– PORT LA NOUVELLE :
J’ai quitté l’avant-port du Grau du Roi dans la même purée de pois, avec la même impression de choisir entre deux risques. Absence de visibilité et attermoiements face aux prévisions météo. Un catamaran assez gros repéré à l’AIS .. (et en visuel – on discerne les gros objets à un quart de mille environ ) .. est totalement passé sous les radars.. de mon radar! Donc, méfiance, et ouvrons l’oeil !
Cap sur le mouillage de Port La Nouvelle, assez loin, plus de 55 milles: à part les ports sur cette côte-là il n’y a guère d’abris fiables. Et les ports… c’est long, c’est cher, paperassier, on n’en part jamais quant on veut, bref, on n’est plus en mer on est chez les terriens! S’il n’y avait cet avis de vent frais, la brise d’Est qui nous pousse à 4 noeuds et demi me conviendrait tout à fait. Mais le Crossmed répète en boucle que ‘ça’ commence à 19h-UTC (temps universel), soit 21h heure locale. Et le soleil se couche à 19h05. J’allume le moteur, à contre-coeur, pour accélérer tout en conservant le génois, et maintenir un 6 noeuds, 6 noeuds et demi. Ce que je crois être la raison a parlé.
Navigation sans intérêt… juste surveiller la moyenne, et la jauge. Le vent commence à rentrer à 19h heure locale, c’est à dire 2h avant l’heure-UTC prévue. 17 noeuds, puis 20, puis 23.. il va falloir bagarrer; le plus dur avec le vent c’est qu’on ne sait jamais jusqu’où il va grimper, car il ne connaît que les limites qu’il se donne. Il reste presque une heure de route. Si le moteur lâchait?.. On hisserait la GV à trois ris, cap sur la côte au plus près… Les nouveaux enrochements de la Nouvelle se profilent à l’horizon. 25 noeuds… il était temps. Je jette l’ancre par 5 mètres de fond en face de la petite plage au sud du môle, en me disant que le boulet n’est pas passé loin: je le sentais!
Peu de mouillages – j’ai connu plus de mouillages que de ports – m’ont donné autant confiance que celui-ci! Prise de suite dans du bon sable, juste à côté du phare, alarme de mouillage par acquit de conscience… le vent commence à monter dans les tours. Repas. PONYO est un chalet dans la montagne, une cabane au bord d’un lac.
Qu’est-ce qu’on est bien, là!

– CANET-EN-ROUSSILLON :
Dans la nuit le gros du gros-temps est passé. On n’est plus très loin, mais je ne connais pas le port, on est samedi, le vent peut reprendre, rien n’est gagné … j’appelle la Capitainerie pour avoir un plan-B, un plan-C… Si le vent se lève je me mettrai au quai de la station -service, au ponton d’accueil… Aucune envie de me rater avant le mot “Fin”. Aide à l’amarrage jusqu’à midi ou après 14h30… on y sera entre les deux. Le vent est instable: douze noeuds au départ, plus de 20 en passant devant Leucate, moins en-dessous. Je roule le génois, rentre dans l’avant-port au moteur, il y a de la place à la station mais le ponton d’accueil, en face, me tend les bras, son catway bien visible, facile, même sans aide …
C’est fini.
(Canet plage)

Quatre ans de voyage, de découverte, de mer, de Grèce… Soigner l’amarrage, régler les pare-battages, prendre des sous, aller manger, portillon électrique… je n’ai pas de badge pour rentrer ni voir à quoi ressemble ‘ma’ place… Petite brasserie, ‘Le Dauphin’, correcte, vacanciers, retraités en mode Pouf-et-Noiraud à la plage, visite du centre-ville; du monde: landaus, trottinettes, vélos, petits chiens tenus en laisse, vieilles personnes, couples, familles…. Je marche au milieu de tout ça un peu hagard, tout me paraît étrange, infiniment lointain…
Mais qu’est-ce que je fais là?
LOÏC (Franck Langolff):
Loïc, il s’en foutait d’naviguer solitaire,
Il préfère sentir ses potes à côté de lui,
Quand il fout l’océan entre lui et sa terre bretonne
Y a tellement d’eau salée qui coule des yeux des femmes,
Tell’ment de pêcheurs disparus en mer,
Qu’il se demande pas pourquoi il fait ça
Alors vaut mieux qu’y ait de la gnôle à bord du barlu
Parce que les sirènes écartent pas les jambes,
Parce que ça tient plus au cœur qu’au corps, les légendes,
Parce qu’à force de regarder toujours la même photo,
Il a foutu des écailles sur les cheveux de Marie Jo
Ah, sa Marie Jo!
Loïc, il s’en foutait de faire Paris-Drakkar
Pour faire voir comment il rame dans ses vagues à l’âme,
Il a le fond de l’âme comme une lame de fond
Mais y a jamais qu’la mer qui l’berce encore un peu
Quand il veut s’endormir en s’foutant de l’âge du capitaine
Oui, du capitaine!
C’est comme ça, les hommes,
C’est comme ça
C’est pas bateau, un homme,
C’est comme ça
Loïc, il est barge, quand il a les pieds sur terre
Il est paumé comme un Polak qui passe à l’ouest,
Il se sent étranger jusqu’au fond des poches de sa veste
Alors il fait la tournée des tantes et des cousins
Pour voir s’il existe encore pour quelqu’un
Les entendre dire “Tiens, v’là un marin”




(soleil et lune)















(la belle Tsarine Alexandra Fedeorowna)
(bannettes et trousseau du matelot)







(la bouée de La Moutte)











( le soleil puis la lune, puis le lever.. )










(en quittant Ischia … )


On ne saura jamais. Maintenant on connait toutes sortes de réponses à tant de questions qu’on ne se pose pas…


Tous pleins faits, nous voilà donc en route pour Capri. La remontée de cette côte italienne n’est pas palpitante, d’autant qu’à couper au plus court je ne la vois que d’assez loin.








