‘Encore une fois la vie va plus vite que ton blog!’…
C’est vrai. J’ai eu du mal à digérer Athos. Retomber au milieu des baigneurs d’Ouranoupoli, d’Ammoudiani, de Diasporos?…
– Ouranoupoli :
une ambiance à part. Beaucoup de nonnes, de popes dans les rues; une kyrielle de boutiques où l’on trouve en vente-libre calices, ciboires, ostensoirs, chasubles de messe ou d’apparat, bijoux, bague à baiser, icônes, crucifix … tous articles qui ne courent pas les rues dans la péninsule d’Akti… Normal: il n’y a en a pas.
Des hôtels, nombreux et d’un certain standing, des voitures du même tonneau, des articles de prix. Des pensions, pour les voyageurs, les visites de proches, les touristes encore bien présents en septembre …

Le diable est dans les détails: trois nonnes habillées en Bene Gesserit, qui rajeunissent de cent ans quand elles se montrent des bijoux dans une vitrine, un pope qui passe d’un pas pressé en balançant sa malette noire à poignée rouge, un monsignore important à l’arrière d’un taxi XL … je bade… et pendant ce temps la marée monte et submerge le quai contre lequel j’avais laissé l’annexe… la voici dessus à présent; le quai est devenu une vraie savonette!


– Ammoudiani :
un petit tour au port d’Ammoudiani avec PONYO pour remplir mes jerrycans de 50l de gasoil depuis la pompe proche. Sur le continent à Ouranoupoli il n’y a pas de station. Un vieux grec gentil m’aide à m’amarrer, joue un peu son bouzouki, et me laisse sa place en bout de quai en partant. Je me promène une heure mais c’est tout petit et très très endormi. Le soir une flottille de 5 voiliers suffit à remplir le port.
A la tombée de la nuit la ville secoue sa torpeur et s’illumine, s’anime, devient méconnaissable … Mais ce monde n’est décidément pas le mien.
Ammouliani est belle et me déprime. Voir des chateaux-forts-toboggans dans la crique divine de DRENIA, avec en toile fond le mont Athos, grouillante de monde me donne des pensées assassines. Même pour une photo je n’y suis pas entré. Je n’ai que ces deux là de loin …

– Diasporos :
Diasporos c’est en face, sur le côté Est du 2ème “doigt” de la Chalcidique. Il faut donc traverser le Kolpos (golfe) Agiou Orous.
On s’en va tôt le lendemain, comme Lucky Luke et Jolly Jumper, laissant dans le sillage parasols, familles et ‘beautés locales’, et nous mettons le cap sur ces îles de rêve où la journée au mouillage se divise en 3 étapes: jusqu’à 9h avant l’arrivée des bateaux sans permis, puis pendant le grand n’importe quoi, et enfin à partir de 18-19h après leur départ … Vous pensez que j’exagère?…

(jai importé ces photos, déposées sur Navily par ‘Pascal’ et ‘Lizette’, que je ne connais pas, mais qui se passent de commentaire. )
Heureusement j’ai prévu d’arriver dans une anse située plus au nord-ouest, entre l’île et le continent, et surtout vers 19h , après une navigation avec un peu de très bon vent puis beaucoup de moteur. Le soir il ne reste qu’un ou deux bateaux locaux; les gens se baignent avant que le soleil ne disparaisse, juste devant une île cernée de petits murets où se devine une maison. Je les imite et … c’est si bon!

Le lendemain on descend la côte ouest de Diasporos, face au continent, très vert, eau pas turquoise du tout, mais d’un calme d’Orénoque, fermes à poissons, petit port avec chantier, traces d’incendies … Il faut faire un effort pour imaginer qu’en face ce n’est pas une île.

En débouchant au sud du passage, un yacht est au mouillage entre les cailloux, mouillage de beau tempas faut-il préciser… Les premiers hors-bords traversent à fond depuis le continent, grisés par leur vitesse sur l’eau calme; puis les premiers bateaux sans permis, cette plaie, peut-être un ou deux jet-skis… Nous serons loin. Leur bruit est ridicule.
Comme à Delphes, comme à Epidaure, à Egine, les Dieux existent encore ça et là loin des hommes. Les bêtes le savent, les poètes, les indiens, parfois les enfants, les vieilles personnes.
Puis l’izard, le bouquetin, le chamois, le chevreuil, puis le grand tétras, le loup, le cerf, la loutre, la chouette et puis la martre, les nymphes, et tous les immortels s’en vont pour se cacher. Car l’homme sent mauvais.
Mais ils ont fait leur plein de matin, de beauté et de célébration.