UNE ECLAIRCIE A ALONISSOS

 

Après le vent la pluie. Nous quittons Skopélos dans le grisaille pour Alonissos toute proche.

– Mouillage de Micri Mourtia :

Que reste-t-il d’un mouillage-de-rêve quand la lumière disparaît? … Le soleil revient le soir et nous voilà sur le sentier pavé qui monte raide jusqu’à la Chora.

 

La fin de saison y est encore plus marquée qu’à Skopelos: rues sans vie, terrasses désertes, quelques Estiatoria (restaurants) ouverts. Un ouzo au balcon et la nuit qui tombe sur une mer calmissime avec le mât éclairé de PONYO qu’on devine au fond de sa baie isolée.

    (la mer  depuis la Chora)

Le bonheur est éternel.

– Votsi :

Un petit plouf le matin entre deux nuages… Ambiance aquarium et assez mauvais ancrage sur des plaques rocheuses qui ressemblent à du sable; ça va qu’ il n’y a ni vent ni houle. Puis nous filons vers Votsi au moteur avec le linge dans les filières…

(le mouillage de Mourtia, le petit port de Votsi, et … “PONYO sur la falaise”… avec sa ligne de poupe)

EN ROUTE POUR SKOPELOS

Plusieurs jours passés à Skiathos donnent des envies de large et de jolis mouillages. J’ai pu amarrer PONYO au port public, refaire le plein de gasoil, d’eau, récupérer le hors-bord, mettre de l’ordre dans le bateau, et déambuler avec Djamila dans  Papadiamantis Odos, la rue principale, puis monter au village, et faire quelques courses.

 

– Stafyslos : Le lendemain le vent est prévu nul puis contraire, mais si nous voulons voir un peu Skopelos avant l’arrivée du Meltem vendredi, il faut y aller. Au moteur. Le bon côté c’est qu’on a le temps d’admirer le paysage, et peut-être d’arriver pas trop tard au mouillage, à l’extrémité sud. Demain on sera au port sur la côte nord avant midi pour visiter la très photogénique Chora..

Le mouillage est beau, pas trop plein, avec un italien gentil qui nous indique un banc de sable sans posidonies à côté:  je vais le remercier à la nage car l’annexe est rangée dans son coffre. Eau limpide et nuit étoilée

  

 – Le port : Au matin un peu de vent mais mer étale, et nous nous amarrons cul-à-quai au ‘pier’de la ville où nous décidons d’attendre le passage du coup de vent. 20-25 noeuds, paquets de mer sur la jetée, embruns, houle et bateaux mobiles, un oeil sur les amarres, un autre sur les mouvements des mâts les plus proches.

      

Retrouver la Chora, la vue depuis le Kastro, Le lendemain grande balade vers les monastères.

Et toujours quelques belles rencontres, comme hier au port cette jeune activiste de Sea-Shepherd, ou Julio, de Segovia, qui me fait visiter ‘Maris Stella’, son Via-38 en aluminium …

… aujourd’hui  ce moine italien qui nous offre de l’eau, qui semble si tranquille,  ou ce joli couple de grecs en vacances qui évoque le côté paradoxal du tourisme en Grèce, entre dépendance, résistance, impuissance et découragement!

Que les hommes sont beaux à l’écart des foules suivistes et versatiles. Foules sentimentales sans but, ni d’Eden où se projeter…

 

– Coup de vent :

  

On est au port quand le vent se lève, la houle surtout. Le port n’est pas idéalement protégé, les embruns submergent la jetée, mais l’inquiétude vient des autres bateaux: amarres distendues, ancrages incertains, skippeurs incompétents, mâts proches… Surtout le sentiment qu’e s’il se passe quelque chose peu sauront quoi faire. Le bon sens de base manque.

J’installe un semblant de passerelle pour aller à terre mais ce n’est pas tranquille.

