vingt, au risque de le vexer…

La nature a son rythme, la nature est rythme. On vole en planeur, en delta, au rythme des ascendances, du soleil, du vent synoptique. Si l’on quitte ce rythme, on cesse de monter, d’avancer, on doit forcer, on recule, on attend… jusqu’à ce qu’on récupère, plus loin, peut-être, un autre rythme, un autre cycle…

J’aurais pu faire d’autres choix, visiter Capri, Ischia, Ponza… Outre que les mouillages y étaient compliqués, la remontée de la côte ouest de l’Italie avec des conditions contraires m’aurait peut-être fait regretter un excès d’optimisme sur le mode “on verra bien”…

  

– petite halte à Gaëta (.. de Gaëtano, ou plutôt l’inverse) : un fort imposant, un grand port, une base de l’Otan, des marinas, le plein dans l’une d’entre elles, 70 litres de gasoil; les deux bateaux qui me précèdent et qui ne font que quinze mètres en prennent mille chacun.

Je n’ose dire au pizzaiolo qui m’amène son étouffe-chrétien de Margharita des prés qu’il ferait bien d’aller se former en Corse, à Bastia, à l’île Rousse… En revanche une “tiellerie” découverte par hasard me laisse pantois: ‘amis-sètois’ j’ai le regret de vous faire savoir que Gaeta est le pays d’origine de la tielle, et non Sète, et que les tielles au poulpe ou à la mozzarella y valent le déplacemen;, ainsi d’ailleurs que la bière Sarde qui rappelle la Pietra de ‘nos-amis-corses’.

– autre étape, Anzio, un peu forcée celle-là: j’ai eu beau me lever à 5 heures du matin pour traverser jusqu’à Ostie (Rome), à 75 milles, le vent a manqué de vigueur et j’ai dû m’arrêter sous le peu de protection offert contre la houle de sud-ouest  par une plage trop exposée pour fermer l’oeil.

Deux empereurs sont nés ici, Néron et Calligula. Aucun des deux n’a dépassé trente ans. Le premier y a sa statue moche. Ni Praxitèle ni Michel Ange…

– cap Circeo

de loin on aperçoit une île, mais c’est une illusion. Quand on regarde une carte de l’Italie on voit très bien la petite bosse sur le côté, avant d’arriver à la latitude de Rome. Dernier souvenir de l’Odyssée… C’est ici qu’Ulysse et ses compagnons auraient abordé, ici qu’Ulysse aurait obligé la magicienne Circé à rendre à ses hommes transformés en pourceaux leur apparence humaine. C’est un lieu frappant, qu’on voit longtemps, sur chaque face. On ne peut  s’empêcher de se demander où ils ont laissé leur navire, où habitait Circé, où… On ne saura jamais. Maintenant on sait des tas de réponses à des questions qu’on ne se pose pas.

– Ostie : traversée sans souci. Vent faible d’une dizaine de noeuds, vitesse du bateau entre 4 et 6; embouchure du Tibre, et immense rade prévue pour un nouveau port abandonné depuis des années pour cause de corruption, paraît-il …

 

L’ancien port romain est plus haut sur le Tibre, l’embouchure s’envase depuis toujours. Ambiance de lagune, mouettes pêcheuses, et quelques yachts égarés. Tortellinis à bord, tomate et parmesan, et sieste tout à fait inhabituelle! Sans la distance importante qui sépare les différents mouillages, arrivé là en début d’après-midi j’aurais sans doute continué… comme Popeye the sailorman! … Pourquoi cette urgence  ?

Je crois savoir que ça se soigne!

EN ROUTE VERS CAPRI …

Tous pleins faits, nous voilà donc en route pour Capri. La remontée de cette côte italienne n’est pas palpitante, d’autant qu’à couper au plus court je ne la vois que d’assez loin.

Le vent n’est le plus souvent pas au rendez-vous, ou faible, mais pour l’instant ni contre ni hostile. Le moteur tourne à quatre noeuds, consomme trois litres par heure à cinq noeuds. Dix heures = trente litres; il faut s’approvisionner souvent, c’est à dire planifier.

Nombre de mouillages avec une station, sans trop de houle, et bénéficiant de commentaires globalement positifs, se situent au voisinage de marinas appartenant à  des petites stations balnéaires, pas trop bondées sauf le week-end. Mon ressenti est donc relatif. Mais il n’est pas fameux.

Oubliée la plaisance à la bonne franquette des îles égéennes:

prix élevés, bouées payantes autant qu’envahissantes, argent réclamé pour laisser son annexe à un quai (!) un ponton, témoignages de rackets ou même de vols…

– Escale à Cetraro : arrivés de nuit, nous mouillons à l’extérieur du port.

Je me rends à terre le lendemain pour aller faire quelques courses à ‘la Lidl (!)’ à 50m d’une petite plage où j’abandonne l’annexe  tandis que PONYO barbotte de l’autre côté de l’enrochement. Mais il est un peu tard pour partir pour Palinuro, étape assez longue;  nous passerons ici une nuit de plus.

 

Au matin quand je prends du gasoil à la station le gars me demande de me dépêcher; pourtant il n’y a pas foule … En fait le pauvre ne supporte plus de rester au soleil. Je comprends pourquoi les pompistes sont souvent à cran. Quand on a trop pris le soleil on le vit comme un stress.

Même un aussi joli coucher? …

 

– Le lendemain, à Agropoli : je me fends d’un petit tour de ville: je suis rouillé!… ça ne paraît pas mais huit heures, dix heures et plus d’affilée dans un voilier de onze mètres au moteur c’est long. Heureusement la tablette contient pas mal de livres; attention toutefois au surgissement du réel, surtout au moteur où l’on aurait tendance à piquer du nez et oublier où l’on se trouve.

