DESPOTIKOS ET LE TEMPLE D’APOLLON

En remontant vers le nord il y a PAROS, ANTIPAROS juste au sud-ouest, et DESPOTIKOS encore plus à l’ouest (il y a une Anti-Paros comme il y a une Anti-Milos ou une Anti-Paxos, c’est à dire une île proche et plus petite)

La vague de vents d’ouest épargne le centre de la mer Egée et je finis au moteur, dans une baie calme, vaste et belle. Il y a dix bateaux ancrés  près de “DESPOTIKOS” (“magistral”, selon le traducteur).

Mais je les boude. Je mouille côté Antiparos où s’alignent deux-trois tavernas. J’ai faim. La vue depuis cette rive est juste splendide (et l’addition aussi salée que la mer Egée). Il m’arrive de regretter mon “Maillol” (restaurant à St Cyprien, prix comparable mais en France, et pour de la Cuisine) .

Repu je traverse la baie; j’irai voir le temple à la rame demain. Aujourd’hui je savoure de vivre à plat, sans bruit, détendu et oisif.

Nuit sans souci. Le site sera-t-il ouvert? Un demi mille à la rame sur une eau claire, calme, turquoise, une grande  piscine (et aussi vide de poissons). La guérite est fermée, le portillon aussi mais pas à clé. J’entre. Le site est élégant, ouvert, en pente douce.

Le temple est beau …

… et FAUX comme un jeton de casino. 98% de ce qu’on voit date de 2016!  De vraies futures pierres d’époque: la nôtre. Cette fois l’équipe qui a réalisé les travaux, avec semble-t-il l’ambition  d’en faire un Délos-bis, a laissé son nom sur le panneau qui gît à l’entrée.

Heureusement les endroits non refaits parlent encore du temps où il y avait ici de l’eau, des gens, prêtres, marchands, pêcheurs, bergers. Le dernier attend-il que j’ai regagné mon canot pour lâcher son troupeau, d’une bonne centaine de chèvres?  Peut-être pas; pourquoi s’en ferait-il? nous sommes si peu durables, si  inconsistants, si prévisibles sans doute. Ou il a ses horaires.

   

 

Mais ceci … .. cet édifice reconstruit avec seulement 3 pierres d’origine – zoomez  sur la photo  même les pierres martelées sont neuves …  cette mystification!

L’époque, partout, est à la réinvention de l’Histoire! Il y a toujours une bonne raison pour cela. Effacer des traces, obéir aux ordres,  satisfaire le plus grand nombre, se faire valoir,..

Si nous manquons à la vérité historique, l’Histoire, elle,  ne nous manquera pas.

DORMIR AU MOUILLAGE. REFLEXIONS

Il y a tellement plus qualifié que moi pour traiter du sujet que j’hésite à l’aborder: description du mouillage d’hier,

– Un gros vent d’ouest est prévu. Je le sais parce que j’ai surveillé la pression atmosphérique (baromètre) et la météo (sur l’application Windy, plusieurs modèles de maillages disponibles, plusieurs modes: vent, pluie, rafales, orages…). Le baromètre digital (Vion A4003) est plus réactif que l’analogique à aiguille de la même marque. Le logiciel de Windy s’avère fiable à l’usage; ce qui ne signifie pas infaillible. Le consulter une fois par jour n’est pas suffisant.

– Deux questions se posent:

–    allons-nous?.. au  mouillage?.. au port? Quel abri peut-on rejoindre avant l’arrivée du vent? dans quelles conditions de progression sur l’eau? L’ ETA: estimated time of arrival, peut être très différente de celle qu’on a prévue . Y aura-t-il du réseau si le mauvais temps se prolonge (météo)? … Des vivres, de l’eau en quantité suffisante à bord, ou à terre,? pourra-t-on utiliser l’annexe?

Pour ma part je dissèque les avis de Navily, en croisant les infos avec Boating-Navionics pour la configuration des fonds. Certains commentaires de la “communauté” sont ineptes. D’autres utiles. Rares ceux qui précisent les conditions météo de leur escale.

Quand arrivera-t-on? De jour, de nuit, avec ou sans lune? Le fond sera-t-il visible? (obscurité, clapot). Selon la force et la rotation du vent sera-t-il possible d’arriver à l’avance, de choisir son emplacement, de tester son mouillage, le déplacer au besoin, de préparer son bateau … Selon la saison d’autres skippers auront peut-être également anticipé, élu le même refuge, et les places restantes seront rares, médiocres ou  difficiles à prendre.

Même si l’endroit semble protégé, on tiendra compte du régime général: un flux puissant en périphérie de la zone influera sur la houle, y compris, surtout, en cas de vent faible. Nuit dansante assurée.

