LA REMONTEE VERS SAMOTHRACE

– Rencontre :

Port de Kardamila. Jolie rencontre que celle d’Erik et Catherine sur FREYA, battant pavillon suédois. J’ai la surprise d’être interpelé par Eric dans un français parfait: lui est suédois, sa femme est bretonne, ils vivent en Espagne depuis trente ans et ils sont ouverts aux rencontres. Plutôt l’exception que la règle..

C’est l’occasion de deux très bonnes soirées, l’une au vieux village d’en haut, à 3 km, où nous nous rendons à pieds, mangeons sous les platanes avec les locaux, et d’où nous reviendrons de nuit ..

      

(on devine à l’arrière-plan le groupe des trois musiciens)

.. et une deuxième en écoutant un trio de musiciens grecs: guitare, bouzouki, et une excellente chanteuse au répertoire de chansons populaires grecques connues, parfois reprises (et dansées) par une partie de l’assistance.

(Je me retiens de brandir mon portable comme un indélicat pour les ‘vidéaliser’. L’éternel dilemne entre la vie et la ‘conserve’…)

– Incendie :

Bruit d’avions; deux points dans le ciel; un vent qui souffle sur les braises… Une pensée pour l’Aude et pour Saint Laurent de la Cabrerisse; pour le Portugal, l’Espagne.. Partout ça flambe! C’est terrible!

 

Lorsqu’on s’éloigne vers  Lesbos un nuage bistre plane au-dessus de l’île de Chios.

 

– Lesbos :

La météo a dit vrai : le vent nous porte pendant trois heures vers Sigri, le village de la forêt pétrifiée ( * ) …. puis nous condamne au bruit du moteur.

 

{ * Remarque: pour retrouver un lieu dans le blog il suffit de cliquer sur le petit carré aux trois bandes horizontales blanches et vertes de la page d’accueil, puis la loupe, de taper le nom du lieu, et de lancer la recherche … les pages contenant le nom s’affichent ] 

 

– Efstratios :

Paradoxe: pour traverser la “mer orange  sur la carte de l’application météo  Windy ” il faut attendre qu’elle soit moins large donc que le vent ait faibli. Mais pour avancer il nous faut du vent. Or celui-ci a tendance à passer de tout à rien après chaque épisode de Nord.

D’après la météo c’est demain qu’il faut partir. Après ça forcit.

Pourquoi je stresse alors? Parce que la météo peut se tromper, quoiqu’elle soit globalement fiable, et que la nappe de 30 noeuds prévue demain peut rentrer en soirée plus tôt que prévu.

Evstrathios est loin. J’atermoie;  je prépare le bateau au temps qu’on va rencontrer, trinquette et 1 ris .. ce n’est pas celui du moment… On part un peu tard, un peu sous-toilés, sans trop de marge. Il est certes toujours possible de revenir à Kardamila pour y attendre une autre fenêtre … Mais  Evstrathios est toujours un “pari”: il n’y a que 3-4 places dans le port, et un seul mouillage digne de ce nom au sud, à l’opposé, pour 1 ou 2 bateaux pas plus … Quant à mouiller à côté du port avec la houle prévue, on ne le fait que par nécessité  ou masochisme… Alors? …

 

Alors on y va. Si j’avais la responsabilité d’un équipier je rentrerais. C’est dans ces moments-là  que les moins compétents ramènent leur science, aiguillonnés par les hésitations du capitaine aux prises avec des impératifs probabilistes et contradictoires. On raisonne, on raisonne… et c’est l’intuition qui décide…

… en silence.

  

Le vent est au rendez-vous, maintenant PONYO semble voler sur l’eau: 7 noeuds, 7-1/2, 8 noeuds, 8-1/2… on dirait qu’il le sent. La mer reste très manoeuvrable. Le dernier quart du parcours est un peu tendu. 23 noeuds, j’hésite à réduire, on a encore besoin d’avancer. 24, 25, mais davantage en ressenti…

Irrationnel, peut-être… ? Je n’en sais rien. L’anémomètre reste stable. Mais je prends un deuxième ris. Il est 17h30. Le renforcement est prévu à 20h… Quelque chose me dit qu’on n’en est pas loin. A 19h c’est du 30 qu’on a, au sud-est d’Evstrathios. Pas question de remonter au moteur face à la mer. Pourvu qu’il y ait de la place dans l’anse… Jumelles…

Elle est vide!  Quel bonheur! On ne peut comparer cette joie  qu’à celle qu’on éprouve quand un ami vous tend la main, qu’un amour vous ouvre les bras… Cette toute petite baie vaut son pesant de statues grecques! Je m’arrange pour laisser une place disponible, sait-on jamais…

L’ancre et le soleil plongent dans la mer. Et la faim me tombe dessus.

 

– Efstratios :

Ce mouillage est parfait. Bonne protection du vent qui souffle fort maintenant. Pas de houle; pas de réseau non plus; ni météo. L’idéal aurait été de réaliser quelques captures d’écran avant d’ancrer. Je dois me fier à mes souvenirs. Au matin nous remontons vers le port en longeant la côte ouest. Une atmosphère trop  connue nous y a précédés. L’air est sepia sans Photoshop.

(voyage en Terre du Milieu … la porte du Mordor…)

Tout est calme et désert à Efstratios-port: je m’attache par erreur au quai des ferries, mais je ne reste que le temps de manger à la taverna. de Maria, qui n’est pas là.  Il y a bien eu un feu la veille.  La ‘ville’ n’a pas changé mais il y a davantage de tavernes ouvertes,; des parasols sur une plage dont je ne me souviens plus; des touristes, grecs pour l’essentiel. Et nous repartons pour Lemnos pour gagner vers le nord tant que le vent est faible. Moteur…

 

– Lemnos :

Je visais Moudros, Mais il est tard quand nous arrivons à Parthenomitos à l’entrée du grand golfe. Le coucher de soleil y est grandiose.

   

Sur les photos il manque les chants des oiseaux, la douceur de l’air, quelques cris d’enfants, et cette impression intraduisible que l’air s’élève, s’élargit, et que tout est soudain parfait, des premières étoiles aux feux de mouillage qui s’invitent chez elles.

– Moudros :

Un port languissant dans un paysage horizontal, où le temps s’arrête mais assez peu les voiliers, un couple de pêcheurs venu installer deux sièges devant le soleil couchant à 6 mètres du cockpit… mais ils ne bavardent pas, et j’ai eu ma foi mon comptant de couchers de soleil cette dernière semaine!