 

 

– Déjà un autre soir, dans la petite baie de Palinuro ...

 

– … puis la traversée vers Sorrente en laissant Capri sur bâbord.

Je comptais m’y arrêter mais tous les mouillages sont décriés pour cause de houle, de surfréquentation,, ainsi que la plupart des marinas pour leurs tarifs exorbitants, leur accueil antipathique… CAPRI semble faire l’unanimité contre elle dans à peu près tous les domaines… sauf la beauté!

L’étape suivante sera la traversée du golfe de Naples jusqu’à ISCHIA, île à peine moins connue qui  le pare au nord-ouest comme Capri l’orne au sud;  j’ai repéré une anse où passer la nuit, juste face à Procida. Aucune envie de vérifier si Naples est à la hauteur de sa réputation en terme de malhonnêteté… non, décidément, avec toutes les réserves qui s’imposent lorsqu’on généralise, l’Italie ne m’attire pas. Le souvenir de la Grèce est encore trop présent. Je ne m’imagine pas passer trois ans ici. Il me tarde de dépasser Rome et d’arriver en Corse.

D’autant que la zone orageuse s’étend et que naviguer au moteur contre le vent risque d’être notre lot jusqu’à l’île d’Elbe.

Arrivé un peu au nord de Sorrente, je mouille à Méta, au pied de falaises interrompues  à cet endroit par une petite plage étroite. Les maisons sont construites en hauteur, comme à Procida, ou ailleurs dans le le golfe, jusqu’à Ischia. Parfois cela donne des villages suspendus, colorés, jolis … dont la visite depuis  mer n’est pas pratique, en tout cas ne cadre pas avec le rythme que je m’impose pour cette remontée.

Peut-être en ais-je un peu marre; ou suis-je un peu las d’être matraqué par ce clapot permanent que lèvent des kyrielles de hors-bords, navettes, yachts, tout le monde à fond,  peut-être la topographie des fonds sous-marins l’entretient-elle. Vers Capri c’est l’enfer.

Las ou pas c’est le tonnerre et le vent qui me réveillent à six heures, sous ma falaise. Je garde mon slip et je passe une veste; démarre le moteur, enlève la main de fer de la chaîne, branche tous mes instruments, ainsi que l’alarme de mouillage pour être alerté si mon ancre dérapait insensiblement. Pendant un moment tout va bien, mais les vagues se forment et le mouillage souffre. Allez. On part; direction Ischia.Une demi-heure plus loin j’envoie le génois réduit. Le vent souffle à 15 puis 20 puis 25 noeuds.. pourtant on s’éloigne de l’orage. Mais on frise les huit noeuds dans cette houle brouillonne. Le vent tombe à mi-parcours.

Enfin… dans l’intervalle le moteur s’est tu, et ça, ça repose!

Ah… j’allais oublier… Quoi donc?… Le Vésuve, bien sûr!

 

VERS MESSINE.. ROCCELLA, SCILLA, TROPEA…

A l’heure où je reprends ce blog, je suis quelque part vers Reggio de Calabre, attendant dans un mouillage de fortune la renverse pour passer Messine.

Des jours qui viennent de s’écouler je ne garderai le souvenir que de journées chaudes et fatigantes à parcourir les milles nécessaires pour remonter l’Italie sur sa côte ouest, vers Naples, Rome, Capri, l’Ile d’Elbe, tout… sauf Venise hélas.

En quittant Corfou pour Othoni j’ai juste fait un petit détour par le très beau site des falaises du cap Drastis.  Puis à Othoni j’ai dit adieu à la Grèce, avec peine.

 

 

La traversée jusqu’à l’Italie est longue d’une cinquantaine de milles mais pas languissante, le vent est avec nous. L’arrivée devant Sta Maria de Leuca est impressionnante par le nombre d’engins à moteur en circulation; en quatre ans je n’ai jamais vu nulle part ailleurs une telle densité. l’eau est à 31, presque 32; et il y a des baigneurs, sur la plage, sur l’eau, sous l’eau. Vers 19h la plupart sont partis. Je fais un plouf mais renonce à aller à terre.

Demain, traversée du golfe de Tarente, 75 milles jusqu’à Marinella, au sud du cap Colonne, réserve naturelle, règlements contradictoires et politique écologiste sans les moyens qui vont avec. Parti à 6h, arrivé à 18h, à 20h je suis encore entrain de mouiller, fatigué, énervé, affamé… passons! Le vent était soutenu mais stable, le bateau marchait souvent à 7 noeuds ou plus, on ne pouvait guère rêver mieux: sans vent et au moteur, à 5 noeuds sur ce genre d’étape ce serait une autre histoire.

 

– ROCCELLA IONICA :

Et la marche vers l’ouest se poursuit encore le lendemain, 56 milles jusqu’à Marina Roccella Ionica, une jolie étape, un cadre boisé, de l’eau, du gasoil…  j’avais bien aimé cette halte il y a 4 ans. Je revois le même pompiste avec le même vent venant du quai, et les mêmes réflexions sur mon manque d’équipiers pour un bateau de la  taille de PONYO… “je sais, je me souviens de toi et ce que tu me disais il y a quatre ans… depuis j’ai visité une cinquantaine d’îles… non..  pas fifteen: fifty!”… Pourquoi tu te vantes? je me dis. Il n’y a pas de quoi.

   

La capitainerie me rappelle quand je suis entrain de larguer les amarres: “vous auriez dû libérer la place à midi; ça va pour cette fois mais c’est comme une chambre d’hôtel  on ne part pas à 6 heures.. et blablabla. Il y a plein de places à côté et je n’ai vu personne monter à bord faire mon lit… Allez… on est parti.  