Si la première qualité d’un abri est le degré de protection qu’il offre, la seconde est la possibilité qu’on aura d’en changer. Le plan-B peut consister à se déplacer de l’autre côté de la baie, de l’île,  s’extraire d’un quai exposé, rejoindre un port … Dans le cas du mouillage d’hier il me fallait à la fois rester proche de la côte sous le vent, en-deça d’une bouée de restriction, et dans une des rares plaques de sable de l’endroit …

Et en cas de dérapage, par 35 noeuds, en pleine nuit?

Que rencontrera mon ancre si elle décroche? du sable? des posidonies (qui risquent de la bourrer et lui interdire de raccrocher)? un autre bateau? des brisants? Aura-t-on la place de manoeuvrer Et si l’on doit sortir de là? … La carte signale des hauteurs de vagues possibles de 6 mètres en cas de force 8-Beaufort! c’est assez peu courant. Et dissuasif, brrr… !

Préparer, mouiller et tester son mouillage: voila comment je fais:

*préparer:

j’allume le moteur, je mets le guindeau sous tension, je sors sa commande manuelle sur le pont,  libère l’ancre à l’avant, la chaîne, en ouvrant le capot. Je teste la commande cockpit du guindeau et descends l’ancre sous le davier. J’effectue un premier tour au moteur un oeil sur le sondeur, un oeil sur la girouette, les jumelles, le télémètre… Puis j’effectue des allers et retours sur le pont à l’avant du bateau pour observer le fond. Une fois choisi l’endroit,  je réduis ma vitesse, mets le moteur au neutre, et boucle un demi-tour face au vent  à un noeud environ; la vitesse doit être à peu près nulle quand l’ancre descend, mais le vent ne doit pas embarquer l’étrave.

*mouiller:

Je descends ma chaîne d’une fois et demi la hauteur d’eau, histoire de tenir l’étrave face au vent le temps que le bateau pivote et puis commence à culer. J’accompagne ce recul en mouillant une hauteur d’eau ou deux de plus et j’attends que la chaîne rappelle et se tende. C’est parfois franc et parfois non. On file le reste de la chaîne prévu. 3 à 6 fois la hauteur d’eau, le plus souvent 20-30 mètres ou davantage, ou tout si le vent est fort (*). Pour mon bateau, 11.30m, 7 tonnes à vide, 8 à 8-1/2 en ordre de marche, c’est une ancre Spade de 20kgs et 50m de chaîne de 10, environ 2,30 kgs/m  (si c’était à refaire j’en embarquerais 70).

(*) Rq: contre intuitif mais logique: en eaux peu profondes il faut mouiller plus long.

En cas d’hésitation je recommence. Tout. Si ça le fait, je recule, moteur à 1000trs, en surveillant la vitesse, qui va augmenter jusqu’à 1 nd, 1 nd1/2 puis redescendre  à zéro. Je zoome sur le traceur du cockpit et je crée un way-point sur le dessin du bateau (nom, position, profondeur), j’éteins mon moteur, et j’attends. Si tout va bien je relie un maillon de la chaîne à un taquet de l’avant au moyen d’une main de fer montée sur une grosse aussière de 5m, puis je file de la chaîne jusqu’à ce que seule l’aussière soit en tension. Et je vais boire une bière!

Variantes: quand on se gare “cul à quai” en solo on ne peut pas faire comme ça. On repère sa place à quai, on fait demi-tour, on s’éloigne un peu en marche avant, on stoppe, puis on recule droit en marche arrière vers le quai jusqu’à ce que la vitesse permette au safran d’agir; on s’aligne, on réduit sa vitesse. A 50m au télémètre je descends la chaîne en continu jusqu’aux abords du quai, et la retends une fois le bateau attaché par ses aussières arrières. Il m’arrive de procéder de même en mouillage libre quand je veux   gèrer depuis le cockpit, ou qu’à l’avant on n’y voit rien.

*préparer son bateau:

Le vent va être fort; on rentre tout ce qui peut s’envoler ou dépasse. On ferle les pavillons, une rente! On ôte les rames de l’annexe, qu’on attache plus court ou qu’on remonte à bord, mais l’idée de garder à l’arrière une annexe équipée de son moteur peut se défendre.  Proscrire le noeud de cabestan (voir “Skiathos”).

Je fixe bôme, drisses et sangles pour éviter usure et bruits inutilement anxiogènes.  Et fais la chasse à tout ce qui pourrait compliquer une manoeuvre imprévue ou d’urgence: pont ordonné, instruments laissés en veille, batteries des torches mises à charger, mesures de distances au télémètre notées, observation et anticipation du comportement des autres bateaux. Parfois je sors les pare-battage …

Rq: si le moteur est chaud le soir il s’allumera mieux… en pleine nuit.