 

– Monasteries : et une longue balade sur les hauteurs … (vue sur Alonissos)

       

Skopelos reste une très belle île, que nous ne faisons qu’effleurer. Malgré une flottille d’une douzaine de bateaux arrivés à la queue-leu -leu, elle n’est pas envahie par les touristes, peut-être parce que nous sommes fin septembre; avec de belles balades à pied et une ambiance plus paisible et décontractée.

 

 

RETROUVAILLES AVEC SKIATHOS

 

 

 

Nous voici donc à Skiathos. J’avais oublié. J’ai relu mon premier article. Il déplore le caractère mercantile de l’île mais n’en souligne peut-être pas assez la beauté. Tourisme mis à part le cadre est d’une grande élégance.

En cette mi-septembre les commerçants commencent à souffler. Vent et pluie, eau à 25°.

 

– L’annexe :Etrange affaire: je suis mouillé dans l’anse de SIFERI, au sud du port, où j’ai demandé  une place, ce qui serait plus agréable pour Djamila que je dois récupérer mardi.Il me faudra rappeler le jour J.

Le lendemain je reste à l’intérieur du bateau, et me prépare à aller à terre vers midi. Grand vide à l’arrière; l’annexe, le moteur, le mouillage inox … tout a disparu. Je l’avais pourtant assurée par DEUX drosses, chacune fixée par un noeud de cabestatan PLUS une demi-clé, comme lorsqu’il m’arrive de la tirer derrière PONYO, Après trois ans de Grèce me faire voler l’annexe juste avant d’embarquer des équipiers en fin de saison c’est quand même dur! … et vas-t-en en trouver une autre à Skiathos!

Je me mets à l’eau avec un sac étanche pour aller faire une déclaration au ‘Port Police’; le sable est assez loin. Plus je m’approche à la brasse, plus le dinghy gris stationné sur le sable me paraît familier. Lorsque j’arrive un homme et son fils m’abordent en souriant. Ce sont eux qui l’ont récupérée  un peu plus loin dans les rochers et qui l’ont ramenée à la rame. L’annexe n’a rien; le moteur ne démarre plus. Mark, originaire de Brighton à qui je propose de payer une bière quelque part me dit “plus tard, on se verra bien sur le port…”, anglais, simple et gentil… Soulagement!

Sur le port la première personne assise devant un bateau me donne le numéro de Manos, un mécanicien qui vient prendre le moteur à Siféri. Il y a de l’eau dans le carburateur et une soupape morte qu’il faut commander à Athènes, qui arrivera mardi, comme Djamila…

  

 L’orage s’éloigne / Au matin une éclaicie / Brillant le chemin

Moralité: il y a eu du vent, des à-coups, plus le poids du moteur que je remonte systématiquement quand je tracte l’annexe; le noeud de cabestan n’est fiable que sous tension continue, la demi-clé n’y change rien, ni une deuxième ligne. Désormais ce sera noeud de chaise et ligne courte, annexe contre la poupe. ou hissée le long du franc-bord… on apprend.

Et surtout jusqu’à ce jour aucun cas de vol à signaler en Grèce! A raconter au coin du feu, le soir, en Caraïbe …

 

LA DESCENTE VERS SKIATHOS

On ne prend pas l’avion pour descendre la côte Est de la Thessalonique vers Skiathos… Et pourtant vue de la mer la région est magnifique, très verte, montagneuse, sauvage bien qu’habitée; je ne sais pas à quoi ça peut ressembler en voiture.

Nous faisons une halte dans le joli petit port de Kamàri pour couper.

Un plaisancier se plaignait sur Navily que les pêcheurs ne l’avaient pas aidé à accoster… Ils ne sont pas là pour ça. Ils te fichent une paix royale, te laissent une place libre en bout de quai, répondent quand tu les salues et je n’en demande pas plus.

J’ai un peu hésité à garer PONYO là à cause de la houle… mais elle semble contourner l’endroit.

