SAINT TROPEZ :
Une chose est de savoir que c’est la semaine des Voiles de St Tropez, une autre de savoir ce qu’est la semaine des Voiles.
En arrivant de l’Est par vent faible et génois effarouché, on a le temps d’admirer cette côte, Cannes, Estérel, Maures, Cap Roux, Lion de Terre-Lion de Mer .. alternant collines densément urbanisées et espaces protégés…

La première chose que l’on aperçoit au loin, c’est la muraille de voiles du “Royal Clipper”, 5 mâts, un des plus grands voiliers du monde; toute sa toile est de sortie car le vent est stable et modéré… On calcule son cap pour le voir de près sans inquiéter la ‘passerelle’, lui tirer quelques photos … et même surprendre quelques échanges radios du bord avec la terre.





La deuxième c’est l’ampleur de la manifestation, régates tous azimuts, parcours incompréhensibles, espace pour se faufiler au milieu de tous ces dingos inexistant! On ne sait pas où commence une course, où finit l’autre, j’ai rangé mon génois pour y voir quelque chose, pas sûr que ce choix de prudence soit le bon: tout le monde va plus vite que moi et la surprise peut aussi bien venir de derrière!

Plus les bateaux à moteur au milieu et quelques plaisanciers qui, à moins de connaître, n’en mènent pas plus large que moi. Des bouées, des rochers, des vagues… A voir une fois dans sa vie!
(la bouée de La Moutte)
Et j’ai vu : “Shamrock-V”, la légende,plan Camper-Nicholsons commandé en 1930 par Sir Thomas Lipton pour la cinquantième coupe de l’America; ainsi que quelques autres ‘Class-Ji’ de plus loin, que je n’ai pas eu la chance de croiser. La denière régate se dispute juste avant la baie de Cavalaire, autant dire au bout du monde, et je finis par rejoindre le mouillage prévu avec l’impression de sortir d’une semaine de canyonning!

Etonnant tous ces voiliers noirs aux voiles noires, à part le spi asy… le Mordor-sur-mer… Et le nombre!!! Je ne pensais pas que les voileux avaient autant de sous. Toutes ces bêtes de course doivent coûter une blinde. Si du côté de Cowes les barons ne naviguent pas sur n’importe quoi avec n’importe qui, il reste que sans ces riches passionnés il manquerait quelques merveilles sur l’eau. Bateaux, voitures, avions, trains, palais, sculptures…
Quand je vois les actuels motor-boats avec leur structure pyramidale caricaturale encombrer rades et marinas, je me dis que si les riches avaient de nouveau bon goût on se satisferait peut-être davantage de ne pas l’être. Depuis quand ne nous font-ils plus rêver, ou pire rêver médiocre?
– PORQUEROLLES :
Tout allait presque trop bien: vent d’Est pour aller vers l’ouest, chaleur modérée, eau toujours à 26 degrés, et moins de monde au mouillage (moins de monde mais encore du monde, surtout le week-end).
Mais ce matin il y a eu une fumée inhabituelle au démarrage. J’ai éteint, envoyé le génois, me suis enquis d’un port avec un mécanicien et accès possible à la voile. On est samedi, of course,. Les marinas autour ne peuvent rien pour nous, mais le port de St Mandrier s’offre à nous accueillir, et me donne les coordonnées d’un motoriste, qui contacté paraît sérieux et passera lundi. A suivre, donc.
Il reste à arriver au mouillage d’Alicastre à Porquerolles sans allumer le moteur. Seul j’appréhende d’avoir à affaler la GV (qu’est-ce que je fais si un truc coince?), alors j’envoie le génois, qui manque de précision et de remontée au vent, ce vent qui justement passe sous le relief du travers au près et embarque l’étrave avec une certaine forme d’humour perfide ..
ET bien sûr on ne doit pas mordre sur les prairies de posidonies, en vert sur l’appli “Donia”… oui il ya même une appli pour ça.

On s’en est sorti, comme d’habitude. Allez donc, pas d’internet.. Guère envie d’aller à terre, de traverser le clapot de la baie, la plage, les terrasses encombrées… Le blog attendra… Seule la bibliothèque est accessible et je me console de mes ennuis en retrouvant ceux de Fitz-Chevalerie que décidément Robin Hobb ne ménage pas.
Le lendemain tôt nous décollons silencieusement, sous génois et GV à trois ris car elle sera peut-être utile à l’arrivée, et plus simple à manipuler qu’entière. Je croise un équipage moqueur dont je devine les quolibets avec les 10 noeuds de vent du jour. Riez donc beaux sires, qui d’entre vous n’a jamais eu de souci moteur me jette la première clé de huit!
Quant à mes scenari de manoeuvres et préparations diverses pour aborder en solo un quai dans toutes les configurations possibles, ils seront inutiles: les marineros me demandent d’affaler et viennent me remorquer jusqu’au ponton; le mécanicien passera en soirée.
– SAINT MANDRIER :

Là aussi du stress superflu. On essaie de vider un carter deux fois plus rempli que prévu, d’une huile dense épaisse comme du goudron vers le fond, et qu’aucune pompe n’aspire. Huile, gasoil, eau de mer…
Pour résumer, la pompe à eau fuit .. dans le moteur, la membrane de la pompette à gasoil n’est plus étanche et laisse passer du carburant dans le carter … à l’ouest le ciel s’obscurcit…
Une fois de plus dans mon malheur j’ai beaucoup de chance: déjà de trouver un mécanicien adorable, sérieux, et plus que compétent, ainsi que toutes les pièces disponibles en stock sur place! Changement des pompes, décrassage au gasoil en guise d’huile, vidange du mélange fluidifié par la chaleur du moteur en route, une fois, deux fois, puis vidange normale avec huile et filtre neufs. Depuis combien de temps mon Perkins supportait-il ces mauvais traitements sans broncher?
Eric m’explique qu’à présent le nouveau modèle de pompe évacuera toute éventuelle fuite dans la cale, plutôt que dans la machine, et que pour lui l’engin est sain, tourne bien et qu’il pardonne heureusement beaucoup: “Tu as eu de la chance, tu aurais pu carrément perdre ton moteur” – C’est ma vie: de la chance dans la malchance, une mouise dont je me serais bien passé! – Oui dit-il, mais c’est dans l’adversité qu’on apprend. Sa facture est raisonnable, nous avons passé un bon moment ensemble. Que demander de mieux? Une douche, un repas… ni lui ni moi n’avons mangé.
Demain il pleut. Mercredi jeudi et vendredi le Nord rentre très fort, des rafales à 55 noeuds… Je crois que je vais visiter St Mandrier qui semble une petite ville agréable à hauteur de l’homme ordinaire.
En tout cas on sera mieux là qu’au mouillage!







( le soleil puis la lune, puis le lever.. )










(en quittant Ischia … )


On ne saura jamais. Maintenant on connait toutes sortes de réponses à tant de questions qu’on ne se pose pas…


Tous pleins faits, nous voilà donc en route pour Capri. La remontée de cette côte italienne n’est pas palpitante, d’autant qu’à couper au plus court je ne la vois que d’assez loin.























C’est une ville très italienne, avec une interpénétration de quartiers, de parcs, d’allées, de ruelles… Je m’offre même la visite du fort! En fait je veux aller voir l’églse St Georges, avec son faux air de temple grec, et grimper tout en haut du phare.









– ITHAQUE : la baie de Vathi … toujours aussi belle. J’y retrouve Marcus et Chantal avec plaisir. Beaucoup de monde et du vent.