Souvent je n’installe pas la main de fer de suite pour privilégier la réactivité. Cette fois-ci vu la nature incertaine du sol j’ai préparé une deuxième ancre à l’avant  frappée (fixée) sur la chaîne par une manille de façon qu’il n’y ait plus qu’à la passer par-dessus bord en cas d’ouragan! Hum.. c’est pour jouer!: en cas d’ouragan j’irais sans doute chercher mon mouillage de secours, 50m,  pour doubler la longueur de ma chaîne avec un gros émerillon. Voire louer une chambre quelque part!

Bref, c’était plutôt histoire de pratiquer. Une manoeuvre compliquée jamais testée peut être inutile ou nuisible. Mes voisins immédiats, sur leur bateau de location, ont mis à l’eau une deuxième ancre à l’avant (affourché), mais sur une aussière jaune flottante ce qui m’a paru absurde, tout comme la taille réduite de l’ancre . Quand Ils ont dérapé ils ont pourtant eu du mal à la remonter. L’intention était louable. Mais ce qui fait la tenue d’une ancre c’est beaucoup l’angle de traction,  la longueur, le poids de la chaîne,… Une gueuze, une deuxième ancre? …  mais quand il faut tout remonter… En tout cas sûrement pas ce .. pin’s.

Alors, quand le vent est rentré, que le mouillage tient, que l’on ne voit plus rien, hormis les feux de tête de mât, que l’alarme de mouillage (j’utilise l’application Anchor) est activée sur la tablette en charge – car cela consomme – et après une nième vérification du traceur, des repères à la côte et aux autres bateaux… on peut aller dormir. En priant pour qu’un sauvage arrivé dans la nuit n’emporte pas tout ça avec son quinze mètres!

Le matin une aube pisseuse se lève sur une baie plus calme.  Et me ravit. Mais la nuit suivante sera identique. Malgré la météo!

 

 

 

 

FOLEGANDROS

FOLEGANDROS est une petite île ventée entre MILOS et IOS. Je l’imagine un peu comme la petite soeur d’AMORGOS plus à l’Est. Même si elle n’a pas la taille ni  tout à fait le charisme et la diversité de son aînée, elle tire son épingle du jeu grâce à une Chora gracieuse perchée au bord de la falaise. L’île commence à être connue, avec déjà du monde pour la saison. En été, on s’y croise dans le centre avec peine. Un peu partout ça construit, des cubes blancs à la mode canarienne.

Il y a deux mouillages possibles: sud, par vent du nord, AGKALI; et Est, par vent d’ouest, KARAVOSTASI.

– AGKALI: 

Pour le moment le vent, et surtout la houle, vient du sud; à Karavostasi ce serait pire. Un gros vent d’ouest est prévu mardi. Comme toujours je tiens à arriver tôt pour choisir l’ancrage, préparer le bateau, acheter quelques vivres… La taverna a ouvert aujourd’hui. Un ouzo, quelques medzédes, et contempler la baie d’en haut dans la lumière du soir m’iraient tout à fait bien.

Zut le terminal de paiement du tavernier est out Tant pis, je lui donne ce que j’ai, et il m’arrange le coup. La nuit est un peu rouleuse mais pas trop.

KARAVOSTASI, LA CHORA, et le reste de l’île : 

Karavostasi est à peine un village mais on peut prendre un bus pour la Chora ou louer un scooter, ce que je fais avec mauvaise conscience. J’ai mouillé tôt ce matin près de la côte en prévision de demain. Pour l’insant le vent est sud-est, de la houle rentre, et PONYO fait un peu trop le dauphin à mon goût pour que je parte rassuré même si le vent doit faiblir.

La Chora est une des plus jolies de Grèce. Je mange là en discutant plaisance avec deux québécoises à la table voisine. Le serveur parle un peu français. L’addition est inattendue. Je crois qu’il a confondu avec celle de mes voisines. Je n’ai pas mes lunettes. Tant pis. Plaie d’argent n’est pas mortelle. Je monte à l’assaut de l’église. Les photos seront moyennes . Il me faudrait un drône. Il faut toujours quelque chose dont on peut se passer.

  

   

(“… ce bleu infiniement bleu que j’trouvais dans tes yeux… ” E. Daho. Les petits points blancs en haut de la crête sont des maisons)

 

– LE RESTE DE L’ILE:

On en fait vite le tour. Ou peut-être suis-je inquiet pour PONYO

 

… Mais non il attend en s’ébrouant sur la houle. La nuit risque d’être pénible.

