PYLOS (2) LA PLAGE DE VOIDOKILIA

Je n’ai plus de téléphone. Il a pris l’eau dans ma poche malgré le sac de congélation où je le pensais protégé. Comme disais Edmond Dantès: “j’en aurais pris deux” (il parlais de ris..). Il me reste Whatsapp sur la tablette pour communiquer, ainsi que les courriels ( levoyagedeponyo@gmail.com ).

L’article précédent, Pylos-1, laissait ‘espérer’ un Pylos-2, avec  photos de la plage de Voidokilia, de la tombe de Thrasimedes, et la grotte de Nestor, celle où Hermès aurait caché les boeufs volés à Apollon. Le palais, aussi…

Mais pas d’Iphone pas de photos. D’après Saint-Google il suffit de tapoter l’appareil, d’attendre 5 heures qu’il sèche avant de le brancher, ce qui laisse penser que les machines maîtriseront l’humour avant l’intelligence!

Alors j’emprunterai quelques photos sur Navily. Si les personnes qui les ont prises s’en offusquent je les supprimerai du blog. Qu’elles se rassurent, j’ai moins de followers que Navily!

Balade longue sous le soleil au milieu des étangs. On se croirait à Bages. La petite plage est sans doute la plus belle que j’aie vue. La houle du large s’y engouffre et y brise avec un air de Caraïbes. La tombe de Thrasymedes la domine avec une vue exceptionnelle. Pas de doutes, on savait mourir en ces temps-là.

(les deux premières photos sont de “Ti Ama”, la troisième de “Sylvia und Henning”, et celle de la grotte de mes amis de “Dune”; la tombe mycénienne de Thrasymedes se distingue sur les photos du haut, la tache beige;  au-dessus de la berge qui surplombe le petit voilier)

La grotte de Nestor est nettement visible sous le fort. Le palais, paraît-il très bien conservé, est situé plus à l’intérieur des terres au nord de Pylos, mais je n’irai pas. J’ai besoin du vent du sud prévu demain pour gagner Zante, à plus de 60 milles d’ici.

– LA TRAVERSEE JUSQU’A ZANTE :

Réveil à 6 heures, départ à 7, au moteur … en attendant qu’Eole se conforme aux algorithmes de Windy, Icone, Arôme … les nouveaux dieux! En fait je garderai le moteur pendant un quart de la traversée, jusqu’à ce que les voiles se remplissent peu à peu, puis qu’un vent d’ouest nous fasse avancer à 6 noeuds au travers, puis au près, puis au très près, presque jusqu’à Zante (Zakynthos) où  il nous vient par trop de face et où je remets le son .. du moteur 🙂

L’ancre touche le sable de la baie de KERI à 20h30. C’aurait pu être pire. Repas à bord, un chili con carne pas du tout grec, un peu de lecture avec Alvin le faiseur d’Orson Scott Card que j’aime beaucoup, et au lit. Le calme de la nuit dans une baie sans houle ni vent, ni encore trop de moustiques. La paix.

Bienvenue à Zante la verte.

 

 

PYLOS (1) LA BAIE DE NAVARIN

La ville de PYLOS, est située à l’entrée d’un grand golfe une dizaine de milles au nord de Methoni, dont je ne visiterai pas le fort, car on ne peut pas tout faire. Depuis la mer il ne manque pas d’allure.

C’est le lieu où s’est déroulée la bataille de Sphactérie entre Sparte et Athènes qui vit la première défaite avec réddition des spartiates. Plus tard il y aura également une défaite grecque contre les turcs.  L’ascension  au fort se mérite, surtout depuis le bateau mouillé assez loin, mais elle offre des vues de toute beauté.

Pylos, c’est avant tout la cité de Nestor, héros et sage parmi les Achéens, qui accueillit dans son palais Télémaque, fils d’Ulysse venu chercher des nouvelles de son père. C’est aussi la tombe mycénienne de l’un des fils de Nestor, Thrasymèdes; mais ce sera pour demain, le coin est magnifique, les balades inspirantes, le temps semble stable et le golfe est un excellent abri.

(Roses trémières, et chardons très bleus, la première fois que je les remarque en Grèce)

 

 

KALAMATA ET SPARTE

(adieu Cythère…)

ELAFONISOS SUD , CAP TENARE (PORTO KAGIO) , GROTTE DE DIROS :

Elafonisos c’est la petite île au sud du  1er doigt du  Péloponnèse, à droite si la carte a bien le nord en haut. île aux plages aussi magnifiques que difficiles à photographier; eaux turquoises, baies séparées par un étroit cordon littoral, baigneurs de toutes origines, et première baignade de la saison, eau à 23-24.

Sans être pressé, je dois être à Prévéza le 1er juillet, le vent n’est pas avec nous, et il faut jongler avec la météo, profiter des accalmies pour avancer au moteur… La traversée vers le cap Ténare est l’exception avec un vent faible puis soutenu travers, et je vise Porto Kagio que je ne connais pas; baie quasi fermée sous la tour d’Achille, qui malgré le monde et la profondeur s’avère assez fiable avec du bon sable et des rabattants pas trop méchants.

