– PAROS :
J’y suis déjà venu avec Pierre, Claire et Alexandra. C’est différent; ils me manquent; il y a davantage de touristes et puis … j’y suis déjà venu.

J’y fais la rencontre de Jérôme et Sylvie sur “Zamalek” , ainsi que leurs amis de “Tara”. Sauf qu’on arrive à se perdre tandis que je bidouille sur WhatsApp pour envoyer la photo que j’ai prise de cet ecclésiastique atypique assis face au port avec une bière, et une enceinte wifi qui diffuse du .. David Gilmour. Il ne parle pas trop anglais, c’est dommage; j’aurais bien passé un moment avec lui.
J’ai développé une capacité à me débrancher du monde quand quelqu’un m’intéresse…
Lorsque je refais surface mes copains de Zamalek ont disparu.
Tant pis je monte à la vieille ville, repasse devant les terrasses où nous avait entraînés Alexandra. En haut des gens sont assis sur le parvis de la petite église, face à la mer, au coucher du soleil. Bobos, familles, selfistes de tous les continents …
“Loïc il est barge quand il a les pieds sur terre,
Il est paumé comme un Polak qui passe à l’ouest,
Il se sent étranger jusqu’au fond des poches de sa veste”.
… me chante Franck Langolff dans la tête….

Je commence à être usé. Je peine à supporter tout ces gens qui mangent, qui boivent des coups, qui se prennent en photo devant tout et n’importe quoi, l’empathie professionnelle des serveurs, l’uniformité des accoutrements, des attitudes. La fine couche de peinture neuve des apparences … Sommes-nous donc si vains?
Pas de taverna ce soir. Je rentre à bord et je lis. Le pacte des Marchombres de Pierre Bottero. Son onirisme me paraît plus réel que mon incursion à terre. Un peu trop près de “Zamalek”, je me décide à remouiller plus loin avant qu’il ne regagnent le bord. Tout le monde dormira mieux. . Moteur, guindeau…
A peine achevée la manoeuvre je m’aperçois qu’un gros cata de loc non occupé dérive insensiblement vers Ponyo. Les fonds permettent de laisser traîner ces bateaux-boulets sans trop s’en occuper; l’ancre raccrochera bien quelque part .. à ‘m’ment donné’!. Et le vent doit tourner. Peut-être s’éloignera-t-il de nous en évitant?… Tu parles.. Réveillé par un premier ‘ploc’ à trois heures du matin , je réfléchis longuement en slip et dans le vent, mon ancre sous sa vaste surface de ses coques?
Je finis par profiter d’une rotation momentanée pour nous sortir de là . La nuit redevient un lieu de rêve et de sommeil.
– NAXOS :
Le lendemain matin je profite de ce que Jérôme va faire de l’eau et du gasoil à la marina pour l’y suivre . C’est la dernière fois que je tente un cul-à- quai l’étrave face au vent. Mon arrivée est tout sauf maîtrisée, pour économiser un gros mot. Le vent travers bâbord, porte vers Zamalek. Le chef de port, de bon conseil me fait m’écarter de lui, moteur avant, barre tribord, sur une seule aussière de quai bâbord-arrière tendue,.
Et je repars en premier, craignant que ma chaîne n’ait croisé celle de Jérôme à mon arrivé. Il m’aide à repartir mais ça ne suffit pas. Mon mouillage ne tient pas. J’évite sa chaîne tendue avec mon safran mais j’attrape l’ancre de son voisin; que je détache sans mal après qu’il m’a donné du mou … Rien de bien grave, et tous les tanks sont pleins.
Contrairement aux ports il n’ y a pas foule sur les flots.
La ville, la baie de Naxos, la cyclopéenne porte du temple d’Apollon, la statue d’Ariane, abandonnée à Naxos par Thésée pour des motifs peu clairs… m’émerveillent autant que la première fois.