Un petit mouillage bien rouleur un mille plus loin; un autre, pire encore à 40 milles. Fatigue et distances s’accumulent; au large la côte italienne n’est guère attractive, mais ça s’arrange en approchant de Messine, avec un paysage montagneux plus inspirant que la côte calabraise jusqu’à présent.

14h30; il me reste une demi-heure pour traverser Messine,  puis nous nous arrêterons à Scylla… Moi qui ne rêve que d’une pizza et d’un verre de chianti depuis des jours! Je préfère quand même avoir le détroit derrière moi quand le nord se remettra à souffler. Mais que cette côte calabraise est peu hospitalière et houleuse par vent de secteur sud, ouest, nord-ouest … !

– MESSINE :

  

Et qu’il est malaisé de transmettre les bouillonnements d’un détroit, ce qu’on ressent quand le flot vous prend, moteur au ralenti,  qu’on dépasse les 9 noeuds malgré un vent de face au-dessus de 25… Dans l’autre sens, dans le “scendente” qui est plus fort, c’est encore plus vrai. Sur l’image du pêcheur au milieu de l’eau, on ne voit que deux hommes dans une barque; pas du tout la complexité du mouvement des flux sur lesquels ils bouchonnent, ni l’impression de vie intense qui s’en dégage, qui nous environne, qui nous parle, comme à tant d’autres depuis tant de siècles.

– SCYLLA :

Mon copain Kiki m’en avait parlé, alors je vais voir. C’est vrai que c’est joli; un peu cracra, une eau un peu douteuse… Mais c’est surtout un foutu mauvais mouillage!:  blocs de pierre partout sur fond de posidonies, houle, ressac… Je passe trois quarts d’heure à tourner dans la petite anse, sans me soucier de ce que qu’on peut dire sur les slips (pans inclinés de halage) du ‘francese’ qui fait des va-et-vient entre la manette des gaz et l’avant du bateau pour trouver LE coin où la chaîne ne s’entortillera pas si le vent tourne ou si le courant s’inverse. Bref je ne me vois pas quitter le bord pour aller manger la pizza sur une de ces terrasses éclairées sur pilotis qui me font de l’oeil. Alors je m’en passe, et laisse le soir finir de tomber.

Dans la nuit la chaîne râcle et je me relève plusieurs fois. Mais avec le vent venant de la côte, la houle ne prend pas le bateau par le travers et reste très supportable, et au matin l’ancre remonte sans problème. Cap surTropea, encore une ville perchée pittoresque devant laquelle je ne fais que passer. Je ne me reconnais pas. Je suis passé en mode ‘convoyage’!

– TROPEA .. ET GRAINS! :

(ça, c’est après…)

Je ne sais pas ce qui m’a pris . J’avais regardé la carte en mode ‘orages’; j’avais vu le nuage arriver… et puis la pluie a commencé à tomber. Je suis descendu à l’intérieur pour chercher une veste . Le vent était tombé, il devait nous pousser gentiment vers le nord-est. J’avais roulé le génois, laissant la GV à poste dans un éventuel soutien moteur; il était midi. Lorsque je suis remonté sur le pont le vent est rentré d’un coup en même temps que la pluie devenait tropicale. Veste ou pas j’ai été trempé en quelques secondes; puis le vent est devenu furieux. Affaler la GV plaquée contre les haubans, en restant au plus près avec le moteur, guindant pris dans les marches du bas de mât décoincées à la gaffe, toile étouffée avec des sangles…

Le vent était vraiment fort. Comme un idiot j’avais débranché les câbles en sortie de mât et éteint les instruments à cause des éclairs. La visibilité est devenue très faible. Affairé à serrer ma toile je voyais la surface de la mer telle que je ne l’avais jamais vue, même à Maléas. L’aspect était celui des images qui illustrent un beaufort-8 ou plus. Les paquets de mer étaient tièdes, les embruns flous comme sur une photo ralentie…

Je ne saurai jamais jusqu’où le vent est monté… 40… plus de 40 …? Une fois la voile serrée et la bôme rentrée j’ai rallumé mes instruments et commencé à me préoccuper de l’eau qui me restait à courir jusqu’au Capo Vaticano. Le moteur et le pilote étalaient assez bien car la mer n’était pas levée. J’avais beau savoir que cela ne durerait pas je ne tenais pas à dériver vers l’Est sans m’en apercevoir. Habitué au confort du traceur, je me disais que le compas, au moins, serait toujours lisible…

Et puis ça a diminué, la houle a mis du temps à se dissiper, le soleil est arrivé après Tropea. La petite baie à côté de la marina de VIDO était calme, plate et sableuse à souhait. Le temps de gonfler l’annexe…  de trouver une pizzeria! Demain, pétole, j’irai en ville; il me manque un peu de tout.

En fin de semaine il ne fera pas bon se trouver dans le nord de l’Adriatique: les orages prévus y seront costauds… Quant aux imprévus… Eric m’a fortement prévenu contre ces épisodes musclés dans les parages de Naples, Gênes, l’Ile d’Elbe, la Corse… Bonne Mère! …

… quand reverrai-je, hélas, de mon petit village fumer la cheminée, et en quelle saison? … plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux, que des palais romains le front audacieux… plus mon petit Liré, que le mont Palatin, et plus que l’air marin la douceur angevine.

 

 

 

 

SUR LA ROUTE DU RETOUR : CORFOU – PREVEZA – CORFOU

Vol direct Toulouse Corfou. L’avion se pose; touffeur presque Caraïbe. Hotel Bretagne; puis ferry pour Igoumenitsa.

