


C’est Pierre-Yves qui me fait ce cadeau: le mouillage parfait, une crique ravissante, invisible, si près-si loin du monde, en me demandant d’en garder par devers moi les coordonnées (je resterai donc évasif). Sa dimension est idéale, l’eau d’une limpidité rare, il y a un petit promontoire pour faire une photo de PONYO, deux petites plages de charme, une mini- jetée pour l’annexe, et surtout personne en ce début mai.
C’est un balcon sur la baie de Milos, un endroit de paix absolue. Il me rappelle un lac de montagne dans le Hardanger fjord, où j’ai pêché en barque et fait cuire ma première truite, il y a .. si longtemps.
Je suis bien, là. Je ne pourrais avoir mouillé plus au centre de l’anse, safe même en cas de retour du nord… C’est le sud qui rentre en soirée, un peu fort, l’ancrage dans 5m se comporte plutôt bien, j’ai sorti 25m. Et la nuit est sereine.
Pourquoi bouger quand on est bien. Le lendemain le ciel se grise. Je fais mes petites affaires. La météo prévoit très peu de vent, plus Est que Sud, pas de quoi quitter sa lecture. En fin d’après-midi l’alarme baromètre retentit (baisse de 3mb en 3h). Je vérifie la météo sur Windy, passe en revue les algorithmes disponibles … Allons, c’est sans doute une extravagance de mon Vion digital, l’aiguille de l’analogique, même marque, n’a pas bougé…. et je retourne à ma lecture.
Sauf que le vent va crescendo. Il a tourné. L’étrave pointe vers la montagne, plus vers la passe: tant mieux, on sera protégé de la houle.
Je ne sais quel instinct, quelle variation auditive me pousse à sortir, avec l’idée de faire chauffer le moteur au cas où, on ne sait jamais … Il n’est déjà plus temps. La poupe est à 20m de l’embarcadère, nous dérapons vitesse grand V. Mais d’où sort ce vent de 20 noeuds? Le temps de faire machine avant on n’est plus qu’à une longueur d’aussière.
Après… ça se joue vraiment à rien: les bonnes priorités, le moteur qui obéit à l’injonction du démarreur, l’action conjuguée du guindeau, les mètres gagnés… le vent est si hargneux que je sors de l’anse, sud-est, en marche arrière, 1 nd puis 2 puis 3… Cette fois le boulet n’est pas passé loin. La dérive était remontée, j’étais présent à bord, de jour, éveillé….
Je rejoins la côte près de l’aéroport. Elle n’est pas jolie mais elle est abritée, dégagée. Si aucun avion ne se rate je devrais pouvoir finir mon chapitre!
Conclusion: sur l’eau il n’arrive pas toujours le plus probable. Toute anse fermée, si belle soit-elle, le vent portant à côte, doit être abandonnée. A forciori si l’on quitte le bord.









La carte météo prévoit encore pas mal de vent pour ce dimanche; surtout il se renforce à l’approche de Milos. Force 6, 22 noeuds, mais cela peut être plus fort. Et c’est loin, plus de 60 milles. Même si tout va bien ça fait arriver après le coucher du soleil. Que faire? Attendre le lendemain, où ce sera pétole sur la première partie du trajet. Ou être optimiste, audacieux, inconscient.. supprimez les mentions inutiles…
Au milieu du parcours 2ème ris, ça devient sportif, je jongle avec la taille de mon bout de génois, la position du chariot d’écoute. Surtout ça impose une tension physique et mentale constante et il fait froid. Pourtant je suis équipé, j’ai un bon pilote auto, un bon bateau, il n’y a pas plus de 23 noeuds de vent… 24… 25. Je pense à Vito Dumas, Slocum, Moitessier. Comment faisaient-ils? C’était des géants!. Et moi je tarde trop à réduire de nouveau.
Car la dégradation est lente, régulière, insidieuse. Je prends la barre une vingtaine de milles avant d’arriver. Et puis enfin le troisième ris dans des conditions plutôt musclées. Le vent est passé NW, presque largue, mais ça ne simplifie pas les choses. Seule la vitesse s’accroit, 7-8 noeuds dès que je sors un peu plus de génois. Il faut avancer. Je ne dirais pas que j’ai peur: je ne doute pas d’arriver derrière Milos pour me mettre à l’abri, au travers le bateau reste manoeuvrant.
Quand le soleil se couche il reste 9 milles à parcourir. Peur non. mais bouffé par l’inquiétude, tendu pour ne pas me prendre l’îlôt tribord, pour lire le paysage dans l’obscurité, le cap dans les embardées, vérifier et revérifier les fonds,































(Cavaliani)



(Nea Skyra)


(Kea)


(Sounion)
(Egine)






Bernard et Bénédicte nous amènent en voiture au ferry que nous prenons ensemble, métro, avion, Paris, Toulouse… C’est bien fini pour cette année… Un beau coucher de soleil sur les vitraux des Jacobins, sur la Garonne … bien peu de chance d’apercevoir un dauphin. Les gens parlent tous français; la ville est saturée d’informations, de codes nouveaux, de choses dont l’utilité m’échappe… ‘Etsi Einai’: c’est ainsi!

(υγεία μας ; [Yamas!]: Santé !)


La traversée est sans souci: génois, spi-asymétrique, moteur… Le vent se cherche. Nous prenons une bouée dans l’anse-port de Vourkari; c’est tout de même plus facile à plusieurs! Baignade; l’eau est à encore à 22-23, le calme quasi total, la Grèce sans personne, les gens adorables,




(Bowie …