Au matin l’eau très claire me permet de remouiller sur une des rares plaques de sable, près du rivage. Il ne reste plus qu’à attendre sa majesté Eole. Une fois encore rien ne permet de prévoir qu’on va avoir plus de 30 noeuds dans la nuit, 40 dans les rafales. Aucun nuage, baromètre en baisse hier mais stable aujourd’hui… nous verrons. Le port s’est vidé ce matin d’une flottille de bateaux roumains arrivés le soir. J’ai été seul longtemps. Un voilier vient d’arriver non loin dans la baie, et deux à quai. Le voilier mouille une 2ème ancre sur une ligne de rivage. un peu plus tard ils chassent et peinent à remonter leur deuxième hameçon. Puis ils se mettent à quai, vent travers, pas de ligne au vent… pour l’instant on reste dans le trente noeuds.

 

(PONYO au fond, près de la côte)

Dans la vie terrienne on décide moins souvent par soi-même il me semble.

Ici un raisonnement faux entraîne des conséquences en cascades pas toujours rattrapables. Mais faire confiance à sa tête permet de lutter contre l’émotion, la superstition, la grégarité et tant d’autres mirages…

Nous sommes prêts. Vivement, cependant, le matin.

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LE DREAM ETAIT PRESQUE PARFAIT …

 

 

C’est Pierre-Yves qui me fait ce cadeau: le mouillage parfait, une crique ravissante, invisible, si près-si loin du monde, en me demandant d’en garder par devers moi les coordonnées (je resterai donc évasif). Sa dimension est idéale, l’eau d’une limpidité rare, il y a un petit promontoire pour faire une photo de PONYO, deux petites plages de charme, une mini- jetée pour l’annexe, et surtout personne en ce début mai.

C’est un balcon sur la baie de Milos, un endroit de paix absolue. Il me rappelle un lac de montagne  dans le Hardanger fjord, où j’ai pêché en barque et fait cuire ma première truite, il y a .. si longtemps.

Je suis bien, là. Je ne pourrais avoir mouillé plus au centre de l’anse, safe même en cas de retour du nord… C’est le sud qui rentre en soirée, un peu fort, l’ancrage dans 5m se comporte plutôt bien, j’ai sorti 25m. Et la nuit est sereine.

Pourquoi bouger quand on est bien. Le lendemain le ciel se grise. Je fais mes petites affaires. La météo prévoit très peu de vent, plus Est que Sud, pas de quoi quitter sa lecture. En fin d’après-midi  l’alarme baromètre retentit  (baisse de 3mb en 3h). Je vérifie la météo sur Windy, passe en revue les algorithmes disponibles … Allons, c’est sans doute une extravagance de mon Vion digital, l’aiguille de l’analogique, même marque,  n’a pas bougé…. et je retourne à ma lecture.

 

Sauf que le vent va crescendo. Il a tourné. L’étrave pointe vers la montagne, plus vers la passe:  tant mieux, on sera protégé de la houle.

Je ne sais quel instinct, quelle variation auditive me pousse à sortir, avec l’idée de faire chauffer le moteur au cas où, on ne sait jamais … Il n’est déjà plus temps. La poupe est à 20m de l’embarcadère, nous dérapons vitesse grand V. Mais d’où sort ce vent de 20 noeuds? Le temps de faire machine avant on n’est plus qu’à une longueur d’aussière.

Après… ça se joue vraiment à rien: les bonnes priorités, le moteur qui obéit à l’injonction du démarreur, l’action conjuguée du guindeau, les mètres gagnés… le vent est si hargneux que je sors de l’anse, sud-est, en marche arrière, 1 nd puis 2 puis 3… Cette fois le boulet n’est pas passé loin. La dérive était remontée, j’étais présent à bord, de jour, éveillé….

Je rejoins la côte près de l’aéroport. Elle n’est pas jolie mais elle est abritée, dégagée. Si aucun avion ne se rate je devrais pouvoir  finir mon chapitre!

Conclusion: sur l’eau il n’arrive pas toujours le plus probable.  Toute anse fermée, si belle soit-elle, le vent portant à côte, doit être abandonnée. A forciori si l’on quitte le bord.

MILOS, L’INATTENDUE

Le premier contact avec Milos est géologique… Grottes marines, volcaniques, mélange de pierre blanche et de basalte, pains de sucre bruns à l’entrée de la baie….

Le second c’est cet étrange village coloré au ras de l’eau, bien en-dessous de la ville haute.

Une fois réalisée la vidange du Perkins (toutes les cent heures  environ), je loue un 125 et nous voilà partis pour KLIMA,  le nom de ce village de pêcheurs.

