FOLEGANDROS est une petite île ventée entre MILOS et IOS. Je l’imagine un peu comme la petite soeur d’AMORGOS plus à l’Est. Même si elle n’a pas la taille ni tout à fait le charisme et la diversité de son aînée, elle tire son épingle du jeu grâce à une Chora gracieuse perchée au bord de la falaise. L’île commence à être connue, avec déjà du monde pour la saison. En été, on s’y croise dans le centre avec peine. Un peu partout ça construit, des cubes blancs à la mode canarienne.
Il y a deux mouillages possibles: sud, par vent du nord, AGKALI; et Est, par vent d’ouest, KARAVOSTASI.
– AGKALI:
Pour le moment le vent, et surtout la houle, vient du sud; à Karavostasi ce serait pire. Un gros vent d’ouest est prévu mardi. Comme toujours je tiens à arriver tôt pour choisir l’ancrage, préparer le bateau, acheter quelques vivres… La taverna a ouvert aujourd’hui. Un ouzo, quelques medzédes, et contempler la baie d’en haut dans la lumière du soir m’iraient tout à fait bien.
Zut le terminal de paiement du tavernier est out Tant pis, je lui donne ce que j’ai, et il m’arrange le coup. La nuit est un peu rouleuse mais pas trop.


– KARAVOSTASI, LA CHORA, et le reste de l’île :
Karavostasi est à peine un village mais on peut prendre un bus pour la Chora ou louer un scooter, ce que je fais avec mauvaise conscience. J’ai mouillé tôt ce matin près de la côte en prévision de demain. Pour l’insant le vent est sud-est, de la houle rentre, et PONYO fait un peu trop le dauphin à mon goût pour que je parte rassuré même si le vent doit faiblir.
La Chora est une des plus jolies de Grèce. Je mange là en discutant plaisance avec deux québécoises à la table voisine. Le serveur parle un peu français. L’addition est inattendue. Je crois qu’il a confondu avec celle de mes voisines. Je n’ai pas mes lunettes. Tant pis. Plaie d’argent n’est pas mortelle. Je monte à l’assaut de l’église. Les photos seront moyennes . Il me faudrait un drône. Il faut toujours quelque chose dont on peut se passer.


(“… ce bleu infiniement bleu que j’trouvais dans tes yeux… ” E. Daho. Les petits points blancs en haut de la crête sont des maisons)


– LE RESTE DE L’ILE:
On en fait vite le tour. Ou peut-être suis-je inquiet pour PONYO…

… Mais non il attend en s’ébrouant sur la houle. La nuit risque d’être pénible.
Au matin l’eau très claire me permet de remouiller sur une des rares plaques de sable, près du rivage. Il ne reste plus qu’à attendre sa majesté Eole. Une fois encore rien ne permet de prévoir qu’on va avoir plus de 30 noeuds dans la nuit, 40 dans les rafales. Aucun nuage, baromètre en baisse hier mais stable aujourd’hui… nous verrons. Le port s’est vidé ce matin d’une flottille de bateaux roumains arrivés le soir. J’ai été seul longtemps. Un voilier vient d’arriver non loin dans la baie, et deux à quai. Le voilier mouille une 2ème ancre sur une ligne de rivage. un peu plus tard ils chassent et peinent à remonter leur deuxième hameçon. Puis ils se mettent à quai, vent travers, pas de ligne au vent… pour l’instant on reste dans le trente noeuds.

(PONYO au fond, près de la côte)
Dans la vie terrienne on décide moins souvent par soi-même il me semble.
Ici un raisonnement faux entraîne des conséquences en cascades pas toujours rattrapables. Mais faire confiance à sa tête permet de lutter contre l’émotion, la superstition, la grégarité et tant d’autres mirages…
Nous sommes prêts. Vivement, cependant, le matin.
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Sauf que le vent va crescendo. Il a tourné. L’étrave pointe vers la montagne, plus vers la passe: tant mieux, on sera protégé de la houle.









La carte météo prévoit encore pas mal de vent pour ce dimanche; surtout il se renforce à l’approche de Milos. Force 6, 22 noeuds, mais cela peut être plus fort. Et c’est loin, plus de 60 milles. Même si tout va bien ça fait arriver après le coucher du soleil. Que faire? Attendre le lendemain, où ce sera pétole sur la première partie du trajet. Ou être optimiste, audacieux, inconscient.. supprimez les mentions inutiles…
Au milieu du parcours 2ème ris, ça devient sportif, je jongle avec la taille de mon bout de génois, la position du chariot d’écoute. Surtout ça impose une tension physique et mentale constante et il fait froid. Pourtant je suis équipé, j’ai un bon pilote auto, un bon bateau, il n’y a pas plus de 23 noeuds de vent… 24… 25. Je pense à Vito Dumas, Slocum, Moitessier. Comment faisaient-ils? C’était des géants!. Et moi je tarde trop à réduire de nouveau.
Car la dégradation est lente, régulière, insidieuse. Je prends la barre une vingtaine de milles avant d’arriver. Et puis enfin le troisième ris dans des conditions plutôt musclées. Le vent est passé NW, presque largue, mais ça ne simplifie pas les choses. Seule la vitesse s’accroit, 7-8 noeuds dès que je sors un peu plus de génois. Il faut avancer. Je ne dirais pas que j’ai peur: je ne doute pas d’arriver derrière Milos pour me mettre à l’abri, au travers le bateau reste manoeuvrant.
Quand le soleil se couche il reste 9 milles à parcourir. Peur non. mais bouffé par l’inquiétude, tendu pour ne pas me prendre l’îlôt tribord, pour lire le paysage dans l’obscurité, le cap dans les embardées, vérifier et revérifier les fonds,































(Cavaliani)



(Nea Skyra)


(Kea)


(Sounion)
(Egine)






Bernard et Bénédicte nous amènent en voiture au ferry que nous prenons ensemble, métro, avion, Paris, Toulouse… C’est bien fini pour cette année… Un beau coucher de soleil sur les vitraux des Jacobins, sur la Garonne … bien peu de chance d’apercevoir un dauphin. Les gens parlent tous français; la ville est saturée d’informations, de codes nouveaux, de choses dont l’utilité m’échappe… ‘Etsi Einai’: c’est ainsi!

(υγεία μας ; [Yamas!]: Santé !)