
Après la belle navigation d’hier, les trente milles au moteur du Rouet à Beauduc dans la pétole font un peu parcours obligé: traversée du golfe de Fos et des deux Rhône à trois milles des côtes en évitant filets de pêcheurs et balises cardinales dans une clarté aveuglante qui gomme tout à la fois perception des reliefs et horizon.

Puis arrivée à Beauduc au milieu de nulle part, ambiance lagunaire, une poignée de pêcheurs, aucun retraité-avec-sac-à-dos ni marcheur nordique sur l’estran, trop loin pour le kayak, des oiseaux, peu de mouvements, aucun réseau …


(soleil et lune)
Nuit statique comme si PONYO était posé dans la vase, aucun clapotis. Les étoiles succèdent au ciel en deshabillé orange. Et ce matin plus de son pas d’images. Une brume helio-résistante me fait prolonger le petit déj, sans doute reprendrai-je ma lecture.

Sète, trente milles au moteur au milieu des filets de pêche, est-ce bien raisonnable? Le radar? Ou simplement attendre? … Peut-être, après dix années supplémentaires sur l’eau, réussirais-je à éradiquer jusqu’au fin fond de la dernière cellule ce besoin effrayant de faire.
– Ah je savais bien qu’il m’en manquait un bout!:
[Eric, le mécanicien de St Mandrier qui a beaucoup bourlingué et vécu, comme Lucas d’Egine, sur plusieurs continents, m’expliquait que travailler en Afrique était particulier, que les gens vivaient d’avantage dans le présent, que notre sens du temps n’était pas naturel. Selon lui, notre capacité en Europe à nous projeter dans le futur tiendrait à la nécessité de prévoir que nous a imposé pour survivre la saisonnalité depuis des millénaires. Nulle échelle de valeurs ni jugement dans son approche. Juste une analyse, comme dans une recherche de panne .
Les voyages ouvrent l’esprit, relativisent les a-priori. Moi- Président… je créerais un service national du voyage, un genre d’Erasmus pour tous. Au lieu que nous ayons tous raison dans notre quartier, notre réseau social, notre algorithme en boucle, notre bout de banquise… D’ailleurs rien de tel pour reconsidérer son clocher d’un oeil neuf…]
Je n’ai pas pu résister. Allez, me dis-je, on y voit… C’est faux. Raison de plus pour se familiariser avec l’utilisation du radar. Je remonte le mouillage, m’aperçois que le cockpit est constellé de larves de moustiques déposées dans la nuit à tous les stades, et m’apprête à partir en en ayant éliminé le plus gros à grands seaux d’eau de mer.
La radio est réglée sur le canal 16; ce n’est pas toujours le cas tant crachouillements ou bavardages la rendent souvent insupportable . “Avurnav du sémaphore de l’Espiguette, avis de tirs en cours depuis une vedette des douanes”.
Pas peu fier je crée un way-point avec la position indiquée et garde un oeil sur les casiers, un oeil sur le traceur, un oeil…
J’avais profité d’une offre groupée traceur-radar pour installer ce petit Garmin pas mal du tout: sur l’écran l’image se superpose à la carte habituelle et l’on distingue bateaux et reliefs proches assez nettement; pas les filets tout de même! Ni ce bateau à moteur qui me croise à six noeuds!! d’où sort-il celui-là?

Le diable est dans les détails (avec l’informatique il est partout).
En fait il suffit de faire varier la sensibilité de l’affichage (il suffit de, non: il faut) et l’on peut même … compter les piquets de pêche! Mais on augmente alors le ‘bruit’, et je cale l’appareil sur 90% . Jouer avec ce bidule ne m’amuse pas longtemps.
Une sorte de merle vient élire domicile à bord et surveille les filets avec un petit tchiip mignon comme tout puis repart lorsqu’on en croise un d’un peu trop près.
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Ambiance tropicale dans ce non-monde visuel, nous naviguons 100% virtuel comme les pilotes d’hélicos, cap au 275 sur le Gros-du-Roi. Après tout, le virtuel ce n’est pas une nouveauté: que faisons-nous d’autre quand nous notons un cap sur un bout de papier, sinon décharger notre mémoire immédiate sur un support externe? Au point de ne plus pouvoir retenir “43-degrés-17-minutes-17N /004-degrés-15-minutes-11W” de l’écoute du bulletin radio au report sur le traceur?…
Et l’on méprise l’oralité?? Moi-Président… C’est qu’on y prendrait goût!

La brume se dissipe en arrivant vers Port-Camargue. Un coup d’oeil à Windy (et pas Wendy, au grand dam de certaines!) pour s’apercevoir que du gros temps rentre dans les prochains jours. Mouillage dans l’avant-port et calculs d’épicier pour la prochaine halte; Sète? Agde? Quelque chose me dit qu’il vaudra mieux être à Canet avant. Repas du jour. Lumière du soir. Blog… Finalement à terre en mer, on fait ce que l’on doit.
Que les Dieux nous bénissent… Mais tant d’autres avant nous.












(la belle Tsarine Alexandra Fedeorowna)
(bannettes et trousseau du matelot)







(la bouée de La Moutte)











( le soleil puis la lune, puis le lever.. )










(en quittant Ischia … )


On ne saura jamais. Maintenant on connait toutes sortes de réponses à tant de questions qu’on ne se pose pas…


Tous pleins faits, nous voilà donc en route pour Capri. La remontée de cette côte italienne n’est pas palpitante, d’autant qu’à couper au plus court je ne la vois que d’assez loin.

