-KLIMA:

En été ce doit juste être insupportable. En cette saison et à cette heure il y a encore peu de monde: un couple d’amoureux en mode selfie, un monsieur entrain d’enlever le varech et les cailloux  déposés devant sa maison, et une jeune femme que j’avais saluée en garant mon scooter plus haut. L’accès à la plage est piéton. Elle “sulfate” un devant de porte. Je lui demande ce qu’elle fait. Elle lutte contre les insectes, entreprise privée commanditée par la mairie si j’ai bien compris. C’est la plus belle fille que j’ai vue en Grèce, le genre qu’on imagine danser sur une fresque crétoise. Je n’ose pas lui demander de la photographier. Avec les meilleures intentions les filles, les enfants, les gens, d’une manière générale, restent difficiles à  incorporer dans un blog amateur! ..

     

Au fait, pour ceux qui se le demandaient, Milou, le nom du chien blanc de Tintin n’a rien à voir avec Milos (le génitif -de Milos- est Milou) mais plutôt avec une ancienne amoureuse d’Hergé prénommée … Marie-Louise.

Ces maisons de pêcheurs rappellent un peu les cabanes de Gruissan, Un garage à bateau en bas, une habitation sommaire à l’étage. Dans celles qui n’ont pas encore été dénaturées par des nordistes à haut pouvoir d’achat (et le goût convenu un peu niais qui va avec… “goût de chiottes” manque un peu de nuances ), on peut essayer d’imaginer en marin la vie de ces personnes pauvres, une vie forcément rude, leurs barricades précaires contre les vagues, leur petite trappe pour rentrer ou mettre le nez dehors quand la mer est dure. Ce n’est pas fait pour faire joli; encore moins des sous. Juste vivre, nourrir sa famille, survivre…

Quantité négligeable de leur vivant; leur petit village simple excite les convoitises de ceux qui ont déjà tout. Le riche enviera toujours son poirier au pauvre, Et de  relooker le quartier en village typicaly greek, mais pas trop crade  pour pouvoir le louer en  RB&B à des capricieux! Ah le syndrome du pot de géranium dans la roue de charrette campée au bon endroit, comme tu peux nous faire du mal. Pauvres pêcheurs tués deux fois. Auriez-vous seulement eu l’idée de numéroter ostensiblement les planches de vos devant-de-porte?  Ikea! sors de ce corps!

– vers PLAKA:

Aussi quelle idée de voir le mal partout. Elevons-nous! Milos n’est pas la plus belle île que j’aie vue. Elle n’a pas la classe d’Amorgos, l’histoire de Rhodes, d’Ithaque, de Pathmos, la sauvagerie d’Ikaria, la diversité de Chios ou de Lesbos… mais elle s’avère photogénique. Ainsi de ces acteurs ou ces actrices qui ne sont pas les plus belles, les plus beaux, mais qu’on regarde. Théophile Gautier décrit ainsi “l’Isabelle” dans son Capitaine Fracasse: “Quoiqu’au premier abord elle attirât moins l’oeil que la Sérafina, elle le retenait plus longtemps. Si elle n’éblouissait pas , elle charmait, ce qui a bien son avantage”.

   

(Traduction Google du poème sur le mur: “Sur le roc de la persévérance, Iles Egées, nous attendions tes voiles blanches, Que nous reste-t-il, mers, mers. [Sinon] couler nos propres navires. D. Tiniakos)

 

La montée au kastro, un peu raide, vaut le coup. En redescendant on passe devant le musée archéologique. L’Aphrodite de Milo (sa copie en plâtre, mais de belle facture, l’original est au Louvres) est là,  ainsi que de nombreuses pièces datant de la moitié du 3ème millénaire avant JC.

C’est un très beau musée, petit, mais rempli de pièces de qualité exposées avec goût et intelligence. Le théâtre antique, lui, est entièrement reconstruit en marbre neuf selon la nouvelle politique archéologique, semble-t-il, de la Grèce, à laquelle je n’adhère pas.

 

– LE MUSEE ARCHEOLOGIQUE:

(pichets à becs tordus, bijoux, instruments de musique en coquillages, pointes d’obsidienne…)

 

La ‘Vénus’ trône encore sur le chemin des catacombes (qui ne m’intéressaient pas je ne les ai pas vues) et du théâtre. Que peuvent bien penser ces jeunes touristes en méditation devant la déesse (*) ?

Le reste de l’île, et son tourisme de plage, ne m’incitait guère à prolonger la visite. Je suis rentré à Adamantes. Mais il en faut pour tous les goûts. A chacun son film.

