Le réveil sonne. Je remonte un bout de filet avec mon ancre; je l’enlève avec la gaffe que … j’oublie sur le pont.
Le lever de soleil est divin. Apollon dans toute sa gloire. Le vent est faible et nous descendons l’Est d’AKTI sur plus de la moitié voile et moteur, avant que ne s’établisse une brise de sud-ouest. Il y a 60 milles. Dix heures à 6 noeuds. Pas question de tomber en dessous de 5. Mais la suite sera idéale.
Je m’attendais … je m’attendais à quoi?… à voir une dizaine de baraques vétustes d’assez loin, un monastère ou deux comme celui d’Amorgos, et des kilomètres d’ennui! J’ai passé 14 heures sur l’eau bouche bée. Impressionné. Scotché! C’est sans doute ce que j’ai vu de plus incroyable de ma vie. De plus fou. La remontée à 7 noeuds voiles en ciseaux au vent arrière par jusqu’à 19 noeuds de vent réel ne l’était pas moins.
J’ai passé un temps considérable à photographier ce qui suit avec mon vieux Sony, un bridge zoomant à x15 en mode sport pour la ‘netteté’. L’Iphone est dépassé. Les photos ne sont qu’un pâle reflet de ce que j’ai vu tout en surveillant la voilure de PONYO comme lait sur le feu. Et il m’a fallu plusieurs jours pour faire un tri frustrant parmi des photos moches, ou floues, ternes et sans relief. Intense, de bout en bout.
– l’Est :

La montagne sacrée est occupée dans sa moitié sud par toutes sortes de constructions dont une huitaine de grands monastères sur chaque côte, du 1er qui est celui de Vatopedi jusqu’ la Grande Lavra au sud-est, puis jusqu’au Moni Constanomitou en remontant sur Ouranoupoli, la ville du ciel. Ceux qui veulent en savoir plus se renseigneront pour mettre un nom sous chaque photo. J’y renonce.



– le sud :
Là où la côte Est était très boisée, avec des des monastères moyen-âgeux difficile à photographier à moins d’être mieux équipé et dispensé de navigation, à partir de la grande LAVRA l’habitat se diversifie, ermitages, villages côtiers ou d’altitude, et l’on rentre dans une autre dimension: celle d’un Athos minéral, vertigineux, et complètement incompréhensible. Un monde sans véhicules ni routes, avec de loin en loin quelques panneaux solaires, un monde sans femmes qui ne peut que laisser rêveur quiconque a fait son service militaire ou une école non mixte.

(avec la tablette j’arrive à grossir des détails qui restent indiscernables sur l’écran du PC)





Ah j’aurais tant aimé pouvoir zoomer davantage … faire percevoir un peu de ce qu’on éprouve à se dévisser la tête devant ce paysage vertical aux habitats distants, et parfois minuscules, alors même que PONYO commence à accélérer furieusement en négociant la face ouest!
– l’ouest :
Je suis quasiment seul sur l’eau depuis Tassos. En tournant la pointe sud-ouest j’aperçois un cargo dans mon dos sur une mer hâchée. Un peu plus loin je passerai le génois sur bâbord pour ne pas trop serrer la côte. Là l’anémo indique 16 noeuds. Je l’ai vu à 19. Mais c’est le paysage terrestre qui me fascine.


Plus nord ça se calme, avec une succession de monastères immenses, un mélange d’ancien et de moderne, face au soleil. Panneaux solaires et sources captées, terrasses d’oliviers, parfois un embarcadère visible.


En comparaison la tour d’Ouranoupoli paraît bien modeste en slalomant entre les cailloux pour arriver sous génois seul jusqu’au mouillage paisible, au nord d’Ammouliani.

Repérer une plaque de sable, descendre l’ancre, allumer les feux de mouillage, ranger le bateau, écouter les messages et y répondre, manger un morceau… Quelle journée!!