ITHAQUE la baie de Vathi … toujours aussi belle. J’y retrouve Marcus et Chantal avec plaisir. Beaucoup de

monde et du vent. Le lendemain ça s’allège un peu. Le vent souffle en fin d’après-midi. Les bateaux de loc partent le matin. J’en ai compté soixante le long du grand quai ouest; autant que de voiliers dans la baie. Les amis me font découvrir une jolie petite anse au nord-est, un troquet, une promenade. Boulangerie, courses, gasoil…

(photo “someone’s watching you”, by Chantal! la construction est un réservoir, il y a un mètre d’eau; la cloche dans l’arbre appartient à une chapelle attenante)
J’essaie d’oublier que sans téléphone il n’est pas possible d’obtenir le moindre code d’authentification de la banque pour payer en ligne par exemple une avance à la marina de Prévéza, un billet d’avion pour rentrer… ! Où faut-il donc aller pour échapper à cette engeance de bouffeurs de vie?

Les amis suisses partent pour Meganisi après avoir fait le plein à la station service en bout de quai, un modèle du genre, assez rare en mer Egée.
Je vais vite fait acheter du pain et trois bricoles avant de les suivre et rencontre un jeune couple de Canet, pas loin de chez moi, qui viennent visiter Ponyo, sujet sur lequel je suis Intarissable (!). Tant pis pour la courte fenêtre de sud prévue. Mais un vent de sud-ouest me permet bientôt de couper le moteur, qui se maintient jusqu’à Meganisi. Un peu trop de monde ici aussi, mais rien à côté de ce que ce sera dans quinze jours.
Qu’est-ce que je pourrais dire à ces gens pour qu’ils cessent de s’agglutiner comme des sargasses en juillet-août en se gênant les uns les autres? Ce n’est pas ça la plaisance: c’est rencontrer, c’est prendre le temps, c’est s’améliorer, soi et son bateau, c’est entendre le silence, s’alléger, se laisser surprendre, se perdre, se trouver, suivre sa trace, comme on sculpte un château de sable, se laisser polir et dépolir …
Il faut bien plus d’une semaine pour se dé-frustrer d’une société aliénante, qu’on s’emploie à construire tout le reste du temps. C’est cette semaine multipliée par le nombre de prétendants à l’extase qui pose problème. Le nombre de fois où je peux lire sur Navily: “nous avons eu la baie pour nous tout seuls”…

La petite baie au nord de Meganisi n’est pas un absolu. Mais elle a son charme. Celui de ces lieux où l’on découvre qu’on y est bien et qu’on y resterait un peu plus que prévu. Qu’il y fait bon nager. Sur la colline nombre de maisons ne vivent que quelques jours par an. Quelqu’un les a rêvées. Quelqu’un d’aisé a imaginé prolonger là un instantané, une émotion sincère. Mais c’était un malentendu. La vie crée la maison, non l’inverse. La maison retourne à son ennui et nous…
… nous passons; sans cesse détachés comme des nuages instables. C’est la peur qui fait que l’on s’attache aux choses, même à son bateau. Enfin.. un bateau c’est différent; c’est une sorte de cabane, une cabane avec une âme.







(adieu Cythère…)



KALAMATA :
(* )
























– Baie d’ALYKI, Paros.
Dans “Into the wild” cette quête échoue: l’exaltation du héros devant les paysages sublimes et désolés qu’il traverse ne renvoie qu’à un égoïsme insensé. Le héros s’est trompé. Et “le bonheur ne vaut que s’il est partagé”. J’ai vu ce film il y a longtemps. Je ne sais plus de ce qui animait ce jeune homme. Je ne me souviens que de sa sincérité, son absence de filet revendiquée et courageuse!















.. et reviens au mouillage.