(*) l’emplacement  exact de l’endroit où la statue a été découverte dans son champ par un paysan aurait été perdu. Quand on sait que des chercheurs de trésor non loin de chez moi, à Rennes-le-Château, on eu recours aux explosifs et creusé des tunnels dans le village, on peut comprendre. Il en est de même de la niche qu’elle adornait. Où se trouvait-elle? Dans le plus bel endroit possible j’imagine…  Peut-être réinvesti par un édifice orthodoxe plus tardif?   Rêver de passé, d’avenir, c’est toujours rêver…

 

Ps: pour Izia, le mail de Ponyo: levoyagedeponyo@gmail.com

 

 

 

 

 

UNE TRAVERSEE EPROUVANTE VERS MILOS

La carte météo prévoit encore pas mal de vent pour ce dimanche; surtout il se renforce à l’approche de Milos. Force 6, 22 noeuds, mais cela peut être plus fort. Et c’est loin, plus de 60 milles. Même si tout va bien ça fait arriver après le coucher du soleil. Que faire? Attendre le lendemain, où ce sera pétole sur la première partie du trajet. Ou être optimiste, audacieux, inconscient.. supprimez les mentions inutiles…

Il y a deux plans B si cela ne se passe pas bien: l’île de Falconera à 40 milles un peu plus au nord.

Ou revenir à Monemvasia. Aucune honte à se raviser.

 

Quand nous partons, avec un ris, il est presque 10 heures. L’état de la mer et la force du vent sont tels que je les attendais, Mais le vent est NNE, pas travers, et le bateau peine à conserver un cap plein Est au près. Pendant deux heures je m’apprête à faire demi-tour. Puis il semble qu’il passe nord petit à petit. On continue. Le vent se renforce, 17, 19 noeuds… 2ème ris. La navigation est tout sauf agréable. Vers le tiers du parcours la mer est plus formée, le bateau trop mou, Je largue le 2ème ris. Il faut de la puissance pour avancer. Mais on est un peu à la limite de partir au lof (le bateau est en quelque sorte ‘attiré’ par le vent sans qu’on puisse l’en empêcher à la barre).

Au milieu du parcours 2ème ris,  ça devient sportif, je jongle avec la taille de mon bout de génois, la position du chariot d’écoute. Surtout ça impose une tension physique et mentale constante et il fait froid. Pourtant je suis équipé, j’ai un bon pilote auto, un bon bateau, il n’y a pas plus de 23 noeuds de vent… 24… 25. Je pense à Vito Dumas, Slocum, Moitessier. Comment faisaient-ils? C’était des géants!. Et moi je tarde trop à réduire de nouveau.

Car la dégradation est lente, régulière, insidieuse. Je prends la barre une vingtaine de milles avant d’arriver. Et puis enfin le troisième  ris dans des conditions plutôt musclées. Le vent est passé NW, presque largue, mais ça ne simplifie pas les choses. Seule la vitesse s’accroit, 7-8 noeuds dès que je sors un peu plus de génois. Il faut avancer.  Je ne dirais pas que j’ai peur: je ne doute pas d’arriver derrière Milos pour me mettre à l’abri, au travers le bateau reste manoeuvrant.

  Quand le soleil se couche il reste 9 milles à parcourir. Peur non. mais bouffé par l’inquiétude, tendu pour ne pas me prendre l’îlôt tribord, pour lire le paysage dans l’obscurité, le cap dans les embardées, vérifier et revérifier les fonds,

A l’arrivée à KLEKTIKO il y a 27 noeuds. Le mouillage est abrité mais rafaleux en approche. Il y a des feux à terre que je ne comprends pas; un cargo grec est venu s’abriter non loin. Difficile d’évaluer les distances en amenant la toile, préparant le mouillage,..  Avec les feux de route je ne vois rien devant sans aller à la proue. Je mouille à 30 mètres des cailloux; peu de chance que le vent passe au sud dans la nuit. Je n’ai pas la force de me sentir heureux. J’ai juste faim.

    

7 heures le soleil se lève. Paysage de toute beauté. Mon ancre semble beaucoup trop proche d’une immense dalle rocheuse. Je prends quelques photos et je retourne me coucher. Moulu.

 

 

VERAKAS ET MONEMVASIA

– VERAKAS:

Vent de sud pour descendre .. au sud! Je fais semblant d’être surpris… Gardons-nous d’offenser les dieux de l’humour.

Pendant un moment j’y crois: 3-4 nds à 35 degrés du vent. Je ‘régate’ même avec un autrichien de 8 mètres.. enfin, sa taille sur l’Ais. Une heure passe… 35 degrés, 30, 28… 3 noeuds, 2,8 , 2,4.. Quand il y a la moindre survente, il n’y a pas photo j’avance; dès que le vent faiblit et refuse, c’est lui. Mais j’ai encore 40 milles à parcourir avant Monemvasia, ou au moins Verakas, un mignon petit fjord avec une cité antique… Quand notre vitesse tombe en deçà des 2 noeuds j’allume le moteur. Et il en fait autant.

