… Ou: quand on a une idée quelque part …

J’attaque la montée à dix heures. Un large sentier qui commence par un bassin où s’écoule une source à l’ombre douce de larges platanes. La fontaine n’est pas antique mais elle s’accorde au lieu, au chant puissant d’un pinson des arbres, à la paix bucolique qui émane de la placette. Elle se poursuit sur une centaine de mètres par une calade large d’un mètre. Et puis c’est la montée, comme dans les Pyrénées; assez rude pour mes muscles de bloggueur.

Ce qui ne ressemble guère à la flore des Pyrénées, c’est cet énorme arum pourpre qui colonise la combe où je m’élève en direction de la grotte. Zeus, né en Crète, élevé dans une première grotte sur le mont Ida par Amalthée, mi naïade mi chèvre aurait vécu là. La Corne d’Abondance serait l’une des cornes de la chèvre (une jolie statue d’Amalthée existe au Louvres). La grotte est laidement murée et grillagée. Des photos existent sur internet de son état antérieur, pour ceux qui pensent que j’exagère.
Elle est longue de plus de 100 mètres et haute de 10 à certains endroits. Le sentier continue, jusqu’à un étage moins raide dépourvu de végétation.

Du monde au sommet suggère l’existence d’autres itinéraires d’accès, car je n’ai croisé qu’un marcheur sur le sentier. A la redescente il faut veiller à ne pas se tromper. Le soir tombant ou les conditions météo se dégradant la montagne redevient.. la Montagne.
D’ailleurs il n’est pas inutile de rappeler aux nouvelles générations qu’il existe une culture de la montagne comme il existe une culture nautique. Une culture où on se salue quand on se croise, voire où l’on s’entraide, où l’on ne s’installe pas au sommet comme si on était seul au monde, pas plus que l’on ne fait profiter l’entourage de ses communications téléphoniques, de sa musique, et autres manifestations sonores qu’on n’y vient point chercher …
Oui je sais: je suis un dinosaure!



Vers midi et demie je suis de retour en bas, et mets le cap au nord , après un arrêt pour manger à HALKI.qui se trouve à peu près au centre de l’île.
Route belle, sauvage, et peu fréquentée qui dessert des villages distants aux maisons simples, jusqu’à la petite station balnéaire de charme d’APOLONNAS. Les gens se baignent. Arrêté par hasard devant le panneau d’accès à la carrière de marbre.où je pourrais admirer la statue inachevée d’un ‘Kouros’ représentant Dionysios, j’en suis dissuadé par l’arrivée d’un car d’où émergent une soixantaine de vacanciers de tous âges prêts à en découdre!

Le retour vers Chora longe la mer, plaine fertile avec beaucoup de vignes (Dionysios auraît planté son premier cep sur l’île de Naxos),

Cette île m’a plu.
Je ne retrouve son côté mercantile qu’en allant acheter un fromage et une bouteille de vin dans LA boutique de l’endroit: les passagers d’un bus y débarquent pour une dégustation. L’employée me met en stand-bye en alignant des verres tandis que le guide fait l’article à ses ouailles. Cette île est un paradoxe: le tourisme y est ancien et très développé. Et pourtant elle paraît sous-peuplée, sauvage, relativement épargnée par le business immobilier. Les balades sont nombreuses, variées et belles; les gens gentils .
Une île pour réussir un séjour sur mesure. Plutôt nature… Je devrais faire guide!







.. et reviens au mouillage.











la commande cockpit du guindeau et descends l’ancre sous le davier. J’effectue un premier tour au moteur un oeil sur le sondeur, un oeil sur la girouette, les jumelles, le télémètre… Puis j’effectue des allers et retours sur le pont à l’avant du bateau pour observer le fond. Une fois choisi l’endroit, je réduis ma vitesse, mets le moteur au neutre, et boucle un demi-tour face au vent à un noeud environ; la vitesse doit être à peu près nulle quand l’ancre descend, mais le vent ne doit pas embarquer l’étrave.
qu’on attache plus court ou qu’on remonte à bord, mais l’idée de garder à l’arrière une annexe équipée de son moteur peut se défendre. Proscrire le noeud de cabestan (voir “Skiathos”).
Je fixe bôme, drisses et sangles pour éviter usure et bruits inutilement anxiogènes. Et fais la chasse à tout ce qui pourrait compliquer une manoeuvre imprévue ou d’urgence: pont ordonné, instruments laissés en veille, batteries des torches mises à charger, mesures de distances au télémètre notées, observation et anticipation du comportement des autres bateaux. Parfois je sors les pare-battage …











Sauf que le vent va crescendo. Il a tourné. L’étrave pointe vers la montagne, plus vers la passe: tant mieux, on sera protégé de la houle.









La carte météo prévoit encore pas mal de vent pour ce dimanche; surtout il se renforce à l’approche de Milos. Force 6, 22 noeuds, mais cela peut être plus fort. Et c’est loin, plus de 60 milles. Même si tout va bien ça fait arriver après le coucher du soleil. Que faire? Attendre le lendemain, où ce sera pétole sur la première partie du trajet. Ou être optimiste, audacieux, inconscient.. supprimez les mentions inutiles…
Au milieu du parcours 2ème ris, ça devient sportif, je jongle avec la taille de mon bout de génois, la position du chariot d’écoute. Surtout ça impose une tension physique et mentale constante et il fait froid. Pourtant je suis équipé, j’ai un bon pilote auto, un bon bateau, il n’y a pas plus de 23 noeuds de vent… 24… 25. Je pense à Vito Dumas, Slocum, Moitessier. Comment faisaient-ils? C’était des géants!. Et moi je tarde trop à réduire de nouveau.
Car la dégradation est lente, régulière, insidieuse. Je prends la barre une vingtaine de milles avant d’arriver. Et puis enfin le troisième ris dans des conditions plutôt musclées. Le vent est passé NW, presque largue, mais ça ne simplifie pas les choses. Seule la vitesse s’accroit, 7-8 noeuds dès que je sors un peu plus de génois. Il faut avancer. Je ne dirais pas que j’ai peur: je ne doute pas d’arriver derrière Milos pour me mettre à l’abri, au travers le bateau reste manoeuvrant.
Quand le soleil se couche il reste 9 milles à parcourir. Peur non. mais bouffé par l’inquiétude, tendu pour ne pas me prendre l’îlôt tribord, pour lire le paysage dans l’obscurité, le cap dans les embardées, vérifier et revérifier les fonds,