A l’accueil, Sofia a beau se casser gentiment la tête pour moi, il n’y a pas de bus pour Préveza aujourd’hui, sauf à passer par Ioannina dans l’intérieur des terres. Un taxi? une nuit d’hôtel de plus? .. déjà l’IA m’avait annoncé la couleur avant de partir: plan-B, plan-C, plan-D… rien de vraiment concluant..  je le lui dis; elle éclate d’un rire frais: “Chat-Gpt?.. j’ai fait pareil que toi!”. Quand je reviendrai Sofia sera fabriquée en Chine et saura rire en 13 langues.

Corfou by night, encore du monde mais ça va. Les restaus sur la corniche sont à des prix asiatiques ou russes. A l’intérieur en cherchant, on trouve plus raisonnable. Puis je balade. Comme Corfou est charmante, enchanteresse. Cela tombe bien quelque soit l’option elle est sur la route du retour!

 

A Preveza PONYO m’attend sur sa pendille, sage comme une image et la survie est revenue à bord depuis le Pirée. Rien ne cloche. Je m’apercevrai plus tard qu’en 3 mois une coque impeccable peut se recouvrir d’un demi centimètre de créatures semi-minérales insensibles à l’antifouling. Le temps de (ne pas) s’habituer à la chaleur à bord (eau à 30, intérieur à 34), à l’ambiance de cette marina (dépourvue de chaleur humaine, mais ça ne fait pas baisser la température), et je rejoins la  grande baie de l’autre côté. Un tunnel sous la mer relie la ville à l’aéroport.

Preveza est une escale pratique pour refaire le plein des coffres et des équipets. L’ambiance, ionienne, ne pousse pas à l’échange; chacun vaque à ses petites affaires. Mais peut-être suis-je influencé par l’univers un peu sombre de Robin Hobb…

La bonne surprise vient du “Posto-Café” découvert par Chantal et Markus; certes l’estaminet ne paye pas de mine, mais on y sert une pression fraîche, bonne et pas chère, accompagnée à chaque verre d’une petite assiette de mezzédes, viande mijotée et frites, et le patron est un gentil. La musique est grecque, tendance Rebetiko. Quelques photos de musiciens au mur et je lui demande de me donner trois ou quatre noms d’artistes grecs qu’il apprécie. Pendant qu’il écrit en se grattant la tête, une petite jeune fille toute mimi fait son entrée, tirée à quatre épingles. C’est ta fille?… tu peux lui demander sa playlist à elle?… Et la voici qui réfléchit, ravie qu’on lui demande son avis. Je vous ferai le retour plus tard.

L’heure est à se remettre en mouvement. Antipaxos, Paxos, Corfou, Othoni… jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de renoncer à faire un choix: laisser tomber Venise, un détour de 1000 milles qui risque de me faire arriver en France en décembre. Ou tourner le dos à Messine ….

Et c’est sans compter avec un régime de nord qui devait succéder à un sud prévu hier, que je cherche aujourd’hui au moteur! 1000 milles?.. mais combien au louvoyage entre une côte orientale de l’Italie peu attractive, et une Croatie qui ne me fait pas rêver?

Mais le rêve renaît de la nuit, de l’ennui, de la vie… C’est le vent qui gonfle la voile. C’est le rêve qui l’aspire. Alors, PONYO, joli bateau … on est parti? (je lui parle comme à un cheval…  Robin Hobb? ou Marie Tabarly?)…

– PAXOS-ANTIPAXOS :

Je n’ai pas pris trop de photos de ces deux îles jolies, boisées … fréquentée (nous sommes toujours en août). Un joli mouillage pas très loin du petit port de GAIOS, sur PAXOS, après une navigation sereine au moteur puis à la voile. Il faut se remettre dans le bain. ANTIPAXOS, a de  belles falaises entrecoupées de baies turquoises, bondées de yachts. PAXOS est plus grande mais je pressens que Gaios sera plein. Un coup d’annexe me convainc que je n’y ai pas ma place.

L’endroit a dû être ravissant, avec sa petite île séparée de terre par un chenal  accueillant  des  bateaux trop nombreux et trop gros. Une taverna honnête, trois petits tours et je m’en vais. J’ai déjà déprimé pour moins que ça. Cette faune-là me hérisse le poil.  A revoir en janvier ou février peut-être…

– CORFOU  :

Corfou – ville … car il y a aussi Corfou – l’île, que je longe le lendemain dans un vent hésitant puis se renforçant jusqu’à 15 ou 16 noeuds, mais surtout qui tourne favorablement en me permettant de gagner au près vers le nord avec une belle trace en arc! Mais j’apprends aussi la mort de mon ami Olivier et le coeur n’y est pas. L’arrivée sous les remparts du fort de Corfou et une rapide balade à terre me changent les idées. Que c’est beau ici! Le soir tombe; les rues sont pleines. Couples, familles…

Difficile d’apprécier le vieux quartier, les vieilles rues. Qui plus est la chaleur est accablante,  humide, collante… J’y retournerai demain tôt, à la fraîche… enfin, façon de parler: l’eau est à plus de 31; l’intérieur à 35; les draps mouillés, l’aération inefficace…

Le lendemain je petit-déjeune en ville et me perds dans les rues avec bonheur. Corfou est infiniement plaisante, arborée, ombragée.. Dès que l’on fait cent mètres à découvert on sent la morsure du soleil. Entre les ruelles il y a toujours un filet d’air. J’avance lentement, trempé vite et durablement.

C’est une ville très italienne, avec une interpénétration de quartiers, de parcs,  d’allées, de ruelles… Je m’offre même la visite du fort! En fait je veux aller voir l’églse St Georges, avec son faux air de temple grec, et grimper tout en haut du phare.