J’avais envie de revenir à Naxos, De louer un 125 et de sillonner l’île qui est grande. Le mouillage peine à contenir dix bateaux, mais il protège bien du nord. J’y retrouve Charly, de KAYA, rencontré à Léros.
J’abandonne l’annexe contre le quai, exposé à la houle des ferries, et pars déambuler dans la Chora ancienne: byzantine, vénitienne, franque, turque… moyen-âgeuse pour résumer. A l’heure où les gens s’attablent, les rues sont désertées. Il fait bon s’y perdre, découvrir une chapelle, une placette, une porte surmontée d’un blason, un escalier, une fontaine…
Ce n’est pas Rhodes ce n’est pas Venise, mais l’imagination y trouve à se nourrir, la soif du beau à s’étancher. La Grèce des petits villages blancs commence à me taper un peu sur le système. Le portail d’Apollon gagne à être admiré le matin. Au coucher du soleil, en mai, il n’y a que 300 personnes …
Le lendemain un vent soutenu me dissuade d’aller à terre. Tant pis. Je louerai ce scooter demain.






la commande cockpit du guindeau et descends l’ancre sous le davier. J’effectue un premier tour au moteur un oeil sur le sondeur, un oeil sur la girouette, les jumelles, le télémètre… Puis j’effectue des allers et retours sur le pont à l’avant du bateau pour observer le fond. Une fois choisi l’endroit, je réduis ma vitesse, mets le moteur au neutre, et boucle un demi-tour face au vent à un noeud environ; la vitesse doit être à peu près nulle quand l’ancre descend, mais le vent ne doit pas embarquer l’étrave.
qu’on attache plus court ou qu’on remonte à bord, mais l’idée de garder à l’arrière une annexe équipée de son moteur peut se défendre. Proscrire le noeud de cabestan (voir “Skiathos”).
Je fixe bôme, drisses et sangles pour éviter usure et bruits inutilement anxiogènes. Et fais la chasse à tout ce qui pourrait compliquer une manoeuvre imprévue ou d’urgence: pont ordonné, instruments laissés en veille, batteries des torches mises à charger, mesures de distances au télémètre notées, observation et anticipation du comportement des autres bateaux. Parfois je sors les pare-battage …











Sauf que le vent va crescendo. Il a tourné. L’étrave pointe vers la montagne, plus vers la passe: tant mieux, on sera protégé de la houle.









La carte météo prévoit encore pas mal de vent pour ce dimanche; surtout il se renforce à l’approche de Milos. Force 6, 22 noeuds, mais cela peut être plus fort. Et c’est loin, plus de 60 milles. Même si tout va bien ça fait arriver après le coucher du soleil. Que faire? Attendre le lendemain, où ce sera pétole sur la première partie du trajet. Ou être optimiste, audacieux, inconscient.. supprimez les mentions inutiles…
Au milieu du parcours 2ème ris, ça devient sportif, je jongle avec la taille de mon bout de génois, la position du chariot d’écoute. Surtout ça impose une tension physique et mentale constante et il fait froid. Pourtant je suis équipé, j’ai un bon pilote auto, un bon bateau, il n’y a pas plus de 23 noeuds de vent… 24… 25. Je pense à Vito Dumas, Slocum, Moitessier. Comment faisaient-ils? C’était des géants!. Et moi je tarde trop à réduire de nouveau.
Car la dégradation est lente, régulière, insidieuse. Je prends la barre une vingtaine de milles avant d’arriver. Et puis enfin le troisième ris dans des conditions plutôt musclées. Le vent est passé NW, presque largue, mais ça ne simplifie pas les choses. Seule la vitesse s’accroit, 7-8 noeuds dès que je sors un peu plus de génois. Il faut avancer. Je ne dirais pas que j’ai peur: je ne doute pas d’arriver derrière Milos pour me mettre à l’abri, au travers le bateau reste manoeuvrant.
Quand le soleil se couche il reste 9 milles à parcourir. Peur non. mais bouffé par l’inquiétude, tendu pour ne pas me prendre l’îlôt tribord, pour lire le paysage dans l’obscurité, le cap dans les embardées, vérifier et revérifier les fonds,
