   

Et puis la grotte de Diros. J’ai hésité; me suis fié aux appréciations dithyrambiques sur internet. Bon. C’est pas Lascaux, c’est pas l’Aguzou. Promenade en barque un peu monotone, mais pas désagréable avec des américains perturbés par un avion à prendre… et déjà  le cap sur Kalamata.

     

LA REMONTEE VERS KALAMATA :

 

Parmi les choses que l’on ne peut pas créer, comme l’intelligence (ah bon?), le talent, la vie… il y a le vent. Cela laisse toute latitude pour admirer au moteur cette majestueuse et sauvage région du Magne, restée longtemps isolée, avec ses maisons hautes ressemblant à des forts, austère comme Sartène en Corse, et magnifique avec le massif du Taygète  (le  Profitis Elias ou Taleton culmine à 2404m)  en toile de fond. La légende dit que les enfants trop faibles ou malformés de Sparte étaient abandonnés sur ses pentes

.   KALAMATA :

Ville dynamique, orthogonale, agréable à vivre avec de grandes places, des terrasses fréquentées, de la jeunesse dans les rues comme à Patras, Corinthe, Chanakale… Pas très glamour, arborée, jakarandas en fleurs et pas mal de voitures.

(* )

( * ) [Je demande à la boulangère si c’est bien Maria Callas qui est représentée avec tous ces oiseaux: oui. Et il vous arrive de l’écouter? non, pas vraiment. Ainsi va la vie. Etait-elle  de Kalamata?… En fait Maria Anna Cecilia Sofia Kalogeropoulos, puis Kalos, puis Callas, est née à New-York en 1923, et morte à Paris en 1977…  J’ai aimé Elizabeth Schwartzkopf, Thereza , Montserat, Christa, Cecilia,  Diana … mais Callas!]

SPARTE ET MYSTRAS :

 

 

 

Une voiture  j’en loue une pour aller à Sparte, commets l’erreur de prendre l’autoroute à l’aller, et de m’obstiner à chercher le site historique (théâtre, Stoa, temple d’Athena) avant d’aller à Mystras, site bizantin connu (sauf de moi) où je n’aurai pas le courage de m’arrêter. Au retour je prends la route qui passe par la montagne, route belle qui serpente  entre des gorges verdoyantes où les véhicules sont rares,  effondrée par endroit; l’hiver doit être rude.

Un couple de Bergame déplore la manie de ‘reconstruire‘  des archéologues grecs, et je me sens moins seul. Pas trop d’excès ici, mais la réhabilitation du théâtre est en cours et j’appréhende par avance le résultat.

 

 

 

 

– ET PUIS TOUT LE RESTE:

… le reste, c’est ce qui ne se voit pas, les ports aux forts vénitiens à ‘visiter absolument’, les choix météo, la .. réalité météo, les bonnes surprises de la navigation  (un joli bord travers imprévu à 6 noeuds et demi de Kalamata à Koronis), les moins bonnes (une claque à 25 noeuds sous le cap  Akritas)  (*) , les ‘plutôt intéressantes’ où l’on découvre les limites de son bateau en tâtonnant  si l’on fait un peu violence aux habitudes (la remontée au près jusqu’à Méthoni)…

( * ) Attention Windy ne prévoit Pas ce genre de phénomènes locaux. Mais un vent jusque là régulier qui faiblit et cherche sa direction, mais une ligne bleue sombre avec des moutons blancs au loin… c’est le moment de rentrer du génois et de prendre un ou plusieurs ris tant que c’est facile et qu’on en a  le temps, selon le vent synoptique,  le relief, et le ressenti du moment. Quand on s’est fait piéger une fois, on  imagine plus facilement ce passage de ‘rien’ à ‘tout’ du vent en Méditerranée.

Bref tout ceci est difficilement communicable. Je viens de passer une heure à réparer le câble de l’Iphone avec du papier de chocolat… pas sûr que cela mérite d’être rapporté dans ce blog.

La mort de Charlie Dalin par contre … Bons vents à toi, là-haut …

KYTHIRA : CYTHERE

Cythère, c’est d’abord le petit village d’Avlemonas, sur la côte Est, où nous arrivons le soir dans un vent d’ouest soutenu, Eric avant moi; non seulement il est meilleur marin, mais en plus je ne suis pas rapide, et j’ai pris du retard, entre bouts sournois et installation laborieuse du spi asy. Il choisit de mouiller face à une grande plage au nord-ouest très protégée. Au matin nous faisons le trajet, lui en drône, moi en annexe!

 – AVLEMONAS :

 

Il y a du Paradis perdu dans ce qu’évoque ce nom, Cythère, Kythira en grec- l’accent tonique est sur le ‘y’. On le ressent dans ce village de pêcheurs ensoleillé, peu étendu, pourtant varié,…

Des touristes encore peu nombreux se baignent dans une petite ‘crique de rêve’ en contrebas. Les places du port sont occupées par des bateaux de pêche.