   

 

Je rencontre pas mal de promeneurs éprouvés de tous âges. Mais la vue en vaut la peine. En redescendant, l’oreille attirée par un air d’opéra  inattendu en ces lieux, je découvre l’impressionnant bâtiment de l’école de musique …. mais il est temps de retourner à bord. Baignade, installation express du petit taud de cockpit, et ingestion de divers liquides. Demain matin il faudra refaire quelques courses en prévision d’une autarcie de plusieurs jours dans les petites îles du nord, direction Othoni, sauf avis  météo contraire,

Adieu jolie Corfou … Dans quelques jours  nous saurons peut-être où nous allons, nord ou ouest… Quel suspens!

 

VACANCE …

(… “temps pendant lequel un poste, une fonction ou un bien reste sans titulaire”)

La remontée s’accélère; pourtant le temps semble s’étirer… Date butoir et navigation font rarement bon ménage. La solution?: arriver en avance, partout, et attendre.

Je retrouve le canal de LEFKAS, dans le sens sud-nord cette fois. Mouillage d’attente tranquille le soir, et réveil à six heures pour passer le pont mobile à l’ouverture, à 7h30; nombre de voiliers s’engagent déjà dans le chenal.

Je ne sais toujours pas comment ni où je pourrai stopper le bateau en attendant de passer, ni combien de temps , avant que la sirène du pont ne déclenche le rush. J’ai préparé amarres, défenses, mouillage… apparemment je suis le seul. Mais ça se passe bien; les bateaux ralentissent, s’arrêtent et se maintiennent dans l’axe sans trop d’efforts. Le pont ouvre à peu près à l’heure prévue, et je me retrouve dans la baie de Prévéza avant d’avoir réalisé.

La priorité est de contacter la banque par courriel ou Whatsapp, via la tablette, ce qui suppose au moins un contact répertorié.. et réactif; puis de trouver un téléphone,  le faire reconnaître par l’application,  désormais incontournable.

Heureusement que mes ‘conseillers’ ne me laissent pas tomber, et que j’ai de la chance. Revenir du côté éclairé de la Force tient à peu de choses: un humain concerné quelque part.

Et l’on prend conscience que le téléphone n’est plus un choix mais une obligation. Que l’IA sans le bon identifiant peut vous refuser le droit à l’existence, et qu’une race de tracassés à l’esprit compliqué s’est emparé insensiblement du monde pour lui dérober le soleil.

Heureusement quelques bons moments passés avec le amis de Vinarius, qui laissent eux aussi leur bateau à Prévéza pour l’été – mais pas dans la même marina – me font relativiser cette semaine déprimante.

Préparer PONYO pour les deux mois ou il-(elle) va m’attendre à Cléopatra Marina, nettoyer intérieur et extérieur, rincer les toilettes à l’eau douce, fermer les vannes, rajouter de l’antifongique dans le gasoil, un peu d’Aquaclean dans les tanks, cravater le génois, faire tremper les écoutes, doubler les amarres, ‘ravoir’ les pare-battage au.. Décap’four! (proscrire absolument l’acétone qui en attaque durablement la surface), vider et éteindre le frigo… et bien sûr affronter en ‘mode-sans- échec’ le monde impitoyable des réservations aériennes.. tout plutôt que rester dans les Ioniennes en juillet et en août …

 

En septembre, on sera passé de rouge vif à orange foncé. Vivre devient vertigineux. Est-ce cela vieillir? Se sentir devenir étranger au monde? Etranger à ce que devient le monde?… un écosystème pour gens des villes  qui commence à la marina,  avec le téléchargement de la banque, puis de l’application Cléopatra pour accéder à la borne d’eau, puis celles du site de voyage et des deux compagnies aériennes..  sans compter une bonne journée et demie pour venir à bout du paramétrage du nouveau téléphone …

Avant on tournait un robinet et on avait de l’eau, on actionnait un interrupteur pour  obtenir du courant (sans avoir à faire défiler un organigramme de sous-menus pensé par et pour des machines,  en cherchant partout ses lunettes), et ce qui était normal c’était que les avions arrivent à l’heure.

Aujourd’hui je jongle entre trois appareils menaçant de s’éteindre équipés de trois systèmes d’exploitation différents, plus un carnet d’identifiants, deux paires de loupes et un cerveau unique né bien avant Windows. Tendu pour satisfaire un système chaque toujours plus exigeant. Impression de ne plus s’appartenir. De ne plus pouvoir s’opposer…

Le monde change mais le diable se sert des mêmes ficelles.  Etait-ce mieux avant?…

Le retour, incertain jusqu’au bout comme un quart de finale:  le ciel au-dessus des nuages; les rues deToulouse, l’été, l’Aude, le jardin: c’est fou ce que tout a poussé. Elaguer, aérer, respirer …

     

…  surtout ne rien télé-charger,  basta, “le cave se rebiffe”. Si l’on remplissait nos sacs à dos comme on surcharge nos cervelles, on ne verrait pas grand monde sur les sentiers de randonnée!

A bientôt PONYO, J’aimerais tant te faire découvrir Venise:

 

   ” Faut que j’t’invite à Venise avant que l’eau l’ait noyée

     Tu peux laisser tes valises, on f’ra tout dans la journée

     J’voudrais pas qu’un long séjour nous épuise …       (Nilda Fernandez)

 

 

ITHAQUE ET MEGANISI

– ITHAQUE : la baie de Vathi … toujours aussi belle. J’y retrouve Marcus et Chantal avec plaisir. Beaucoup de monde et du vent.

 

Le lendemain ça s’allège un peu. Le vent souffle en fin d’après-midi. Les bateaux de loc partent le matin. J’en ai compté soixante le long du grand quai ouest; autant que de voiliers dans la baie.  Les amis me font découvrir une jolie petite anse au nord-est,  un troquet, une promenade. Boulangerie, courses, gasoil…

  

(photo “someone’s watching you”, by Chantal! la construction est un réservoir, il y a un mètre d’eau; la cloche dans l’arbre appartient à une chapelle attenante)

J’essaie d’oublier que sans téléphone il n’est pas possible d’obtenir le moindre code d’authentification de la banque; pour payer en ligne par exemple un acompte à la marina de Prévéza, ou le billet d’avion pour rentrer…

Les amis suisses partent pour Meganisi après avoir fait le plein à la station service en bout de quai, un modèle du genre, assez rare en mer Egée.

