AMORGOS- MINOA

Tous les montagnards le savent c’est fou ce que les pieds avancent vite! On regarde l’église d’en bas elle paraît bien haut dans le ciel; on pense à autre chose en marchant, on la retrouve loin en contre-bas … comment a-t-on pu se retrouver aussi haut aussi vite?

MINOA est juste au-dessus de Katapola, où se trouve PONYO. C’est une cité qui serait minoenne, datant d’environ -1000 à -300 ans avant notre ère. Quelques murs cyclopéens tournés vers la terre, peut-être pour ne pas être visibles du large, la statue du tiers inférieur d’un personnage dont on se demande d’où il vient et ce qu’il fait là, pas d’explications, le décor semble avoir été en partie reconstruit à une époque où il y avait le budget pour …  Le site est beau, un peu à l’abandon,  la vue dégagée, et je n’y ai vu personne pendant les deux heures  où j’y ai déambulé parmi les vieilles pierres!

   

     

La lumière est moyenne; encore une fois le smart-phone est pratique mais vite limité quand le contraste naturel manque … Heureusement que je ne compte pas dessus pour vendre des chaussettes ou des voyages en groupe!

                    

Retour au bateau! Mes soucis mécaniques paraissent résolus après la viste de Stamatis ce matin, La police me demande mon prochain port, la procédure … Qu’est-ce que j’en sais? Demain je louerai un véhicule  pour aller visiter le monastère d’Hozoviotissa, l’édifice  emblématique de l’île, et la route remarquable qui y conduit depuis Hora (on la devine en haut à droite sur la toute 1ère photo). Après? … Le vent d’ouest me pousse vers le Dodécanèse, on dirait …

Boudi ce curé me casse les oreilles!  je ne sais si le phénomène est circonstanciel, mais ça fait trois jours que la sono de l’église retransmet à 360° ses offices interminables à la façon des mosquées turques! une mode? une concurrence? Il semble que le monde de la foi ait aujourd’hui un  petit contentieux avec le silence. Certes les oiseaux chantent aussi ..

… mais c’est chacun son tour!

   

 

 

 

 

DIRECTION: AMORGOS !

Deux fois empêchés par les Dieux de nous rendre à Amorgos en fin de saison dernière, c’est devenu une destination prioritaire. Nous mouillerons dans le sud de RENEIA, où nous trouverons de l’eau dans le bas des collines et un mouillage sauvage dans une crique bleue charmante;

            (nids de pies grecques dans un mûrier)

car  DELOS, est fermée le dimanche de Pâques … et les abords sont bien gardés…

…puis nous irons à DONOUSSA pour couper l’étape en deux, vent idéal travers 12 knts, navigation heureuse  …

 

 

… et enfin nous partirons le matin suivant à 7 heures, prêts à rejoindre les amis suisses Chantal et Markus à Amorgos : bateau rangé, préparé pour un mouillage impeccable cul-à-quai avant midi; 3 heures de moteur, vent absent. Il ne peut rien nous arriver: le Perkins vient d’être révisé, on est au portant, je suis attendu …

Mais à mi-parcours environ le moteur s’emballe tout seul sans raison. Je réduis les gaz, 3 noeuds.. j’accélère à nouveau, pareil! J’ouvre le capot moteur intérieur, tripote le câble d’accélération, arrive à  gagner 1 noeud, mais comme je n’ai pas envie de faire attendre j’essaye de raccourcir le bout qui maintient la manette des gaz en position pour taquiner les 5 noeuds … Et là patatras! : le moteur s’emballe à fond, refuse de baisser en régime, et je suis obligé de le priver d’air au fitre à air en catastrophe pour l’arrêter, bouillant, alarme de température d’huile déclenchée. Merci au mécanicien de Mytilène qui m’avait montré le truc!

Coup de fil aux amis suisses pour les prévenir que je gonfle l’annexe  et la mets à l’eau avec son moteur pour pousser le bateau, quelques tâtonnements mais pas trop, et Ponyo file son noeud et demi, bientôt aidé par un peu de vent dans le génois. Nous ne sommes qu’à trois milles nautiques.

‘Unfortunatly’ les coast-gards signalent l’arrivée imminente d’un très grand ferry qui va ‘bloquer toute la baie’. Je dois être arrivé avant une demi-heure ou rester dehors dans une anse  assez loin au nord-ouest … mais où est donc cette p. d’anse?? .. ça y est je la vois! Il va falloir mouiller dans un endroit étroit et profond, sans pouvoir se reprendre, tandis qu’un vent de terre qui se lève m’oblige à être moitié dans l’annexe, moitié dans le cockpit du bateau, le pilote ne parvenant pas à conserver le cap.

