
(pêche..)
– Arrivée sur Samothrace :
On “n’arrive” pas à Samothrace. On suit ceux.celles qui nous ont précédés. On a lu ce qu’ils ont écrit. On est sous influence.
La première impression est davantage celle d’une montagne que d’une île. Une montagne où l’on peine à distinguer des voies d’accès; un piémont un peu plus large au nord-ouest; une grande digue avec un port au long quai brut, largement occupé par les pêcheurs; quelques places libres…
Le temps est calme, mais je ‘bricole’ un peu à l’accostage car les bollards sont très espacés ou absents (bollards: sortes de grosses bites d’amarrage dissymétriques plutôt destinées aux bateaux lourds, de pêche ou de transport).
Il n’y a qu’un voilier à quai, un bateau tchèque dont l’équipage assis dans le cockpit ne se précipite pas pour venir m’enlever les amarres des mains. Les traditions se perdent. Un peu plus tard je prête la main à un voilier de location avec pas mal de monde à bord: la fille à l’avant tient une défense et une aussière que je lui prends pour la tourner au bollard et la lui repasser en double; elle me remercie du bout des lèvres, tandis que le skipper me semble vaguement agacé. ? .
Ces nouveaux plaisanciers d’Europe de l’Est seraient-ils moins latins que nos voisins d’outre-manche?
– la Chora :
Allez, louons un scooter et roulons un peu. Le tarif est le double de celui de la plupart des îles. Le scoot a quelques heures de vol. Je tombe en panne de batterie en voulant quitter la Chora. Celle-ci est très belle. Il y a beaucoup de monde. Le ‘kastro’ est assez dégradé, le point de vue plaisant.

(sous la grille à droite une grande citerne de 3 mètres et demi de hauteur)
Le loueur arrive avec son mécanicien sur un Piaggio qu’il me laisse (Piaggio qui semble être l’ancêtre du précédent), et je pars faire le côté nord. Plages de galets interminables, eaux peu profondes, mer étale… jusqu’à un paysage peu courant de platanes qui de loin ressemblent à nos chênes, et qui descendent presque jusqu’à la mer. C’est magnifique.

Plus loin, Therma, petit port tranquille sans doute hors saison; en été le village est envahi des mêmes ‘babos’ que chez moi dans l’Aude, dread-locks, tatoos piercing et bijoux moches: créatures de l’été attirés par les sources, les arbres et les cascades, certains par les chemins de randonnée; plutôt grecs, plutôt jeunes.. Tout le long de la côte une quantité de tentes-clic-clac sous les arbres, campings plus ou moins gérés où je ne laisserais pas mes gosses sans frémir…


(Là, ça a brûlé jusqu’à la mer)
Quant aux cascades et autres gorges de Fotia au milieu de toute cette turista, non merci … Je fais demi-tour pour aller visiter le sanctuaire des Grands Dieux, mais ça ferme à 15h30, et le scooter s’asphyxie, on verra ça demain.


– les Grands Dieux :
‘Est-ce que tu as aimé Samothrace?’… Samothrace est une île qui ne se livre pas. Les habitants sans être hostiles sont austères. Cette terre fut une terre de mystères, de rites initiatiques, comme Eleusis. La jeune gardienne du site archéologique (je commence par le site pour être tranquille, j’irai au musée après), s’appelle Despoina (Déspina). Despoina était fille de Déméter et de Poséidon (et soeur de Perséphone engendrée par Zeus). Déesse de l’hiver, du gel, et des cultes arcadiens … L’identité de ces Grands Dieux est contreversée: Cabires pour les uns, Dioscures pour d’autres… la chose est incertaine.
Le site est vaste et beau. Les pierres au sol sont innombrables. Quelques colonnes de marbre blanc aident un peu l’imagination du visiteur. Une copie de la Victoire de Samothrace découverte sur le site par Champoiseau également.


– le musée :
Admirable; comme tous les musées grecs. On pourrait y passer des heures. L’original de la Victoire, NIKE (Nikè, et non pas Naïke.. ) est bien sûr au Louvre.

La copie est moyenne. Vous allez dire que je pinaille, mais outre que le ventre de celle du Louvre est beaucoup plus joli, l’original vieux de 2500 ans n’a PAS besoin de deux étais entre les ailes pour les soutenir, seul petit bémol, avec le fait qu’on a du mal à la prendre en photo sans avoir les voitures en-dessous sur le cliché.


– retour au port :
Pourquoi on aime les statues, la couleur de la paille, les vastes étendues, la mer dans tous ses états? Pourquoi on préfère le whisky au gin, les blondes aux brunes, les araignées aux mouches? La sagesse nous viendrait avec l’âge? … allons! Nous avons moins de force, c’est tout! La folie est dans la sagesse, mais l’inverse est aussi vrai …

Ce soir le port est plein, je ne cherche plus à comprendre; ça souffle un peu du sud. Trois bateaux arrivent, deux voiliers anglais et un couple de canadiens. Je vois les anglais hésiter puis partir. Robert m’aperçoit et demande s’il peut venir à couple. C’est naturel pour eux c’est naturel pour moi. Le temps de jongler avec les lignes et les défenses, et nous sommes voisins. Puis arrive un skipper turc avec un joli voilier en bois en panne moteur que nous casons en bout de quai.

(Northern Star, à Robert et Debbie , à couple avec Ponyo)
Le lendemain matin une place se libère à côté. Plus pratique pour eux de circuler sans souci de déranger. Et fin provisoire de blog! Je vais enfin pouvoir mettre le nez dehors!
A la taverna je demande à la serveuse: “quelle est cette chanson qui passe, qu’on entend partout?” :
"το γλέντι" (la fête) me répond-t-elle. Je vous mets le lien Youtube plus bas; (*) la chanson n'est pas de Ioulia Karapatàki mais de Nikos Ikonomides et Kiriaki Spanou; elle a été reprise par quantité d'artistes; j'ai un faible pour cette version-ci: https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=3e-3ibIUB6E Pour en savoir plus sur Ioulia qui chante d'autres belles chansons: https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=te4zzdenpAY Et puis tant que j'y suis, voici la 'madeleine de Proust' de Jacques Lacarrière: 'Ase me Ase'... j'adore! https://www.youtube.com/watch?v=td1pzXE21y0 (*) à copier-coller dans la barre de votre navigateur