Pas très loin vers le sud, une plage superbe accessible à pied, et un ouzo devant la mer… paillote improbable en bout de sable sur les rochers, tandis que le soir tombe et qu’un groupe de rap grec s’inscit dans l’éternité du moment…

 

  

Le lendemain on continue vers Skiathos. Les environs de Tsangaràda, mer et montagne, donnent envie de visiter. C’est la frustration du marin; sur cette côte on ne peut pas laisser le bateau n’importe où, planter la tente pour huit jours, faire confiance à sa chance naturelle, et partir crapahuter!

… Mais quelle vie est sans contraintes?

VERGINA, LA VILLE DE PHILIPPE-II ET D’ALEXANDRE

Vents d’Est, NE ou SE, cette côte de Thessalie est exposée. La marina de Platamontas a des tarifs raisonnables et offre une protection correcte des vents de sud, un peu moins de nord. La navigation depuis Nea Moudania est un régal,: aller où l’on veut avec le vent qu’il faut!

– Platamonas :

Petit port public transformé en marina ‘au pied du Mont Olympe (lequel comme l’Etna a le pied long). Aujourd’hui Zeus se cache dans la brume.

Yannis a beau être un garçon très gentil, la pêche à l’information ici est une occupation à plein temps. Etrangement depuis Samothrace, plus on monte dans le nord et plus tout le monde se comporte comme si on avait la vie pour deviner comment l’endroit fonctionne. Les numéros de la marina ne sont plus valables, la réservation n’est pas réservée, il n’y a pas de loueur de voitures sur place et celui qui traite avec le port est d’un foutisme rarement atteint en Grèce… bref il faut s’accrocher.

Je laisse tomber la visite de Thessaloniki pour me concentrer sur Vergina, la nécropole de Philippe II (& femmes): mieux vaut un endroit bien vu que trois endroits aperçus. Ce n’est pas acquis: sites éloignés les uns des autres, aucune info globale, aucun support un peu clair, et moults kilomètres à pied… Avec quatre allemands on tente vainement de résoudre le mystère du plan du site à l’entrée du parc qui abrite la nécropole.

– La tombe de Philippe :

 

Le tumulus contient des merveilles. Toutefois on aimerait bien, AVANT d”entrer dans les détails, qu’on nous rafraîchisse un petit peu la mémoire … L’obscurité, sans doute nécessaire à la survie des  pièces rend difficile la lecture des affichettes à quatre pattes … La collection est cependant unique. Les sépultures du IV-ème  siècle semblent avoir échappé au pillage.

Leur profanation collective actuelle est-elle pour autant légitime?

 

 

 

(le chêne de Macédoine a remplacé le platane… La qualité de travail du métal est stupéfiant, les petits glands sont très réalistes, et la finition de l’argent admirable)

 

– Le nouveau musée :

Pharaonique, récent, excentré et,.. globalement creux! Des salles immenses remplies de cailloux quelconques, de pointes de flèches, tessons de poteries, et parures diverses sagement alignés, des vitrines figées honorant le quantitatif … Comme en cuisine comme au cinéma, plus c’est mauvais plus on vous en colle une tartine! Un numismate pourra être d’un avis différent. La collection de monnaies vaut peut-être le détour.

A part un visage de jeune femme tout le reste m’a été indifférent.

    

– Le  palais d’Alexandre :

Un kilomètre de piste conduit à un théâtre (à l’emplacement d’un théâtre…) puis au palais. Je fais remarquer à la ‘guide’, que la personne âgée ou fatiguée qui a déjà marché 1/2h pour arriver à ce qu’il reste du théâtre se dispensera de pousser jusqu’au palais de Philippe. Aucune indication en bas de distance ni de temps.

