(Hippocrate, musée de Kos)
“Où le voyageur passe par une île qu’il ne pensait nullement visiter, qu’il n’apprécie pas plus que ça, mais qui s’avère une étape digne d’intérêt grâce à un très grand homme du passé …”
-KEFALOS :

KOS, une île où l’on passe, me disais-je… L’intuition est comme une sorte de ragoût: on y met ce qu’on a oublié dans son frigo avant la date de péremption; on se fait une idée approximative du goût que cela aura, et l’on n’est souvent pas très loin du compte…

Je suis arrivé à KEFALOS, mon plan-B, alors que je pensais voler vers LEROS porté par les vents d’ouest soutenus promis par la muse Météo. Je ne les ai trouvés qu’en arrivant, une heure peut-être. Le reste s’est fait au Perkins-4108, qui pour l’instant tourne comme une montre suisse. ‘Pourvou qué ça douré!’..
Grande baie bornée par une montagne élégante, oulée de plages sous le vent que lèche une mer plate.. windsurfs, bouées tractées et ski nautique… mais ça va. Pas de flottille de loc, Des touristes en nombre acceptable, un peu comme à Astypalaia. Est-ce à dire que le rush ne concerne que la période du 15 juillet-15 août? Où que le Dodécanèse est un bon choix de ‘planque’ pour l’été?…
– KOS-VILLE-FORTIFIEE :

(à droite le platane d'”Hippocrate”)
Je loue un petit Honda. Mon idée est d’aller à la Marina me renseigner sur le délai de commande pour un wc Jabsco-classique. En fait j’ai prévu de le changer à Léros. La marina est du type bien géré et d’un ennui total. Le délai est d’un jour. Au pays du capitalisme triomphant si vous êtes dans les clous, c’est fou ce que la vie est facile: Une armée d’indispensables en uniformes de larbins est à vos petits soins. Le deal est simple: “on” s’occupe de tout, vous payez “. Les commentaires des suivistes embarqué(e)s sur Navily concluent en général leurs propos inconsistants par un 5-étoiles mérité.
Si vous gravitez en dehors de leur système votre espace vital se réduit selon leur appétit hégémonique de temps et d’espace pas toujours privé. Yachts de 40m lambda battant pavillon britannique, maltais, nouveaux-riches turcs … Cette snob-culture n’a pas son pareil pour vous faire vous sentir à côté de vos docksides. Les compétences en matière de parkage, maintenance, et autres considérations concrètes sont l’affaire de l’armée talkie-walkisée qui leur prend les amarres, vérifie la propreté des sanitaires, et ferme les yeux sur leur incapacité crasse à se débrouiller sans assistance. Le must étant de disposer d’un skipper-pro comme interface.
Dans ces conditions on peut espérer que “femme du monde” reviendra en vacances en Grèce avec son mâle alpha et ses précieux enfants. Le reste de la ville semble n’exister que pour donner du grain à moudre au besoin d’émerveillement sommaire de ces ploucs : espace archéologiques sous forme de cailloux dispersés ici et là dans la ville, restaurants typiquement grecs avec serveurs habitués à décoder tout ce petit monde, salons-lounge-draft-beer à 3 euros la pinte, parce qu’en plus ils sont ‘rats’ … Non je n’ai pas aimé Kos-ville. Elle est la préfiguration de ce qui attend le plaisancier bercé aux récits de Monfreid, Vito Dumas, Moitessier et tant d’autres: une disparition programmée et rapide.
– KOS-LE-MUSEE :
Nombre de sculptures proviennent des fouilles d’une grande villa romaine pas très loin.

(mosaïque, avec au fond Hermès et Artemis, une tête de jeune guerrier blessé; au centre Higeia, fille d’Asclepios et soeur de Panacea, elle tient un oeuf dans la main gauche; je n’ai pas pu trouver pourquoi)
(trois Charites, le dieu Pan et un donnateur)
A part ça le site de Kos est joli, fleuri, varié, pas très grand, mais ne risque pas de faire oublier Rhodes. Seule la grande figure humaniste d’Hippocrate transfigure les lieux. En comparaison tous ces VIP aux rêves misérables donnent une sainte envie de tordre des cous. Hippocrate, lui, les aurait soignés.
– LA FONDATION HIPPOCRATE :
Une fondation privée avec à l’origine un médecin d’Athènes, Constanti Spiridou, rend hommage à cet homme passionné par l’homme et par son unité. Tout soignant comprend que nous sommes semblables, égaux face à la maladie et à la souffrance. Que la mort ne connaît pas de VIP …
… pour l’instant ! ..


(les outils d’Hippocrate, des mots nombreux utilisés encore aujourd’hui, le site de la fondation qui contient plusieurs ‘traités’, certains en grec d’autres en français; et ci-après le texte du serment d’Hippocrate d’origine, traduit par Littré, source Wikipedia; il a évolué depuis.)
« Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants :
Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon savoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part de mes préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.
Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire[2] abortif. Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.
Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille[3], je la laisserai aux gens qui s’en occupent.
Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.
Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.
Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire ! »