Un fort carré vénitien scrute la mer, quelques grosses pièces d’artillerie rappellent les livres de Patrick O’Brian (Master & Commander).

 

 

 

C’est un bon  endroit pour oublier qu’un autre monde est (im)possible; moins compliqué; plus lent…

 

L’objectif est toutefois le gros village de Cythère, tout en bas, après il n’y a plus que la Crète. Nous arrivons au près par l’ouest, et jetons l’ancre au pied d’un fort  dominant une jolie baie qu’on ne découvre qu’assez tard tant le large écrase les reliefs. L’idée est de louer une voiture, quoique la météo prévoie des rafales à 25. Mais on n’est pas pressé. On verra ça demain, après-demain… Pour l’instant je laisse Eric au mouillage et prépare comme Jack Aubrey  l’assaut de ce nid d’aigles.

– KYTHIRA KAPSALI :

     

FORT, CHORA, ET ENVIRONS : MERVEILLEUSE CYTHERE! :

Mais je dois renoncer: temps trop incertain, rafales, trop de houle… Renoncer très provisoirement.

Ce matin le vent s’est un peu calmé. Je gagne la plage en annexe, la hisse sur le sable, trouve une pierre, l’y attache avec un noeud de cabestan et bloque la pierre entre deux rochers. Il n’y a personne.

J’achète une petite bouteille d’eau, et prends la direction de ce fort qui me nargue depuis le début du coup de vent. D’en bas c’est la Kehlsteinhaus! … En fait il ne faut guère plus d’une demi-heure poses-photos comprises pour surplomber  PONYO et les autres bateaux. Cela m’étonne à chaque fois.

     

Les détails sont nombreux, canons, puits reliés à des citernes, clématites? (l’appli PlantNet parle de câpriers!), casemates, chapelles… tout ne rentre pas dans le cartable … De plus la vue est  aimantée par cet îlot, au large, le même devant lequel nous avons dû tirer un long bord de près en arrivant ; AVGA, ” l’oeuf “, le rocher d’Aphrodite.

Aphrodite serait née quelque part sur un rivage de Cythère, de l’écume-semence d’Ouranos, après que son dernier fils Kronos  l’eut castré et se fut débarrassé  de son sexe dans la mer … faites des gosses!

Boticcelli a peint sa “Naissance de Vénus” dans l’esprit de la mosaïque de la “Vénus à la coquille” découverte dans une riche villa de Pompeï (*)

(*) L’éruption du Vésuve date de 79, le début des fouilles de1748, Boticcelli  a vécu de 1445 à1510… le mythe devait être connu. La Vénus de Boticcelli s’inspire, pour la pose, de l’Aphrodite de Cnide, de Praxitèle – les Médicis en possédaient une copie – et son modèle est Simonetta Vespucci dont Sandro et son protecteur Julien  de Médicis étaient tous deux amoureux… (mais qui n’était pas amoureux de Simonetta à Florence dans ces années-là? ) .. hum…  je m’égare.

   

Il serait injuste pour Cythère de ne pas louer sa grâce. Ile boisée, creusée de gorges profondes donnant envie de les remonter à pied, et bordée de plages superbes aux eaux très claires… Un peu ventée peut-être. Demain nous louerons un véhicule pour en faire le tour.

Cette île respire la beauté. Elle est telle que je la rêvais.

– TOUR DE L’ILE :

Sans décevoir, le tour de l’île en voiture ouvre peu de perspectives nouvelles. L’île est petite, battue par les vents, sa côte Est burinée par Eole et ses copains, pelée, usée.  De belles plages, des villages dont la vocation première n’est pas d’enchanter le touriste mais où l’on déniche toujours un petit coin de Paradis, un de ces échantillons d’éternité que les locaux partagent, et qu’on aime tant découvrir…

   

Le moment de grâce fut donc ce village de Mylopotamos, avec sa jolie cascade, sa rivière sous l’accès à l’école, à côté de l’église, ses enfants qui tirent sur les cordes des cloches, chacun(e) avait une plume de paon à la main … mystère des institutrices mylopotamiennes , et son auberge sous le platane, au bord dela rivière . Malheureusement les alentours sont un peu enlaidis par un feu récent,  parcelles vertes sous des arbres calcinés qui mettront 30 ans à repousser.

 

EN ROUTE POUR CYTHERE PAR LE CAP MALEAS

– KYMOLOS :

Qu’est-ce que ça fait du bien. Après 3 jours coincé à ALIKY (Paros), l’eau chante de nouveau autour de l’étrave; la vie nomade; la belle vie.

Pour traverser depuis Milos vers le Péloponnèse, c’est assez long: 60 à 65 milles; 120 kms au plus court. 12-13 heures à 5 noeuds, 10 ou 11 à 6 noeuds. Alors on ira selon les vents, d’abord à Kimolos, sur le chemin, et puis … selon les vents! le plus à l’ouest possible de Milos pour traverser … au plus court!