La première impression est très positive: outre la beauté de l’emplacement, quasi mycénien, de très nombreuses colonnes sont debout et l’on se dit que ce palais est dans un état de conservation exceptionnel. A y regarder de plus près tout est rebâti sans vergogne. La moitié de ce qu’on voit est ..  remanié! Je ne suis pas agacé, je suis vénère: ça frise l’imposture, la mystification, ou le parc d’attraction! Eh quoi?.. si la même équipe se met en tête de reconstruire entièrement le temple d’Eukeia un peu plus bas, actuellement à l’état de fouilles,  on s’extasiera devant une “interprétation” scientifique remarquable?!

 

(l’archéologie repose sur la confiance. Sur ces photos qu’est-ce qui est vraiment d’origine? Jusqu’où doit-on reconstruire pour satisfaire les supposées attentes du public ?)

   

Il reste un panorama exceptionnel, un tumulus rare, et de belles choses à voir. Même si concernant Virgina, cette intelligence des musées grecs que je vous ai tant vantée, brille  ici plutôt par son absence. Cela dit la critique est Thésée… 🙂

 

 

PORTO KOUFOS, CANAL DE PORTES ET NEA MOUDANIA …

LA CHALCIDIQUE se compose de 3 péninsules : AKTI  à l’Est (Athos); SINTHONIA au milieu, où nous nous trouvons; et KASSANDRA à l’ouest. Les deux premières sont séparées par le Kolpos AGIOU OROUS aussi appelé SINGITIKOS, et les deux dernières par le Kolpos TORONAIOS ou KASSANDRAS. 

Nous sommes au Nord-Est du 2ème doigt et nous allons à Porto Koufos, tout au bout mais du côté Ouest.

– Porto Koufos :

La descente de la côte Est est une alternance de plages et de petits ports, et toutes les baies sont plus ou moins exposées à la houle, d’où l’idée de pousser jusqu’à Koufos. L’anse presque fermée ressemble à un haricot d’1km et demi de long avec une entrée de 300m au milieu. Autour c’est vert et montagneux. Protégé, fréquenté, mais pas plein. Des bateaux de loc à quai, les autres au mouillage; une ambiance de transit; de relais de poste …

Il y a sûrement des balades à faire, mais un régime favorable de vents d’Est  m’incite à remonter le golfe de Kassandra. Allez savoir pourquoi  j’ai envie de passer le canal de Portas! Evidemment, sur la diagonale Koufos-Portes il n’y a qu’un seul fou!

– Canal de Portas :

 

Un grand  pont l’enjambe. Sur les instructions nautiques (Imray ) la hauteur libre est de 17m. Sur internet on trouve du 16, du 20, et mème du 36m, mais c’est une boulette! Si je compte et recompte la hauteur de PONYO, son ‘tirant d’air’, j’obtiens 14,25m de mât plus 1m entre la base du mât et la surface de l’eau. Plus l’antenne… là j’ai un doute… 0.75m, 1m, 1,20? … donc 16m et quelques ! Et la marée?.. elle n’est pas neutre, 0,50… Aïe! Marée basse à 15h, on n’y sera pas. Mais un bon vent se lève et nous nous retrouvons devant le pont bien avant l’étale de haute mer.

Entre temps j’ai vu que ma carte indiquait 20m côté tribord, et 16m côté bâbord… C’est parti!: passer à droite, pas trop près du bord, prendre quelques photos tout en veillant à tout.. Je lève la tête vois la masse du pont arriver, le mât qui paraît immense, la vitesse d’1 noeud et demi qui semble suicidaire! … et ça passe, sans toucher comme Lavillenie, Duplantis, ou la belle Yaroslava! Je n’ai pas osé prendre un cliché du haut du mât ni même regarder! On est passé!!

Le reste rappelle le canal de Corinthe en plus court. La surprise vient du fait que le paysage de l’autre côté est assez différent, et que le flot charrie un nombre impressionnant de méduses peu ragoûtantes.

