
A l’heure où je reprends ce blog, je suis quelque part vers Reggio de Calabre, attendant dans un mouillage de fortune la renverse pour passer Messine.
Des jours qui viennent de s’écouler je ne garderai le souvenir que de journées chaudes et fatigantes à parcourir les milles nécessaires pour remonter l’Italie sur sa côte ouest, vers Naples, Rome, Capri, l’Ile d’Elbe, tout… sauf Venise hélas.
En quittant Corfou pour Othoni j’ai juste fait un petit détour par le très beau site des falaises du cap Drastis. Puis à Othoni j’ai dit adieu à la Grèce, avec peine.

La traversée jusqu’à l’Italie est longue d’une cinquantaine de milles mais pas languissante, le vent est avec nous. L’arrivée devant Sta Maria de Leuca est impressionnante par le nombre d’engins à moteurs en circulation; en quatre ans je n’ai jamais vu nulle part ailleurs une telle densité. l’eau est à 31, presque 32; et il y a les baigneurs, sur la plage, sur l’eau, sous l’eau. Vers 19h la plupart sont partis. Je fais un plouf mais renonce à aller à terre.

Demain, traversée du golfe de Tarente, 75 milles jusqu’à Marinella, au sud du cap Colonne, réserve naturelle, règlements contradictoires et politique écologiste sans les moyens qui vont avec. Parti à 6h, arrivé à 18h, à 20h je suis encore entrain de mouiller, fatigué, énervé, affamé… passons! Le vent était soutenu mais stable, le bateau marchait souvent à 7 noeuds ou plus, on ne pouvait guère rêver mieux: sans vent et au moteur à 5 noeuds, sur ce genre d’étape ce serait une autre histoire.
– ROCCELLA IONICA :
Et la ruée vers l’ouest se poursuit encore le lendemain, 56 milles jusqu’à Marina Roccella Ionica, une jolie étape, un cadre boisé, de l’eau, du gasoil… que j’avais bien aimé il y a 4 ans. Je revois le même pompiste avec le même vent venant du quai, et les mêmes réflexions sur mon manque d’équipiers pour un bateau de la taille de PONYO… “je sais, je me souviens de toi et ce que tu me disais il y a quatre ans… depuis j’ai visité une cinquantaine d’îles… non.. pas fifteen: fifty!”… Pourquoi tu te vantes? je me dis. Il n’y a pas de quoi.

La capitainerie me rappelle quand je largue les amarres: “vous auriez dû libérer la place à midi; ça va pour cette fois mais c’est comme une chambre d’hôtel on ne part pas à 6 heures.. et blablabla. Il y a plein de places à côté et je n’ai vu personne monter à bord faire mon lit… Allez… on est parti.

Un petit mouillage bien rouleur un mille plus loin; un autre, pire encore à 40 milles. Fatigue et distances s’accumulent; au large la côte italienne n’est guère attractive, mais ça s’arrange en approchant de Messine, avec un paysage montagneux plus inspirant que la côte calabraise jusqu’à présent.
14h30; il me reste une demi-heure pour traverser Messine et me retrouver à Scylla… Moi qui ne rêve que d’une pizza et d’un verre de chianti depuis des jours! Je préfère quand même avoir le détroit derrière moi quand le nord se mettra à souffler. Mais Dieu que cette côte calabraise est peu hospitalière et houleuse par vent de secteur sud!
– MESSINE :

Et qu’il est malaisé de transmettre les bouillonnements d’un détroit, ce que l’on ressent quand le flot vous prend, moteur au ralenti, qu’on dépasse les 9 noeuds malgré un vent de face au-dessus de 25… Dans l’autre sens, dans le “scendente” qui est plus fort, c’est encore plus vrai. Sur l’image du pêcheur au milieu de l’eau, on ne voit que deux hommes dans une barque; pas du tout la complexité du mouvement des flux sur lesquels ils bouchonnent, ni l’impression de vie intense qui nous environne, qui nous parle; qui le fait depuis toujours.
– SCYLLA :