Je vais vite fait acheter du pain et trois bricoles avant de les imiter, et rencontre un jeune couple de Canet, pas loin de chez moi, qui  viennent visiter Ponyo, sujet sur lequel je suis Intarissable (!). Tant pis pour la courte fenêtre de sud prévue. Mais un vent de sud-ouest se lève, qui me permet bientôt de couper le moteur, et se maintient jusqu’à Meganisi. Un peu trop de monde ici aussi, mais rien à côté de ce que ce sera dans quinze jours.

Qu’est-ce qu’on pourrait dire à ces gens pour qu’ils cessent de s’agglutiner comme des sargasses en juillet-août en se gênant les uns les autres? Ce n’est pas ça la plaisance: c’est rencontrer, c’est prendre le temps, c’est se découvrir, soi et son bateau, c’est entendre le silence, la nuit, s’alléger, se perdre, se laisser surprendre, s’étonner de sa propre trace, comme on sculpte un château de sable …

Il faut bien plus d’une semaine pour se dé-frustrer d’une société aliénante qu’on s’emploie à édifier tout le reste du temps. C’est cette semaine multipliée par le nombre de prétendants à l’extase qui pose problème. Le nombre de fois où je peux lire sur Navily: “nous avons eu la baie pour nous tout seuls”…

– LA BAIE DE BALOU :

  

La petite baie de BALOU au nord de Meganisi n’est pas un absolu. Mais elle a son charme. Celui de ces lieux où l’on découvre qu’on y est bien et qu’on y resterait un peu plus que prévu. Qu’il y fait bon nager. Sur la colline nombre de maisons ne vivent que quelques jours par an. Quelqu’un les a rêvées. Quelqu’un d’aisé a imaginé prolonger là un instantané,  une émotion sincère. Mais c’était un malentendu. La vie crée la maison, non l’inverse. La maison retourne à son ennui et nous…

… nous passons; sans cesse détachés comme des nuages instables. C’est la peur qui fait que l’on s’attache aux choses, même à son bateau. Enfin..  un bateau c’est différent; c’est une sorte de cabane, une cabane avec une âme.

– LE PORT :

Encore un port nommé Vathy, profond. Après une baignade matinale dans une eau très calme aux reflets vert-sombre, je chausse chaussures et sac sans sécher ou chi peu …  et pars à la découverte. La plage se la joue plage privée alors qu’elle ne l’est pas. J’attache l’annexe à un ponton désert. la route, publique, est derrière les maisons XXL au bord de l’eau, béton, verre, et dépendances.        (la photo de nos bateaux provient du drône de Markus)

Plus je monte plus je m’aperçois de l’urbanistion galopante. Il faut dire que l’île, ravissante, très découpée, a dû être un genre de petit St-Trop à l’époque où les vieux .. étaient jeunes! Comme partout les pièces rapportées n’ont pas gagné en charme. C’est  le lieu qui a perdu le sien. Sa nature désunie, l’île n’a plus grand chose à raconter.

Le village a encore un certain cachet.

Pas une baie cependant qui ne soit remplie de yachts au touche-touche; la petite île de Skorpios, non loin, rachetée par des russes n’autorise plus les mouillages, on en vient presque à le comprendre. Les villas semblent s’ingénier à masquer la vue de l’homme à pied. Pourquoi?

Le soir nous nous réunissons sur le bateau en acier d’un voisin allemand pour une grillade commune. J’entends dans le noir un fou rire féminin communicatif qui fait du bien.

Au village quand quelqu’un s’exclaffe ainsi, le Samu est là dans le quart d’heure.

 

 

 

ZAKYNTHOS

Ami qui n’aimes pas les propos venimeux, saute direct! Avec un peu de chance tu auras ton quart d’heure de positive attitude dans mon prochain article, je serai à Vathy, (ITHACA) demain, où j’espère retrouver les amis suisses de “VINARIOS“.

Les utilisateurs qui postent des messages sur Navily pour apprécier, ou  pire, noter leurs escales sont nombreux à parler à propos de Zakynthos, d’un port géré par une véritable ‘maffia’: surfacturation, détournement de fonds publics, compteurs non remis à zéro prix x 2 ou x 3 à la pompe à essence etc.. Le summum étant le gars qui  venu avec un jerrycan de 20l s’en est vu facturer 40 !  Je n’ai jamais lu ça avant,  on n’a jamais vu ça ailleurs, en Grèce.

Aussi, pourquoi aller s’entasser dans un endroit où tout le monde te prévient qu’il ne faut pas aller?

 

Le mouillage, un peu plus loin, sera tranquille, et je n’ai besoin de rien; juste faim. Je gonfle l’annexe, la mets à l’eau, et il ne me faut pas beaucoup de coups de rames pour me rendre compte que la côte est enrochée, face au vent et à la houle, et que le plus sûr est encore de la tirer sur la plage pleine de monde un peu plus loin.

Je repense à Laurent qui me demandait où je la laissais en sécurité en me rendant à terre. Eh bien… dans ces cas-là je dirai à l’endroit où il y a le plus de familles, où ça parle grec, et où les gens sont blancs . . .  je déconne!! D’ailleurs pas question de passer ma vie à  flipper pour une annexe, qui plus est sans moteur, petite et même pas neuve..