Kymolos est une île qui contraste avec Paros, sa voisine bling-bling. Ici tout semble endormi, excentré, un peu pauvre,  mal-foutu. Aussi infiniment gracieux, charmant, et vrai. La baie de REMAIOS est juste un abri de pêcheur, avec des grottes aménagées comme à KLIMA, sur Milos. Mais personne n’a encore songé à en tirer profit. Pas de B&B, de lounge-Kristina, d’Athena-apartments… mais la baie est divine, l’eau claire, pas de bar ni de taverna. Au port voisin, minimaliste, un seul restau. Même la Chora avec son fort délabré et ses maisons pas riches semble être restée à l’heure vénitienne.

Beaucoup plus étendue qu’on ne l’imagine, avec plusieurs quartiers séparés, on y sent encore une vie agricole omni présente. Les maisons sont petites, avec deux étages guère spacieux, et une petite cour pour prendre le frais, souvent commune à deux maisons. Les gens y vivent toujours. A l’extérieur il y a quelques belles villas. Une seule chose semble vraiment manquer ici: l’Hubris.  Certains y verront une absence d’ambition, d’imagination, de réussite. Moi non.

 

Mais si j’avais vingt ans je préfèrerais sûrement habiter en face, à POLONIA, sur Milos!

 

– POLONIA ET PSATHADIKA, SUR MILOS :

 

– POLONIA, ambiance plage. Promenades en dayboats, restaus; déjà du monde. Le mouillage est encombré, entre une ligne de bouées jaunes et la terre, en dehors de la zone de circulation des ferries. J’y suis déjà venu en scooter. Je ne reste qu’une heure, le temps de jeter l’ancre au milieu des pêcheurs, d’aller à terre acheter deux filtres à huile introuvables ailleurs sur Milos, et de repartir pour faire quelques courses à la ‘capitale’, Enfin gagner la baie la plus au nord-ouest de l’île pour lever l’ancre tôt le matin.

– La baie de PSATHADIKA est ouverte à l’ouest, le vent de sud-ouest, faible, doit passer nord dans la nuit… Très mauvais calcul: une houle infernale à oublier bien vite, on a de la route…

 

 

– TRAVERSEE VERS LE CAP MALEAS: LA CLAQUE! :

Tout avait pourtant bien commencé, malgré la nuit rock’n roll et l’heure précoce. Vent s’établissant graduellement comme prévu, puissant par moments mais pas éprouvant comme dans le sens Ouest-Est. PONYO marche à cinq noeuds puis six,  sept et demi, gage de ne pas arriver trop tard au mouillage. Puis le vent mollit en approchant du cap, 10-12 noeuds, à peine plus, 15 noeuds à environ deux milles… l’idéal. J’avais regardé les instructions nautiques, MALEAS n’est pas un client à prendre à la légère. Eric, d'”Animiste”, me l’avait répété sur le mode “fais gaffe!”, ok je le tournerai d’assez loin ce cap, vers chez moi nous avons le Créus, pas commode non plus, pas question de se faire surprendre par celui-ci, donc. Je conserve le ris, je réduis le génois. ça remue en dessous … normal.

Et puis on rentre dans le “paranormal”. Sous le vent du cap la mer se met à blêmir, le vent à se déchaîner. Des rafales méchantes à 25, 30, 35 noeuds, et qui durent, des tourbillons ravageurs au-dessus de 35 qui avancent en trains furieux pendant près de quatre milles à deux-trois kilomètres de la côte. Les départs au lof se multiplient, notre vitesse frôle les 9 noeuds  la barre est inlâchable; j’arrive à réduire le génois, déborder le chariot de la GV, puis l’écoute en grand car cela ne suffit pas… Sur 7 longs kilomètres c’est une punition que je n’ai jamais connue, même à Amorgos. A perte de vue même au large c’est la même furie qui écrase tout, et il va me falloir me rapprocher de la côte, affaler, mouiller…

Je ne suis pas sûr que le moteur sans la grand voile, même plaquée contre les barres de flèches, m’aurait permis de gagner le mouillage, une petite plage balayée par des rafales à 36 noeuds à moins de cent mètres du bord. Mais il me libère les mains. J’étouffe la voile comme je peux, drisse assurée dans une padeye de ris (conseil de François), libère l’ancre qui plonge, dérape un peu, et s’accroche sur une plaque claire supposée être du sable. Le cauchemar s’arrête.

   

Un peu plus tard il ne reste qu’un cadre magnifique, désolé et grandiose, et la vue sur la mer foncée piquetée de blanc depuis la terrasse de PONYO, S’il était un cheval il brouterait dans le fossé pour oublier ses émotions, bouchonné, sans selle ni laisse!

Il manque bien quelques photos ou vidéos en live. Mais non,  je ne retournerai pas les chercher. C’est terrible ce qu’on est petit face à ça. Il n’y avait que 15 noeuds de vent synoptique. Je n’ose imaginer les mêmes parages par force 7, ou même 6.

Comment aurais-je pu anticiper cet épisode, prendre trois ris d’entrée en arrivant avec 15 noeuds? renoncer au mouillage que j’avais passé du temps à choisir, suffisamment à l’écart du cap? et pour aller où? Des bateaux passaient plus loin, sous génois seul, mais  ne faisaient que traverser. Et nous n’étions pas non plus en danger. On aurait encore pu s’éloigner de dix milles, rejoindre une zone plus calme, trouver autre chose.