(Ceci n’est pas un chapeau)

– Nea Moudania :

J’aurais préféré mouiller d’un côté ou de l’autre du port. Mais à l’Est il y a un clapot monstre et à l’ouest une houle tenace. Ce sera donc le port, ce qui signifie pare-battages en ordre de bataille, lignes de poupe, guindeau et ancre en cas de mouillage arrière, lignes latérales en cas d’alongside…

… et nous trouvons une place de créneau entre un voilier et un sennier parce que les places faciles à l’entrée sont squattées par une tripottée de pêcheurs à la ligne avec la réactivité qui caractérise cette espèce limicole autant que proliférante . Question: “p.o.u.r.q.u.o.i  donc pêchez-vous là, et non pas trente mètres plus loin par exemple, où vous n’emm…deriez personne ?” Réponse; parce qu’on était là hier!

Mais peut-être pêchent-ils pour manger?…

Bref un port authentique et une super côte de veau baptisée ‘tomahawk’… une rareté dans les îles!

 

 

 

OURANOUPOLI, AMMOUDIANI, DIASPOROS …

‘Encore une fois la vie va plus vite que ton blog!’…

C’est vrai. J’ai eu du mal à digérer Athos. Retomber au milieu des baigneurs d’Ouranoupoli, d’Ammoudiani, de Diasporos?…

– Ouranoupoli :

une ambiance à part. Beaucoup de nonnes, de popes dans les rues; une kyrielle de boutiques où l’on trouve en vente-libre calices, ciboires, ostensoirs, chasubles de messe ou d’apparat, bijoux, bague à baiser, icônes, crucifix … tous articles qui ne courent pas les rues dans la péninsule d’Akti… Normal:  il n’y a en a pas.

Des hôtels, nombreux et d’un certain standing, des voitures du même tonneau,  des articles de prix. Des pensions, pour les voyageurs, les visites de proches, les touristes encore bien présents en septembre …

   

Le diable est dans les détails: trois nonnes habillées en  Bene Gesserit, qui rajeunissent de cent ans quand elles se montrent des bijoux dans une vitrine, un pope qui passe d’un pas pressé en balançant sa malette noire à poignée rouge, un monsignore important à l’arrière d’un taxi XL … je bade… et pendant ce temps la marée monte et submerge le quai contre lequel j’avais laissé l’annexe… la voici dessus à présent; le quai est devenu une vraie savonette!

  

– Ammoudiani :

un petit tour au port d’Ammoudiani avec PONYO pour remplir mes jerrycans de 50l de gasoil depuis la pompe proche. Sur le continent à Ouranoupoli il n’y a pas de station. Un vieux grec gentil m’aide à m’amarrer, joue un peu son bouzouki, et me laisse sa place en bout de quai en partant. Je me promène une heure mais c’est tout petit et très très endormi. Le soir une flottille de 5 voiliers suffit à remplir le port.

A la tombée de la nuit la ville secoue sa torpeur et s’illumine, s’anime, devient méconnaissable … Mais ce monde n’est décidément pas le mien.

Ammouliani est belle et me déprime. Voir des chateaux-forts-toboggans dans la crique divine de DRENIA,  avec en toile fond le mont Athos, grouillante de monde me donne des pensées assassines. Même pour une photo je n’y suis pas entré. Je n’ai que ces deux là de loin …

– Diasporos :

Diasporos c’est en face, sur le côté Est du 2ème “doigt” de la Chalcidique. Il faut donc traverser le Kolpos (golfe) Agiou Orous.

On s’en va tôt le lendemain, comme Lucky Luke et Jolly Jumper, laissant dans le sillage parasols,  familles et ‘beautés locales’, et nous mettons le cap sur ces îles de rêve où la journée au mouillage se divise en 3 étapes: jusqu’à 9h avant l’arrivée des bateaux sans permis, puis pendant le grand n’importe quoi, et enfin à partir de 18-19h après leur départ …  Vous pensez que j’exagère?…

 

(jai importé ces photos, déposées sur Navily par ‘Pascal’ et ‘Lizette’, que je ne connais pas, mais qui se passent de commentaire. )

Heureusement j’ai prévu d’arriver dans une anse située plus au nord-ouest, entre l’île et le continent, et surtout vers 19h , après une navigation avec un peu de très bon vent puis beaucoup de moteur. Le soir il ne reste qu’un ou deux bateaux locaux; les gens se baignent avant que le soleil ne disparaisse,  juste devant une île cernée de petits murets où se devine une maison. Je les imite et … c’est si bon!