Mon copain Kiki m’en avait parlé, alors je vais voir. C’est vrai que c’est joli; un peu cracra, une eau un peu douteuse… Mais c’est surtout un foutu mauvais mouillage!: blocs de pierre partout sur fond de posidonies, houle, ressac… Je passe trois quarts d’heure à tourner dans la petite anse, sans me soucier de ce que qu’on peut dire sur les slips (pans inclinés de halage) du ‘francese’ qui fait des va-et-vient entre la manette des gaz et l’avant du bateau pour trouver LE coin où la chaîne ne s’entortillera pas si le vent tourne ou si le courant violent s’inverse. Bref je ne me vois pas quitter le bord pour aller manger la pizza sur une de ces terrasses éclairées sur pilotis qui me font de l’oeil. Alors je m’en passe, et laisse le soir finir de tomber.
Dans la nuit la chaîne râcle et je me relève plusieurs fois. Mais avec le vent venant de la côte, la houle ne prend pas le bateau par le travers et reste très supportable, et au matin l’ancre remonte sans problème. Cap sur et Tropea, encore une ville perchée pittoresque devant laquelle je ne fais que passer. Je ne me reconnais pas. Je suis passé en mode ‘convoyage’!
– TROPEA .. ET GRAINS! :

(ça, c’est après…)
Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’avais regardé la carte en mode ‘orages’; j’avais vu le nuage arriver… et puis la pluie a commencé à tomber. Je suis descendu à l’intérieur pour chercher une veste . Le vent était tombé, il devait nous pousser gentiment vers le nord-est. J’avais roulé le génois, laissant la GV à poste dans un éventuel soutien moteur; il était midi. Lorsque je suis remonté sur le pont le vent est rentré d’un coup en même temps que la pluie devenait tropicale. Veste ou pas j’ai été trempé en quelques secondes; puis le vent est devenu furieux. Affaler la GV plaquée contre les haubans, en restant au plus près avec le moteur, guindant pris dans les marches du bas de mât décoincées à la gaffe, toile étouffée avec des sangles…
Le vent était vraiment fort. Comme un idiot j’avais débranché les câbles en sortie de mât et éteint les instruments à cause des éclairs. La visibilité est devenue très faible. Affairé à serrer ma toile je voyais la surface de la mer telle que je ne l’avais jamais vue, même à Maléas. L’aspect était celui des images qui illustrent un beaufort-8 ou plus. Les paquets de mer étaient tèdes, les embruns flous comme sur une photo ralentie…
Je ne saurais jamais jusqu’où le vent est monté… 40… plus de 40 …? Une fois la voile serrée et la bôme rentrée j’ai rallumé mes instruments et commencé à me préoccuper de l’eau qui me restait à courir jusqu’au Capo Vaticano. Le moteur et le pilote étalaient assez bien car la mer n’était pas levée. J’avais beau savoir que cela ne durerait pas je ne tenais pas à dériver vers l’Est sans m’en apercevoir. Habitué au confort du traceur, je me disais que le compas, au moins, serait toujours lisible…
Et puis ça a diminué, la houle a mis du temps à se dissiper, le soleil est arrivé après Tropea. La petite baie à côté de la marina de Vido était calme, plate et sableuse à souhait. Le temps de gonfler l’annexe… et de trouver une pizzeria! Demain, pétole, j’irai en ville; il me manque un peu de tout.

En fin de semaine il ne fera pas bon se trouver dans le nord de l’Adriatique: les orages prévus y seront costauds… Quant aux imprévus… Eric m’a fortement prévenu contre ces épisodes musclés dans les parages de Naples, Gênes, l’Ile d’Elbe, la Corse… Bonne Mère! …
… quand reverrai-je, hélas, de mon petit village fumer la cheminée, et en quelle saison? … plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux, que les palais romains le front audacieux… plus mon petit Liré, que le mont Palatin, et plus que l’air marin la douceur angevine.





C’est une ville très italienne, avec une interpénétration de quartiers, de parcs, d’allées, de ruelles… Je m’offre même la visite du fort! En fait je veux aller voir l’églse St Georges, avec son faux air de temple grec, et grimper tout en haut du phare.









– ITHAQUE : la baie de Vathi … toujours aussi belle. J’y retrouve Marcus et Chantal avec plaisir. Beaucoup de monde et du vent.















(adieu Cythère…)



KALAMATA :
(* )