C’est bête j’ai pensé à Violette d’Orange et à ses collègues du Vendée Globe, entraînés, préparés, conseillés, certes… Mais quand même: ils sont tous seuls dans leur bateau, face à la mer, en course… Ce n’est pas rien.

– TOUR DU CAP A PIED: AGIA MARINA :

            

On peine toujours à reconnaître les lieux redevenus calmes à la lumière du jour. Ce sont les mêmes pourtant. La folie les a quittés. Le soir un sanglier arpente la piste qui longe la baie dans la lumière dorée du soir. Eric ancre non loin de moi, venant de Bizerte via Malte, ça me fait plaisir de le revoir. Au matin le vent a cessé, l’eau est redevenue transparente. Je rejoins la côte en annexe, et puis je marche, pendant des kilomètres sur le sentier côtier, en direction de la “forêt pétrifiée”. Le soleil est chaud. Il y a du “Paris-Texas” la dedans … avec Ry Cooder au Bouzouki …

La forêt est loin, et il n’y a pas grand chose à voir. Ce n’est pas Sigri. Le monsieur à qui je demande si c’est encore loin m’avance avec sa voiture. Il n’a jamais entendu parler de Sigri (ouest de Lesbos).

En revanche l’eau turquoise d’Agia Marina vaut le déplacement; j’y fais la connaisance de deux jeunes touristes grecs adorables, qui après m’avoir offert  un verre d’eau fraîche me parlent des îles qu’ils ont préférées, Amorgos, Samothraki… Des moments qui font chaud au coeur.

   

Le vent doit tourner ouest / sud-ouest; la protection va vite devenir insuffisante. Nous décidons de nous transporter à Kythira, Cythère, encore un nom  qui fait rêver. A quoi peut bien ressembler dans la réalité Cythère, l’une des îles (avec Chypre) où serait née Vénus … enfin Aphrodite?

 

 

 

VOYAGER IDIOT

– Baie d’ALYKI, Paros.

Le vent souffle sans discontinuer depuis trois jours, et pour encore autant ou plus. L’accès à terre en annexe est malaisé sinon dangereux: à la rame l’issue est incertaine; donc au moteur itou: qu’il s’arrête, le flux nous entraînerait au large, la profondeur excluerait tout mouillage (mais on pourrait encore nager!). Je me demande comment font Pierre-Yves et Sylvie pour ‘Skye’, sur Dune,  ceux qui ont un chien à bord …

L’intérieur de PONYO n’est pas plus vaste qu’une cellule de moine, celle d’une prison… sans la promiscuité. Je rumine le sens du voyage. Question qui ne se pose pas dans le déplacement, les manoeuvres à la voile, le déroulé du paysage; l’action. N’est-on  qu’attente ou que fuite en avant? Assigné à bord je peux encore lire, écouter des podcasts, découvrir, ou apprendre; toutes choses reposant sur une envie, une aspiration;  pas juste une construction de l’esprit.

Voyager idiot ce serait se faire croire, ‘externaliser’ la question, chercher dans la succession des paysages ou la consommation de rencontres interchangeables une sorte de mouvement perpétuel. La lecture peut très bien n’apporter que cela.  Le plaisir?.. Le plaisir seul n’explique rien, il n’est qu’un marqueur d’autre chose. Suis-je à ma place? Et fais-je bon usage de ma liberté?

 

Dans “Into the wild” cette quête échoue: l’exaltation du héros devant les paysages sublimes et désolés qu’il traverse ne renvoie qu’à un égoïsme insensé. Le héros s’est trompé. Et “le bonheur ne vaut que s’il est partagé”. J’ai vu ce film il y a longtemps. Je ne sais plus de ce qui animait  ce jeune homme. Je ne me souviens que de sa sincérité, son absence de filet revendiquée et courageuse!

Pépère dans mon carré, je me dis que c’était peut-être juste la Curiosité. Auto-suffisante, comme toutes les vertus; capable de vous faire traverser mers ou  continents,  pousser  la confiance à ses limites, accepter l’inconfort, le doute, et  snober jusqu’au sens même de la vie.

Oui “allons voir ce que la vie nous réserve”. Nos partitions sont  certes plus ou moins universelles, mais dans un monde de huit milliards d’habitants chacune mérite d’être jouée. Chaque chemin sincère est respectable. C’est faire semblant qui n’a pas de sens; renoncer à déchiffrer la partition; préférer, par facilité, jouer un rôle écrit par d’autres. Perdre le goût de l’improvisation.

“L’ennui naquit un jour de l’uniformité.” L’ennui, justement, la curiosité, comme l’imagination, s’en nourrit.

 

 

NAXOS (2) : LE MONT ZEUS

… Ou:  quand on a une idée quelque part …

   

J’attaque la montée à dix heures. Un large sentier qui commence par un bassin où s’écoule une source  à l’ombre douce de larges platanes. La fontaine n’est pas antique mais elle s’accorde au lieu, au chant puissant d’un pinson des arbres, à la paix bucolique qui émane de la placette. Elle se poursuit sur une centaine de mètres par une calade large d’un mètre. Et puis c’est la montée, comme dans les Pyrénées; assez rude pour mes muscles de bloggueur.

