
– Karystos :
“On n’oublie rien de rien on n’oublie rien du tout,. On n’oublie rien de rien, on s’habitue, c’est tout..” (J. Brel). De cette étape je ne gardais en mémoire qu’une atmosphère générale et le souvenir de quelques gens rencontrés: un jeune grec d’Alexandroupolis, un équipage allemand … Une fois n’est pas coutume j’appelle le port sur la VHF canal 12.. mais personne pour prendre nos amarres ou nous indiquer une place. Heureusement la place ne manque pas, et nous nous mettons ‘alongside’ à l’entrée.
En circulant à nouveau dans ces rues à angle droit je reconnais des lieux… ‘allons donc … c’était ici? ..’Il me semble que cela se passait il y dix ans..

A la tombée de la nuit nous devons bouger de deux mètres pour faciliter l’arrivée d’un pêcheur. Le lendemain nous partons pour Kéa.
– Kéa :
La traversée est sans souci: génois, spi-asymétrique, moteur… Le vent se cherche. Nous prenons une bouée dans l’anse-port de Vourkari; c’est tout de même plus facile à plusieurs! Baignade; l’eau est à encore à 22-23, le calme quasi total, la Grèce sans personne, les gens adorables,


Mais la vraie bonne surprise viendra de notre ‘promenade’ – 6 bonnes heures – à la Chora de Loulis le lendemain. Paysages proches de ceux de Kithnos, en plus secs car nous sommes plus tard en saison, murs de clôture de même facture, sentiers pavés magnifiques, chênes aux glands typiques, et sentiment de liberté totale. La beauté étire le temps. Il n’y a que nous et nous allons où nous voulons. A quoi bon penser?..

La Chora est splendide, et le Lion de Kéa, datant de 600 ans avant notre ère, paresse au soleil dans un ciel criblé de frelons (d’Europe, remarque l’ami Pierre-Jean, apiculteur et randonneur pyrénéen de son état!)

(Chora, place, et art de vivre… )
(Bowie …
cat! …)


Le bonheur de partager tout ça avec les deux cousins ne nous quitte pas même après l’heure de l’ouzo et le coucher du soleil… Jérôme trouve encore l’énergie de se baigner. Demain il pleut. Nous avons rendez-vous avec Poséidon. Mais demain est un autre jour.
– Poséidon :

Il fait gris; la lumière est belle. Le mouillage déborde de monde, le temple est désert; pendant une petite demi-heure… Poséidon est là, et aussi Athéna, un peu plus bas, grace à l’esprit d’observation de Pierre-Jean. J’étais passé à côté du sanctuaire la fois dernière …

Qu’on me laisse les dieux; qu’on me laisse des dieux assez longtemps pour oublier ce que nous faisons du monde. La moindre fleur ouvre un univers parallèle, la moindre pierre réssucite les morts, le moindre souffle, entre les colonnes du temple, parle le langage de l’éternité. Tout Rimbaud dans une grenade …
Avant la fin de la matinée la baie s’est vidée de ses Bandar-Logs. Nous prenons un café dans le Resort devant lequel nous avons laissé l’annexe. Le petit déjeuner est réservé aux clients de l’hôtel. Les serveuses nous apportent quelques viennoiseries par pure gentillesse. Ô Grèce, tes filles sont toujours filles d’Athéna, Tes architectes ont extrait la beauté du monde; s’ils l’ont mesurée ce n’était certes pas pour la garder pour eux ni pour la rationner. La Grèce donne. Elle n’est pas ‘intéressée’.
Demain nous dormirons sous le temple d’Aphaia, à Agia Marina, si la houle d’Est nous laisse fermer l’oeil.