 

Je reviens vers le centre et m’attable au premier restau venu. Erreur fatale- 404. Ce n’est pas pour rien s’il Est le premier venu. Je commande un steack, de veau, pas un ‘biftek’ (haché), et pendant que je me régale car il est très bon, j’observe le personnel faire la retape chez les passant(e)s. Les vacanciers très propres, petites chemises  pastel façon lin, jolies robes de plage flatteuses, de qualité, et … l’addition  ne me surprend pas en bien! Le sourire du serveur s’est déjà attaché au client suivant.

Voyager c’est savoir reconnaître les odeurs, les situations, comme un requin une molécule de vénalité par mètre-cube d’eau ou par piscine, une absence de bonjour, de réponse, d’empathie qui toujours passe par la cervelle, par l’évaluation, la comparaison, l’exclusion.

Je me balade sur le port, public mais… réservé. Tout vous crie que vous n’êtes pas le bien venu, que vous ne respectez pas leurs codes. Quinze voiliers anglais plus loin je tombe sur un bijou nommé “Mystery”, américain, un beau voilier, seize mètres peut-être, bois et technologies de pointe, winches électriques , pont en teck, vernis miroirs, capots de pont récents … J’ignore si le propriétaire est bon marin, mais je sens qu’il a choisi sur chaque poste, en amoureux,  ce qui se fait de mieux pour son bateau.

Non, l’argent ne fait pas à lui tout seul la vulgarité… Mais il y contribue. Cette île, plutôt jolie, ne m’a pas donné envie de la découvrir.

En revenant l’annexe est toujours là.

Un peu en retrait de la plage,  on est passé en mode reggae, street-food,  jeunesse et vie locale. Les touristes ne vont pas là, d’habitude. Méfiance et vague hostilité. Pourquoi ces gens-là nous aimeraient-ils: on ne les “fait pas travailler” on les exclue.

J’avise trois jeunes noires sur un muret en mode selfie et fais semblant de m’inviter sur la photo avec un grand sourire; si c’était prémédité ça ne marcherait. Mais elles rient gentiment. J’enlève mes chaussures, mets l’annexe à l’eau en faisant attention à ne pas me casser la figure; et je repars en souriant, à la rame, dans la petite barque en caoutchouc que personne ne m’a pris, qui ne risque pas de blesser un gamin, qui n’inquiète personne, et ne fait aucun bruit.

Les voleurs n’étaient pas de ce côté-ci de la plage.

 

PYLOS (2) LA PLAGE DE VOIDOKILIA

Je n’ai plus de téléphone. Il a pris l’eau dans ma poche malgré le sac de congélation où je le pensais protégé. Comme disais Edmond Dantès: “j’en aurais pris deux” (il parlais de ris..). Il me reste Whatsapp sur la tablette pour communiquer, ainsi que les courriels ( levoyagedeponyo@gmail.com ).

L’article précédent, Pylos-1, laissait ‘espérer’ un Pylos-2, avec  photos de la plage de Voidokilia, de la tombe de Thrasimedes, et la grotte de Nestor, celle où Hermès aurait caché les boeufs volés à Apollon. Le palais, aussi…

Mais pas d’Iphone pas de photos. D’après Saint-Google il suffit de tapoter l’appareil, d’attendre 5 heures qu’il sèche avant de le brancher, ce qui laisse penser que les machines maîtriseront l’humour avant l’intelligence!

Alors j’emprunterai quelques photos sur Navily. Si les personnes qui les ont prises s’en offusquent je les supprimerai du blog. Qu’elles se rassurent, j’ai moins de followers que Navily!

Balade longue sous le soleil au milieu des étangs. On se croirait à Bages. La petite plage est sans doute la plus belle que j’aie vue. La houle du large s’y engouffre et y brise avec un air de Caraïbes. La tombe de Thrasymedes la domine avec une vue exceptionnelle. Pas de doutes, on savait mourir en ces temps-là.

(les deux premières photos sont de “Ti Ama”, la troisième de “Sylvia und Henning”, et celle de la grotte de mes amis de “Dune”; la tombe mycénienne de Thrasymedes se distingue sur les photos du haut, la tache beige;  au-dessus de la berge qui surplombe le petit voilier)

La grotte de Nestor est nettement visible sous le fort. Le palais, paraît-il très bien conservé, est situé plus à l’intérieur des terres au nord de Pylos, mais je n’irai pas. J’ai besoin du vent du sud prévu demain pour gagner Zante, à plus de 60 milles d’ici.

– LA TRAVERSEE JUSQU’A ZANTE :

Réveil à 6 heures, départ à 7, au moteur … en attendant qu’Eole se conforme aux algorithmes de Windy, Icone, Arôme … les nouveaux dieux! En fait je garderai le moteur pendant un quart de la traversée, jusqu’à ce que les voiles se remplissent peu à peu, puis qu’un vent d’ouest nous fasse avancer à 6 noeuds au travers, puis au près, puis au très près, presque jusqu’à Zante (Zakynthos) où  il nous vient par trop de face et où je remets le son .. du moteur 🙂

L’ancre touche le sable de la baie de KERI à 20h30. C’aurait pu être pire. Repas à bord, un chili con carne pas du tout grec, un peu de lecture avec Alvin le faiseur d’Orson Scott Card que j’aime beaucoup, et au lit. Le calme de la nuit dans une baie sans houle ni vent, ni encore trop de moustiques. La paix.

Bienvenue à Zante la verte.

 

 

PYLOS (1) LA BAIE DE NAVARIN

La ville de PYLOS, est située à l’entrée d’un grand golfe une dizaine de milles au nord de Methoni, dont je ne visiterai pas le fort, car on ne peut pas tout faire. Depuis la mer il ne manque pas d’allure.