Ce qui ne ressemble guère à la flore des Pyrénées, c’est cet énorme arum pourpre qui colonise la combe où je m’élève en direction de la grotte. Zeus, né en Crète, élevé dans une première grotte sur le mont Ida  par Amalthée, mi naïade mi chèvre aurait vécu là. La Corne d’Abondance serait l’une des cornes de la chèvre (une jolie statue d’Amalthée existe au Louvres). La grotte est laidement murée et grillagée. Des photos existent sur internet de son état antérieur, pour ceux qui pensent que j’exagère.

Elle est longue de plus de 100 mètres et haute de 10 à certains endroits. Le sentier continue, jusqu’à un étage moins raide dépourvu de végétation.

 

Du monde au sommet suggère l’existence d’autres itinéraires d’accès, car je n’ai croisé qu’un marcheur sur le sentier.  A la redescente il faut veiller à ne pas se tromper. Le soir tombant ou les conditions météo se dégradant la montagne redevient.. la Montagne.

D’ailleurs il n’est pas inutile de rappeler aux nouvelles générations qu’il existe une culture de la montagne comme il existe une culture nautique. Une culture où on se salue quand on se croise, voire où l’on s’entraide, où l’on ne s’installe pas au sommet comme si on était seul au monde, pas plus que l’on ne fait profiter l’entourage de ses communications téléphoniques, de sa musique, et autres manifestations sonores qu’on n’y vient point chercher …

Oui je sais: je suis un dinosaure!

Vers midi et demie je suis de retour en bas, et mets le cap au nord , après un arrêt pour manger à HALKI.qui se trouve à peu près au centre de l’île.

Route belle, sauvage, et peu fréquentée qui dessert des villages distants aux maisons simples, jusqu’à la petite station balnéaire de charme d’APOLONNAS. Les gens se baignent. Arrêté par hasard devant le panneau d’accès à la carrière de marbre.où je pourrais admirer la statue inachevée d’un ‘Kouros’ représentant Dionysios, j’en suis dissuadé par l’arrivée d’un car d’où émergent une soixantaine de vacanciers  de tous âges prêts à en découdre!

Le retour vers Chora longe la mer, plaine fertile avec beaucoup de vignes (Dionysios auraît planté son premier cep sur l’île de Naxos),

             

Cette île m’a plu.

Je ne retrouve son côté mercantile qu’en allant acheter un fromage et une bouteille de vin dans LA boutique de l’endroit: les passagers d’un bus y débarquent  pour une dégustation. L’employée me met en stand-bye en alignant des verres tandis que le guide fait l’article à ses ouailles. Cette île est un paradoxe: le tourisme y est ancien et très développé. Et pourtant elle paraît sous-peuplée, sauvage, relativement épargnée par le business immobilier. Les balades sont nombreuses, variées et belles;  les gens gentils .

Une île pour réussir un séjour sur mesure. Plutôt nature… Je devrais faire guide!

NAXOS (1) : L’EQUILIBRE

Dès qu’on quitte le port on traverse une plaine vivante, active, où  l’on peut acheter toute sorte de choses. De là à y flâner…

Lorsqu’on s’élève,  la vue intègre une troisième dimension. Elle s’élargit et nous absorbe; elle nous inclue. L’habitat se raréfie. Contrairement à Paros il n’y pousse pas encore des résidences secondaires partout. Et surtout un contact avec la nature environnante s’établit très vite. Ile vaste, boisée, arrosée, fertile, riche, sans ostentation… Plus je monte et plus je me sens bien, serein, centré. Cette île respire l’équilibre.

Je croise bien du monde, en bus, en quad, en voiture, à vélo, ou à pied. Les villages sont jolis, saturés de restaurants et d’attrape-touristes… Pourtant rien ne m’atteint.

On ne se refait pas.  Ma première destination sera le Temple de Demeter: au milieu des champs!

Allez! c’est bien ma veine!: le site est fermé le mardi! Deux australiennes en taxi et une jeune irlandaise à vélo sont aussi déçues que moi. Je peine à comprendre tout ce que se disent ces trois ladies, mon bas niveau d’anglais s’essouffle à suivre une conversation un peu soutenue. Manque d’oreille, manque de mots.

Je les laisse pour faire un petit tour, essayer d’apercevoir le temple, et il m’apparait effectivement, à peine en contre-haut, dominant une campagne récemment moissonnée de son orge, avec la mer au loin.

    

Il émane de ce lieu une paix profonde, émouvante, humaine. Les ruines sont reconstruites comme partout avec des murs de pierres neuves pas très jolis, “ni faits ni à faire”.  Il aurait mieux vallu encore ne rien toucher, me dis-je, mais la beauté est ailleurs, et j’ai pu l’approcher. Personne pour… interférer ..