 

Mais ça fonctionne. L’ancre descend dans 8 mètres et tient. Un quart d’heure après un bateau de pêche envoyé par les coast-guards est là pour me remorquer. Je demande le prix. 50 euros, ça va. Seul j’aurais attendu le lendemain après le départ du ferry pour ramener mon boat. Mais bon le vent peut changer, et le hors-board ne fait que 2,5 CV…

  (Nikitas, fils de Yannis; je lui ai demandé de sourire pour les jeunes filles de France!)

Une demi-heure après je suis à quai. La police est compréhensive mais depuis Tinos je me méfie. Ils ne me prennent pas mes papiers … pour la raison que “le mode de propulsion principal sur un voilier n’est pas le moteur mais la voile”… il faudra quand même qu’un mécanicien local certifie que l’avarie ‘is fixed’ (réparée).

Alors on fera du tourisme plus tard. Markus qui a été mécanicien penche pour un problème de contrainte dans le trajet du câble d’embrayage, ce qui expliquerait que le moteur s’emballe “à vide” sans être ralenti par l’hélice… à suivre! Demain c’est la St Georges, personne ne travaille.

Un charmant couple d’anglais rencontré à Donoussa m’informe qu’un mécanicien se trouve en ce moment à bord du voilier de leurs voisins; c’est bon, il viendra voir Ponyo demain, merci Sally! .. et quel beau bateau que leur Grand Soleil!

 

(toutes premières photos d’Amorgos sous un ciel assez sombre)

Je vais enfin pouvoir profiter des amis suisses, le temps file si vite, surtout pour les non-européens qui ont une durée de séjour limitée. Combien d’années pourrons-nous encore vivre  cette vie de liberté qui n’existe plus que là en Méditerranée; ports saturés de gens qui ne voyagent jamais, loueurs, ou marinas qui n’ont aucune scrupule  à facturer 200 euros par nuit ou plus à des yachts de 12 mètres: Italie, Croatie, Turquie, France, Espagne …  ne parlons pas de ce qui fâche.

De nos jours pour être heureux il faut être sourd, aveugle, et muet comme les trois petits singes de la sagesse!

Et ne pas trop avoir la bougeotte! La liberté de se déplacer est menacée depuis que le premier paysan a mis une clôture autour de sa pâture ou de son champ d’avoine. Les sédentaires en ont à présent après le nomades des mers.

RINEIA : UN CADEAU EN PASSANT

 

C’est un mouillage double qui ressemble à la ‘place to be’ de Kythnos. Une baie ouverte au sud, une au nord, séparées par une bande de sable. Le vent ayant viré au nord, on vise la baie ouverte au sud, je vois que vous suivez! Il y en a même une seconde au cas où.

Le cas où … se présente sous la forme d’un troupeau de catamarans de location!! .. alors nous entrons dans la troisième. Il y a une petite jetée, un tracteur, des gens.. Malgré sa petite taille il semble qu’elle soit habitée. Je demande en grec si je peux laisser l’annexe, puis où je peux aller promener. ‘Où tu veux! Il y a des routes!’ ‘d’où tu viens?’ ‘de France’ ‘tu es tout seul dans ton bateau?’ .. ça semble lui en boucher un coin, il est plus paysan que marin, j’ai aperçu des brebis en venant.

Et me voila parti. Il me suit avec le tracteur et me fait signe d’approcher: ‘tu es vraiment venu seul? .. tout seul?’ ..  il parle avec sa fille et un autre monsieur, ça fait débat. Puis on se salue et on reprend nos routes. Le soir doré tombe sur le paysage. J’arrive à faire durer le soleil en escaladant la colline. La vue est splendide. D’où je suis j’entends encore la musique qui vient du plus gros catamaran d’à côté. Il a sorti un jet-ski de sa soute tout à l’heure et m’a fait un bonjour de la main. “Est-ce que ce monde est sérieux?”

D’en haut on voit Mykonos en face, Délos à droite… la lumière est très belle, le paysage aussi, on se croirait en Irlande.