C’est le lieu où s’est déroulée la bataille de Sphactérie entre Sparte et Athènes qui vit la première défaite avec réddition des spartiates. Plus tard il y aura également une défaite grecque contre les turcs.  L’ascension  au fort se mérite, surtout depuis le bateau mouillé assez loin, mais elle offre des vues de toute beauté.

Pylos, c’est avant tout la cité de Nestor, héros et sage parmi les Achéens, qui accueillit dans son palais Télémaque, fils d’Ulysse venu chercher des nouvelles de son père. C’est aussi la tombe mycénienne de l’un des fils de Nestor, Thrasymèdes; mais ce sera pour demain, le coin est magnifique, les balades inspirantes, le temps semble stable et le golfe est un excellent abri.

(Roses trémières, et chardons très bleus, la première fois que je les remarque en Grèce)

 

 

KALAMATA ET SPARTE

(adieu Cythère…)

ELAFONISOS SUD , CAP TENARE (PORTO KAGIO) , GROTTE DE DIROS :

Elafonisos c’est la petite île au sud du  1er doigt du  Péloponnèse, à droite si la carte a bien le nord en haut. île aux plages aussi magnifiques que difficiles à photographier; eaux turquoises, baies séparées par un étroit cordon littoral, baigneurs de toutes origines, et première baignade de la saison, eau à 23-24.

Sans être pressé, je dois être à Prévéza le 1er juillet, le vent n’est pas avec nous, et il faut jongler avec la météo, profiter des accalmies pour avancer au moteur… La traversée vers le cap Ténare est l’exception avec un vent faible puis soutenu travers, et je vise Porto Kagio que je ne connais pas; baie quasi fermée sous la tour d’Achille, qui malgré le monde et la profondeur s’avère assez fiable avec du bon sable et des rabattants pas trop méchants.

   

Et puis la grotte de Diros. J’ai hésité; me suis fié aux appréciations dithyrambiques sur internet. Bon. C’est pas Lascaux, c’est pas l’Aguzou. Promenade en barque un peu monotone, mais pas désagréable avec des américains perturbés par un avion à prendre… et déjà  le cap sur Kalamata.

     

LA REMONTEE VERS KALAMATA :

 

Parmi les choses que l’on ne peut pas créer, comme l’intelligence (ah bon?), le talent, la vie… il y a le vent. Cela laisse toute latitude pour admirer au moteur cette majestueuse et sauvage région du Magne, restée longtemps isolée, avec ses maisons hautes ressemblant à des forts, austère comme Sartène en Corse, et magnifique avec le massif du Taygète  (le  Profitis Elias ou Taleton culmine à 2404m)  en toile de fond. La légende dit que les enfants trop faibles ou malformés de Sparte étaient abandonnés sur ses pentes

.   KALAMATA :

Ville dynamique, orthogonale, agréable à vivre avec de grandes places, des terrasses fréquentées, de la jeunesse dans les rues comme à Patras, Corinthe, Chanakale… Pas très glamour, arborée, jakarandas en fleurs et pas mal de voitures.

(* )

( * ) [Je demande à la boulangère si c’est bien Maria Callas qui est représentée avec tous ces oiseaux: oui. Et il vous arrive de l’écouter? non, pas vraiment. Ainsi va la vie. Etait-elle  de Kalamata?… En fait Maria Anna Cecilia Sofia Kalogeropoulos, puis Kalos, puis Callas, est née à New-York en 1923, et morte à Paris en 1977…  J’ai aimé Elizabeth Schwartzkopf, Thereza , Montserat, Christa, Cecilia,  Diana … mais Callas!]

SPARTE ET MYSTRAS :

 

 

 

Une voiture  j’en loue une pour aller à Sparte, commets l’erreur de prendre l’autoroute à l’aller, et de m’obstiner à chercher le site historique (théâtre, Stoa, temple d’Athena) avant d’aller à Mystras, site bizantin connu (sauf de moi) où je n’aurai pas le courage de m’arrêter. Au retour je prends la route qui passe par la montagne, route belle qui serpente  entre des gorges verdoyantes où les véhicules sont rares,  effondrée par endroit; l’hiver doit être rude.

Un couple de Bergame déplore la manie de ‘reconstruire‘  des archéologues grecs, et je me sens moins seul. Pas trop d’excès ici, mais la réhabilitation du théâtre est en cours et j’appréhende par avance le résultat.

 

 

 

 

– ET PUIS TOUT LE RESTE:

… le reste, c’est ce qui ne se voit pas, les ports aux forts vénitiens à ‘visiter absolument’, les choix météo, la .. réalité météo, les bonnes surprises de la navigation  (un joli bord travers imprévu à 6 noeuds et demi de Kalamata à Koronis), les moins bonnes (une claque à 25 noeuds sous le cap  Akritas)  (*) , les ‘plutôt intéressantes’ où l’on découvre les limites de son bateau en tâtonnant  si l’on fait un peu violence aux habitudes (la remontée au près jusqu’à Méthoni)…

( * ) Attention Windy ne prévoit Pas ce genre de phénomènes locaux. Mais un vent jusque là régulier qui faiblit et cherche sa direction, mais une ligne bleue sombre avec des moutons blancs au loin… c’est le moment de rentrer du génois et de prendre un ou plusieurs ris tant que c’est facile et qu’on en a  le temps, selon le vent synoptique,  le relief, et le ressenti du moment. Quand on s’est fait piéger une fois, on  imagine plus facilement ce passage de ‘rien’ à ‘tout’ du vent en Méditerranée.

Bref tout ceci est difficilement communicable. Je viens de passer une heure à réparer le câble de l’Iphone avec du papier de chocolat… pas sûr que cela mérite d’être rapporté dans ce blog.

La mort de Charlie Dalin par contre … Bons vents à toi, là-haut …