Sur la route je rejoins la cycliste. Les australiennes n’étaient guère liantes. Je m’arrête pour lui dire que j’ai pu voir le temple, en faire le tour… et 1/2 heure plus tard nous sommes toujours entrain de parler. De partager le même paysage  intérieur, de le sentir rayonner au fond de nous . Elle s’appelle Bronagh, elle est irlandaise, terre de mégalithes, de pierres  qui parlent. Et je suis content de m’être levé ce matin.

Exceptionnellement je lui demande si je peux la photographier pour le blog, sur son vélo, avec le temple au loin derrière elle. De grosses fourmis forment une sorte de voie apienne au bord du talus, quelques fleurs jaunes y poussent, chargées de ciel. L’air est encore frais.  Une belle rencontre.

Après.. après je traverse Halki, charmante mais je traverse, attiré par une vallée verdoyante et peu fréquentée … Plus je roule, plus la nature m’émerveille par sa beauté, sa vitalité, chênes énormes d’un vert profond aux frondaisons magnifiques, oliviers, genêts, élevages de chèvres disséminés dans la montagne. Le mont Zeus, 1000 mètres, écrase le paysage de son altière générosité.

 

Je suis monté manger à APIRATHOS en état d’apesanteur.

Et j’ai failli me lancer dans l’ascension du mont Zeus en garant mon scooter à côté du départ du sentier. Mais non: une heure et demie, plus la descente, rendre le Kymco, un vent soutenu est encore prévu mercedi.. ce n’est pas raisonnable. Alors pourquoi pas jeudi?

   

Je n’ai toujours pas goûté le Kitron de Naxos, alcool de feuilles de cédrat distillées rappelant un peu le limoncello (élaboré, lui,  à partir de zestes de citron), et je m’arrête à FILOTI. Le café est tranquille et les gens pas blasés du tout. Ambiance simple et lente. Paisible. J’oublie le temps. Le futur. Ce tyran …

.. et reviens au mouillage.

 

L’annexe est toujours là et n’a pas explosé contre le quai, PONYO n’a pas bougé… Quelle belle journée. Il suffit de deux ou trois rencontres pour changer le monde, et d’un cadre qui raconte une histoire: NAXOS est une île inspirante, dont on ne fait pas le tour à la va vite en un jour.

Je n’ai visité ni le nord, ni l’ouest, ni vu les deux ‘Kouros’, aucun musée…  Que pourrais-je souhaiter de mieux que cette envie de découvrir, renaissante comme un Phénix, que l’on croyait perdue?

 

PAROS NAXOS

– PAROS :

J’y suis déjà venu avec Pierre, Claire et Alexandra. C’est différent; ils me manquent; il y a davantage de touristes et puis … j’y suis déjà venu.

J’y fais la rencontre de Jérôme et Sylvie sur “Zamalek” , ainsi que leurs amis de “Tara”. Sauf qu’on arrive à se perdre tandis que je bidouille sur WhatsApp pour envoyer la photo que j’ai prise de cet ecclésiastique atypique assis face au port avec une bière, et une enceinte wifi  qui diffuse du .. David Gilmour. Il ne parle pas trop anglais, c’est dommage; j’aurais bien passé un moment avec lui.

J’ai développé une certaine capacité à me débrancher du monde quand quelqu’un m’intéresse…

Lorsque je refais surface mes copains de Zamalek ont disparu.

Tant pis je monte à la vieille ville, repasse devant les terrasses où nous avait entraînés Alexandra. En haut des gens sont assis sur le parvis de la petite église, face à la mer, au coucher du soleil. Bobos, familles, selfistes de tous les continents …

“Loïc il est barge quand il a les pieds sur terre,

Il est paumé comme un Polak qui passe à l’ouest,

Il se sent étranger jusqu’au fond des poches de sa veste”.

… me chante Franck Langolff dans la tête….

           

Je commence à être usé. Je peine à supporter tout ces gens qui mangent, qui boivent des coups, qui se prennent en photo devant tout et n’importe quoi, l’empathie professionnelle des serveurs, l’uniformité des accoutrements, des attitudes. La fine couche de peinture neuve des apparences … Sommes-nous donc si vains?

Pas de taverna ce soir. Je rentre à bord et je lis. Le pacte des Marchombres de Pierre Bottero. Son onirisme me paraît plus réel que mon incursion à terre. Un peu trop  près de “Zamalek”, je me décide à remouiller plus loin avant qu’il ne regagnent le bord. Tout le monde dormira mieux. . Moteur, guindeau…

A peine achevée la manoeuvre je m’aperçois qu’un gros cata de loc  non occupé dérive insensiblement vers Ponyo.  Les fonds permettent de laisser traîner ces bateaux-boulets sans trop s’en occuper; l’ancre raccrochera bien quelque part  .. à ‘m’ment donné’!. Et le vent doit tourner. Peut-être s’éloignera-t-il de nous en évitant?… Tu parles.. Réveillé par un premier ‘ploc’ à trois heures du matin , je réfléchis longuement en slip et dans le vent, mon ancre sous la vaste surface de ses coques?