La beauté s’apprend. La laideur aussi d’ailleurs. Mais on n’apprend pas la laideur dans un paysage pareil. Je pense à toutes ces scènes où Monsieur Miyazaki interrompt le cours de son récit pour suivre et nous donner à voir insectes, poissons, le vent dans un arbre ou un champ de céréale. Cette île, … c’est du Miyazaki.

   

MYKONOS

  

MYKONOS…  c’est une fille belle,  intelligente,  charmeuse et qui sait compter..(évidemment que ça existe!). En ce mois d’avril  s’y promener est un vrai bonheur; quoique je la soupçonne de savoir s’en tirer avec grâce même en fin de saison quand  le millième lourdaud lui répète qu’elle a de beaux yeux.

Certes on n’est pas tout seul, mais franchement pour un week-end de Pâques je m’attendais à pire,  même au niveau des ferries ça reste raisonnable, et il n’y a pour le moment qu’un seul clapier flottant garé à l’écart du vieux-port, et très peu de voiliers stationnés en face de la “Petite Venise” où les gens paressent au soleil, comme tout étonnés de se retrouver là.

   

 

Le village et le port sont infiniment photogéniques, ce que mon smart-phone s’obstine à ignorer. Plus grave, à traîner le nez en l’air j’en oublie les cartes postales que je m’étais promis d’envoyer à mes frères, c’était la motivation secrète de cette escale!

Mais je ne reste pas. Je voulais allez à Délos, c’est encore raté: le site ferme le dimanche de Pâques.

Alors pourquoi pas RINEIA, juste à côté, très découpée avec nombre de criques. Un mouillage tranquille à l’écart  de la route  m’irait  bien pour la nuit. Il va falloir faire vite il est déjà 4 heures, et le vent est faiblard.

SYROS … OU ERMOUPOLI?

  

J’aime bien ces photos: la SYROS d’en bas vue d’en haut, la SYROS d’en haut vue d’en bas, … et ça grimpe!

L’île s’appelle SYROS (je vous épargne les jeux de mots faciles), mais on ne retient que sa capitale, Ermoupoli. C’est une ville qui fait penser à Palerme, pour son côté splendide et surané. Mais en plus riche. Ile située au milieu des Cyclades dont elle reste la capitale. Ville industrieuse, grouillante d’activité, ports, chantiers navals, boutiques de la rue de Chios, cafés.. . Riche, elle l’a été à l’époque des bateaux propulsés au charbon. Un déclin relatif par la suite. Elle paraît plus grande que ses 20 ou 25000 habitants.

               

La ville s’étage très en hauteur. Les rues montent tout droit, en escaliers pavés de marbre. Plus haut les carreaux deviennent de l’opus, les contre-marches sont de moindre facture, mais les gens vivent à pieds à toutes les altitudes. Je me demande comment font les vieux, les malades. Sûrement la famille, l’entraide, un service social efficace… je n’en sais rien. Il y a tant à voir. Beaucoup plus que dans une Chora (vieux village) des Sporades où tout semble un peu en représentation. Ici une place avec des orangers; une maison prête à s’effondrer, deux autres en chantier. Les boutiques sont en bas….

       

Petit regret de ne pas avoir visité l’autre point haut de la ville, Ano Syros, catholique … mais je dois rendre la voiture, louée à Finikas sur la côte sud-ouest, de l’autre côté de l’île. Et puis il faut bien en  garder un peu pour ma prochaine vie!

 

KYTHNOS – LOUTRA

       (‘Zeu’ place to be!..)

Nous quittons la baie d’Apokrisi pour nous rendre de l’autre côté le l’île, à Loutra, avec sans doute un ou deux mouillages entre temps; pas pressé de retrouver un port, aussi charmant soit-il, avec ses horaires, ses formalités, sa promiscuité…

La photo ci-dessus doit être plus belle sur internet, prise depuis un drône j’imagine. Je suis donc has been. Il y a cette photogénique bande de sable entre deux anses… mais j’ai dû passer devant plusieurs voiliers pour la prendre. Les gens vont là où il faut aller. Même si je me contente de passer., c’est quand même un bel endroit.

Le vent est presque nul. La crique où nous échouons de l’autre côté (Est) de l’île est toute petite; il y a de la place pour un voilier, guère plus, des maisons de vacances. On entend des enfants jouer dans l’une d’elles. Une plage; En avril c’est un petit paradis.

 

La ville de Loutra est un peu loin à pied mais la promenade en vaut la peine ainsi que l’arrivée d’en haut sur le port.