Le lendemain on descend la côte ouest de Diasporos, face au continent, très vert, eau pas turquoise du tout, mais d’un calme d’Orénoque, fermes à poissons, petit port avec chantier, traces d’incendies … Il faut faire un effort pour imaginer qu’en face ce n’est pas une île.

 

En débouchant au sud du passage, un yacht est au mouillage entre les cailloux, mouillage de beau tempas faut-il préciser… Les premiers hors-bords traversent à fond depuis le continent, grisés par leur vitesse sur l’eau calme; puis les premiers bateaux sans permis, cette plaie, peut-être un ou deux jet-skis…  Nous serons loin. Leur bruit est ridicule.

Comme à Delphes, comme à Epidaure, à Egine, les Dieux existent encore ça et là loin des hommes. Les bêtes le savent, les poètes, les indiens, parfois les enfants, les vieilles personnes.

Puis l’izard, le bouquetin, le chamois, le chevreuil, puis le grand tétras, le loup, le cerf, la loutre, la chouette et puis la martre, les nymphes, et tous les immortels s’en vont pour se cacher. Car l’homme sent mauvais.

Mais ils ont fait leur plein de matin, de beauté et de célébration.

 

ATHOS

  Le réveil sonne. Je remonte un bout de filet avec mon ancre; je l’enlève avec la gaffe que … j’oublie sur le pont.

Le lever de soleil est divin. Apollon dans toute sa gloire. Le vent est faible et nous descendons l’Est d’AKTI sur plus de la moitié voile et moteur, avant que ne s’établisse une brise de sud-ouest. Il y a 60 milles. Dix heures à 6 noeuds. Pas question de tomber en dessous de 5. Mais la suite sera idéale.

Je m’attendais … je m’attendais à quoi?…  à voir  une dizaine de baraques vétustes d’assez loin, un monastère ou deux comme celui d’Amorgos, et des kilomètres d’ennui! J’ai passé 14 heures sur l’eau bouche bée. Impressionné. Scotché! C’est sans doute ce que j’ai vu de plus incroyable de ma vie. De plus fou. La remontée à 7 noeuds voiles en ciseaux au vent arrière par jusqu’à 19 noeuds de vent réel ne l’était pas moins.

J’ai passé un temps considérable à photographier ce qui suit avec mon vieux Sony, un bridge zoomant à x15 en mode sport pour la ‘netteté’. L’Iphone  est dépassé. Les photos ne sont qu’un pâle reflet de ce que j’ai vu tout en surveillant la voilure de PONYO comme lait sur le feu. Et il m’a fallu plusieurs jours pour faire un tri frustrant parmi des photos moches, ou floues, ternes et sans relief.  Intense, de bout en bout.

– l’Est :

La montagne sacrée est occupée dans sa moitié sud  par toutes sortes de constructions dont une huitaine de grands monastères sur chaque côte, du 1er qui est celui de Vatopedi jusqu’ la Grande Lavra au sud-est, puis jusqu’au Moni Constanomitou en remontant sur Ouranoupoli, la ville du ciel. Ceux qui veulent en savoir plus se renseigneront pour mettre un nom sous chaque photo. J’y renonce.

 

 

– le sud :

Là où la côte Est était très boisée, avec des des monastères moyen-âgeux difficile à photographier à moins d’être mieux équipé et  dispensé de navigation, à partir de la grande LAVRA l’habitat se diversifie, ermitages, villages côtiers ou d’altitude, et l’on rentre dans une autre dimension: celle d’un Athos minéral, vertigineux, et complètement incompréhensible. Un monde sans véhicules ni routes, avec de loin en loin quelques panneaux solaires, un monde sans femmes qui ne peut que laisser rêveur quiconque  a fait son service militaire ou une école non mixte.