Verakas est un petit village “dans son jus”, inespéré, sans doute parce que Monemvasia, qui est superbe, je ne discute pas, écrase tout alentour. Que les skippers branchés continuent à éviter longtemps Verakas. Ses habitants n’ont certes jamais envoyé de fusée dans l’espace, les rires y sonnent parfois assez bêtement les filles sont maquillées à l’arrache, un tantinet enveloppées. Mais qu’est-ce que ça fait du bien des gens normaux… Des gens qui ne calculent, qui ne maximisent pas tout.  Elon, lui, envoie des fusées dans le vide… Mais ceci est une autre histoire…

Eau gratuite, c’est rare. Je me lève très tôt pour faire le plein et être prêt à partir pour Monem. Je me méfie. On a beau être hors saison d’autres bateaux s’y mettront à l’abri c’est sûr. Mieux vaut arriver tôt. La promenade matitudinale à la vieille acropole ‘mycénienne’ est magique. A condition de brandir une baguette pour écarter les toiles d’Arachné.

(des fleurs d’oliviers; une belle pierre avec des inscriptions en grec… des tags, une signature d’artisan?)

 

Un temple, une citerne, une pierre gravée … Pourquoi ça me touche, tout ça? Des gens ont vécu là.. “des amis, des parents les attendaient”…(Tintin au Tibet). L’endroit vaudrait à lui seul  le déplacement. Je commence à retrouver la motivation: une belle lumière, un beau lieu, pas trop de monde… Et richtung Monemvasia.

– MONEMVASIA :

Monemvasia n’est qu’à 8 milles. Moteur sur une eau très calme. J’arrive à midi. Je suis censé contacter Matheos, l’homme du lieu. Mais je décide de tenter ma chance seul. Il reste une (seule bonne) place. Certains sont là depuis plusieurs jours. Le petit bateau autrichien (épisode précédent) arrive en soirée de je ne sais où. On lui fait une place en bougeant les amarres. Je pars voir la vieille ville. Depuis le temps que j’en rêvais. Il fait chaud. Je ne suis pas déçu. Il y a quelque chose de Cefalu-en-Sicile ici. C’est très beau,  ça réconcilie, ça inspire,  ça aide à repirer; à se sentir vivant et libre. A aimer.

Demain j’y retourne, si le temps n’est pas trop moche. L’église ouvre à 8h30. Le vent lui se lèvera à quatre heures, il n’y aura pas foule. Quartier libre matelot!

 

CAP SKALI, HERMIONI, PORTO HELI

 

 

 

Un mouillage de rêve, le temps de se frotter les yeux … il se remplit en une demi-heure. Nous serons six à passer la nuit là.  A 30m les uns des autres. Sans doute un spot vendu avec la location du bateau… On ne leur a pas dit qu’un mouillage de rêve, cela  dépend en grande partie du nombre de camping-caristes à jeter l’ancre au même endroit?…

Alors je monte dans l’annexe et je vais balader sur le continent. Petite plage cachée à une encâblure des bateaux, chapelle minuscule avec jardin construite sur un ressaut plat surplombant  la mer. Non loin je suis surpris de découvrir un camion 4×4 à l’allemande qui semble avoir pris ses quartiers d’hiver.. Comment ce panzer a-t-il pu échouer là? Réponse: par la route. Car nous ne sommes pas sur une île.

       

   

Le lendemain je pars au premier friselis. Même si le vent synoptique est nord-est, dans la journée s’installe une Bouka Doura de sud-est qui complique le choix du mouillage suivant, quoiqu’elle tombe la nuit Petites étapes sous génois seul, portant, travers, moteur ..

L’ancre touche le fond dans l’anse sud d’HERMIONI en bordure d’une forêt de pins. Je fais un tour au port: ressac et fonds malsains. Une marina est en construction à grands coups de drague. Je m’aperçois en partant que l’arrière de PONYO,  poutant à cent mètres du rivage, est tout proche d’un platier, les fonds remontent d’un coup. Gillou tu as encore failli te faire avoir!

 

Hermioni malgré son joli nom et ses maisons blanches ne me laissera pas un souvenir impérissable, et je repars pour PORTO HELI, immense baie calme, statique, presque fermée, où je fais le plein de gasoil avec l’annexe. Mon errance incertaine commence à me lasser et je me perds en conjectures pour deviner la suite, laquelle dépend de l’envie autant que de la météo. Deux paramètres qu’on ne commande pas 🙂

Il se pourrait que la côte sud-est du Péloponnèse vaille le détour. Ce n’est pas loin mais le vent sera contre, avec un gros flux de nord attendu pour la fin de la semaine.

Allez, secouons-nous: l’aventure recommence!

 

(un nouvel équipier à bord!)

Pas sûr qu’on puisse se permettre de hisser le drapeau de Sea Shepherd Origins (*) sous le drapeau national grec…

 

(*) Je précise  “Origins” et pas “Global”, vu que Paul Watson s’est fait évincer de son propre mouvement alors même qu’il était menacé d’être extradé vers le Japon  (ceux qui sont intéressés peuvent jeter un coup d’oeil à l’interview de Lamya Essemlali sur Thinkerview, ou celui de Paul Watson dans sa prison groenlandaise  par Hugo Clément… On croit rêver!