Je finis par profiter d’une rotation momentanée pour nous sortir de là .  La nuit redevient un lieu de rêve et de sommeil.

– NAXOS :

Le lendemain matin  je profite de ce que Jérôme va faire de l’eau et du gasoil à la marina pour l’y suivre . C’est la dernière fois que je tente un cul-à- quai l’étrave face au vent. Mon arrivée est tout sauf maîtrisée, pour économiser un gros mot. Le vent travers bâbord, porte vers Zamalek. Le chef de port, de bon conseil me fait  m’écarter de lui,  moteur avant, barre tribord, sur une seule aussière de quai  bâbord-arrière tendue,.

Et je repars en premier, craignant que ma chaîne n’ait croisé celle de Jérôme à mon arrivée. Il m’aide à repartir mais ça ne suffit pas. Mon mouillage ne tient pas. J’évite sa chaîne tendue avec mon safran mais j’attrape l’ancre de son  voisin; que je détache sans mal après qu’il m’a donné du mou … Rien de bien grave, et tous les tanks sont pleins.

Contrairement aux ports il n’ y a pas foule sur les flots.

La ville, la baie de Naxos, la cyclopéenne porte du temple d’Apollon, la statue d’Ariane, abandonnée à Naxos par Thésée pour des motifs peu clairs… m’émerveillent autant que la première fois.

      

J’avais envie de revenir à Naxos, De louer un 125 et de sillonner l’île qui est grande.  Le mouillage peine à contenir dix bateaux, mais il protège bien du nord. J’y retrouve Charly, de KAYA, rencontré à Léros.

J’abandonne l’annexe contre le quai, exposé à la houle des ferries avec son petit pare-battage rikiki, et pars déambuler dans la Chora ancienne: byzantine, vénitienne, franque, turque… moyen-âgeuse pour résumer. A l’heure où les gens s’attablent, les rues sont désertées. Il fait bon s’y perdre, découvrir une chapelle, une placette, une porte surmontée d’un blason, un escalier, une fontaine…

Ce n’est pas Rhodes ce n’est pas Venise, mais  l’imagination y trouve à se nourrir, la soif du beau à s’étancher. La Grèce des petits villages blancs commence à me taper un peu sur le système. Le portail d’Apollon  gagne à être admiré le matin. Au coucher du soleil, en mai, il n’y a que 300 personnes …

Le lendemain un vent soutenu me dissuade d’aller à terre. Tant pis. Je louerai ce scooter demain.

 

 

DESPOTIKOS ET LE TEMPLE D’APOLLON

En remontant vers le nord il y a PAROS, ANTIPAROS juste au sud-ouest, et DESPOTIKOS encore plus à l’ouest (il y a une Anti-Paros comme il y a une Anti-Milos ou une Anti-Paxos, c’est à dire une île proche et plus petite)

La vague de vents d’ouest épargne le centre de la mer Egée et je finis au moteur, dans une baie calme, vaste et belle. Il y a dix bateaux ancrés  près de “DESPOTIKOS” (“magistral”, selon le traducteur).

Mais je les boude. Je mouille côté Antiparos où s’alignent deux-trois tavernas. J’ai faim. La vue depuis cette rive est juste splendide (et l’addition aussi salée que la mer Egée). Il m’arrive de regretter mon “Maillol” (restaurant à St Cyprien, prix comparable mais en France, et pour de la Cuisine) .

Repu je traverse la baie; j’irai voir le temple à la rame demain. Aujourd’hui je savoure de vivre à plat, sans bruit, détendu et oisif.

Nuit sans souci. Le site sera-t-il ouvert? Un demi mille à la rame sur une eau claire, calme, turquoise, une grande  piscine (et aussi vide de poissons). La guérite est fermée, le portillon aussi mais pas à clé. J’entre. Le site est élégant, ouvert, en pente douce.

Le temple est beau …

… et FAUX comme un jeton de casino. 98% de ce qu’on voit date de 2016!  De vraies futures pierres d’époque: la nôtre. Cette fois l’équipe qui a réalisé les travaux, avec semble-t-il l’ambition  d’en faire un Délos-bis, a laissé son nom sur le panneau qui gît à l’entrée.

Heureusement les endroits non refaits parlent encore du temps où il y avait ici de l’eau, des gens, prêtres, marchands, pêcheurs, bergers. Le dernier attend-il que j’ai regagné mon canot pour lâcher son troupeau, d’une bonne centaine de chèvres?  Peut-être pas; pourquoi s’en ferait-il? nous sommes si peu durables, si  inconsistants, si prévisibles sans doute. Ou il a ses horaires.

   

 

Mais ceci … .. cet édifice reconstruit avec seulement 3 pierres d’origine – zoomez  sur la photo  même les pierres martelées sont neuves …  cette mystification!

L’époque, partout, est à la réinvention de l’Histoire! Il y a toujours une bonne raison pour cela. Effacer des traces, obéir aux ordres,  satisfaire le plus grand nombre, se faire valoir,..

Si nous manquons à la vérité historique, l’Histoire, elle,  ne nous manquera pas.