(avec la tablette j’arrive à grossir des détails qui restent indiscernables sur l’écran du PC)

 

 

 

Ah j’aurais tant aimé pouvoir zoomer davantage … faire percevoir un peu de ce qu’on  éprouve à se dévisser la tête devant ce paysage vertical aux habitats distants, et parfois minuscules,  alors même que PONYO commence à accélérer furieusement en négociant la face ouest!

– l’ouest :

Je suis quasiment seul sur l’eau depuis Tassos. En tournant la pointe sud-ouest j’aperçois un cargo dans mon dos sur une mer hâchée. Un peu plus loin je passerai le génois sur bâbord pour ne pas trop serrer la côte. Là l’anémo indique 16 noeuds. Je l’ai vu à 19. Mais c’est le paysage terrestre qui me fascine.

  

Plus nord ça se calme, avec une succession de monastères immenses, un mélange d’ancien et de moderne, face au soleil. Panneaux solaires et sources captées, terrasses d’oliviers, parfois un embarcadère visible.

 

 

   

    

En comparaison la tour d’Ouranoupoli paraît bien modeste en slalomant entre les cailloux pour arriver sous génois seul jusqu’au mouillage paisible, au nord d’Ammouliani.

   

Repérer une plaque de sable, descendre l’ancre, allumer les feux de mouillage, ranger le bateau, écouter les messages et y répondre, manger un morceau… Quelle journée!!

 

UN SI JOLI PETIT MOUILLAGE

Il faut composer avec des vents très variables et des distances importantes. Je suis chassé par une houle d’Est à deux heures du matin dans une anse pas si abritée que ça, atterrissant par une nuit claire de lune brillante  dans le port croupissant mais calme d’ Elevtherion. Au matin nous traversons vers la péninsule d’ AKTI (qui se termine au mont Athos)  globalement interdite au mouillage.

Le statut du mouillage de PLATI que j’ai repéré au nord-est n’est pas clair. Certains se font chasser, d’autre non. L’amende serait de 2000 euros… Je tente; ça me fait gagner 10 milles sur la longue étape suivante qui contourne Akti,côte Est, côte sud, côte ouest…  jusqu’à Ouranopouli.

Est-ce le charme de l’interdit, la solitude, la paix, la lumière?… C’est un mouillage ravissant! Je m’y baigne sans cependant  descendre à terre. Seuls les pêcheurs au loin  font du bruit. Ce sont eux qui “dénonceraient” les yachts aux garde-côtes … Dans le doute je n’ai pas branché l’AIS et je n’ai  allumé qu’un feu de poupe bas sur l’eau. Les dieux me bercent et les hommes m’oublient.

 

KEVALA

C’est LA grande ville au nord, pas très loin. Je ne m’attends pas à grand chose, mais ça me rapprochera un peu d’Athos; enfin pas beaucoup; et puis toujours cette curiosité… Hélas comment parler de Kevala quand on a vu Athos et qu’on a pris un tel retard dans le tri des photos!

Je mouille auprès des barres d’immeubles, à 3km du centre ville, de la marina à 80 euros la nuit sans aucune place au port public, privatisé. Sur Navily les petits-vieux aisés de la plaisance louent l’excellent accueil de Natacha… ! Pfff! ça finira par être les Baléares partout!

Je vais quand même aller visiter la citadelle. Sans surprise, mais le point de vue est beau, l’aqueduc est à voir, la citadelle quelconque, les gens vivent leur vie, et Istanbul reste Constantinoupolis… Le musée est déconcertant de médiocrité, pas grand chose à sauver. Mais les filles sourient dans l’ombre des terrasses …