 

 

 

 

POROS

En trois ans j’ai oublié Poros. Pas tout; mais quand même beaucoup. Il m’arrive de me demander à quoi bon lire, voyager, s’il en reste si peu. A tout prendre une mémoire absolue ne serait-elle pas autrement plus cruelle?

Disons que j’ai redécouvert avec plaisir l’immense baie ouverte, le passage entre Galathas (le continent) et l’île, de nouveaux quartiers, et l’existence d’un temple de Poséidon sur les hauteurs. Une balade bienvenue après la pluie des derniers jours parmi les fleurs du printemps, cistes, oliviers, lavandes, roses..

Il ne reste presque rien du temple lui-même, antique, et peu de chose de la stoa, plus tardive, mais le lieu  est beau et les rares visiteurs ne s’y attardent guère.

(L’olivier de gauche était déjà présent sur les photos de fouilles entreprises en 1900 par des archéologues suédois)

 

TRAVAIL ET LANGUEUR DE TEMPS…

 

   

(la photo de droite est de Laurent)

La saison commence par des tonnes de choses à faire, Ce n’est pas faute de les avoir anticipées pour espérer surseoir à cette accumulation d’urgences de dernière minute … Mais la Grèce a son propre rythme. Le temps est à la pluie, Pluvieux. Plus vieux.

Me revoici aux pieds de Ponyo – Ponyo-aux-pieds-de-sirène aurait dit Homère . Tyrannique, coûteuse mais irremplaçable compagne…

La “gearbox” (inverseur) a été changée, reste la poignée des gaz, trop dure et incommode, les batteries à remplacer, le tableau électrique à modifier: les fusibles ont fait leur temps et laisseront la place à des dysjoncteurs thermiques.  L’embase des chandeliers sera reprise à la résine,  le carénage, ponçage, antifouling, polish des oeuvres vives … Sans compter les voiles (encore chez le sailmaker) et toutes les manoeuvres à réinstaller, et la myriade (10 puissance 4) de petits détails à régler qui rendent illusoire l’achèvement de la liste des travaux et le retour sur l’eau.

 

 

 

Mais tout arrive, y compris la rencontre de compatriotes audois, Laurent et Sylvain sur “Revolution”, un sacré joli nom de bateau (*), la mise à l’eau avec un retard somme toute raisonnable, et une prise de quai  en vrac à Egine-Port, qui fut une aventure en soi!

(*) parmi mes préférés: Revolution, Silence, et Animiste! ..

 

Car arrivé au moteur depuis le chantier, voici que la marche avant me lâche en faisant mon rond de reconnaissance en face du quai. Tant pis , j’en refais un en marche arrière, m’aligne sur la place, actionne le guindeau et … l’ancre descend puis ne descend plus, coinci-coinça de début de saison!

Moment de solitude.

Heureusement le voisin espagnol  tribord m’aide à m’amarrer provisoirement tandis  que mon voisin bâbord belge me crie des consignes inapplicables sur le mode “il fait n’importe quoi”. L’étrave de mon bateau pointe dangereusement vers le voilier ibérique; il suffirait d’une amarre lancée vers l’avant du bateau belge mais son skipper refuse, arguant que son mouillage neuf n’est pas prévu pour deux…

Finalement nous embarquons mes chaîne et ancre dans le dinghy de José, 40m + lui + moi… “que te parece?” “veremos, haciéndolo!” et tout se passe  au mieux, l’ancrage est efficace!

Le skipper bâbord m’explique que nous n’avons pas positionné l’ancre suffisamment en face du bateau … Il y a ceux qui expliquent  et ceux qui aident.

Ah! j’allais oublier: Ali ne pourra plus me dire que je reste célibataire faute de pasarella!

Et enfin cap sur Poros, la mer, 15 bons noeuds de vent, 1 ris dans la grand voile, 7 noeuds au bon plein, le souffle du vent sur la peau et dans les cheveux …   Comme ça m’a manqué!

Il fait plutôt frais en arrivant à Poros. Le port?… surtout pas! Un mouillage,, même encombré, même gris, car les sommets de Methana sont accrochés …

Un mouillage sans entendre le mot “euro”! J’ai trouvé Egine chère, ma chère Egine, et plutôt mercantile. La Grèce dans son ensemble est à la peine. La crise ici rend la vie dure.  Pourtant comme partout ce ne sont pas les plus pauvres qui ont le coeur le plus à sec.

J’irai à terre demain. Aujourd’hui Ponyo me garde du monde. Il pleut. Tout va bien.