Des kilomètres de ces murs de pierre incroyables, des fleurs, des bergeries ou plutôt des abris  pour les chèvres, des enclos … Je me demande si cet héritage de centaines d’années de travaux collectifs ou familiaux intéresse beaucoup la

jeunesse locale, smart-phones et trottinettes électriques…

Les murs sont rarement écroulés comme chez nous. Difficile de savoir s’ils appartiennent au passé ou au présent ..

         

LOUTRA :.

L’arrivée sur Loutra est gracieuse, comme le laissait supposer la balade d’hier vers Kythnos-le village.

    

Mais surtout le lieu est connu pour ses eaux thermales (loutra), en bord de plage, où je rencontre un couple d’australiens francophones amoureux de la Grèce, qui ont une maison à Poros et un bateau à moteur au quai du port. C’est un endroit assez cher, bondé en été. Des espagnols me disaient qu’on leur avait demandé 40 euros hier pour la nuit et qu’ils n’avaient pas voulu payer cette somme, importante pour la Grèce… ‘ bon alors ce sera 10 euros’ … Essayez donc d’argumenter en Catalogne!

          (les eaux thermales sur la plage… juste divin!…)

 

KYTHNOS

Le jour où nous partons le vent brille par son absence. Il doit rentrer en soirée. Nous nous arrêtons à mi-chemin entre éoliennes immobiles  et de gros tankers en stand-bye sur la route du Pirée. Premier mouillage. A six heures les éoliennes s’animent et font du bruit. Le vent monte. L’ancre glisse et déclenche l’alarme de mouillage, puis raccroche un peu plus loin. Nuit hachée par les rafales sous le vent à 180° de sa direction réelle. Mais ça va.

      Le matin est froid , clair, et le vent souffle; après tout du vent il en faut!

D’ailleurs j’ai pris un ris hier soir, et la navigation sera parfaite presque jusqu’à la baie d’Apocrisi, à Kythnos, où nous avions déjà dormi une nuit en novembre dernier. Cela ne m’avait pas laissé un souvenir inoubliable,  la météo d’alors était éprouvante.

Les deux premières baies, séparées par une étroite bande de sable, sont très jolies .. et  occupées par un super-yacht et une flottille. Dans la troisième au moment de jeter l’ancre il n’y a qu’un yacht français au mouillage.  Le temps de gonfler l’annexe et je vais visiter.

Ici le plus étonnant ce sont les murs en pierre. Ils ne ressemblent à rien de connu, par moi tout au moins:

   

C’est beau, et le paysage en allant vers le vieux bourg de Kythnos est léger et reposant. Cela tient peut-être à l’occupation harmonieuse de l’espace. C’est très rural. Les maisons semblent autant de fermes…

             

Kythnos. Une île où l’on se sent bien au début du printemps. Des images, peu de texte. La réalité, comme souvent, est encore plus charmante et je n’ai pas réussi à bien rendre l’originalité des murets .

 

J’oubliais… la bande-son de la balade est signée ‘le cochevis huppé’. Super appli que cette “Merlin-Bird”!

UN PETIT TOUR AU MUSEE DU PIREE AVANT DE PARTIR

La tablette est de retour, et surtout  la navigation, mais mes pas me conduisent au musée archéologique.

La grâce, la justesse,  l’expressivité et la liberté de l’art grec me laissent à chaque fois pantois. Evidemment toutes les oeuvres ne se valent pas. Les grands bronzes m’ont laissé de marbre.. 

mais les marbres quelle finesse, quelle modernité, et quelle élégance dans  l’étonnant dessin de cette poterie presque japonaise…

          

J’abrège… je suis déjà à Kythnos!

 

REPRISE

(Egine, la statue de la ‘femme du marin'( ? ) qui tourne le dos à la mer sur la route de Suvalu)

Avion, métro, ferry au départ du Pirée. Le soleil brille, grec et léger, il ne fait pas chaud.

Le chantier Kanonis, Je retrouve Ponyo. Trombes d’eau en soirée. Les 2 semaines que j’ai prévues pour nous préparer ne seront pas de trop: le mot “anticiper” doit être …  d’origine latine plutôt que grecque; les choses finissent par se faire mais on peine à comprendre comment 🙂

          

Puis enfin la mise à l’eau. Le moteur démarre. Direction le quai principal d’Egine.

Demain ce sera Poros, pas très loin dans le sud; puis Kythnos, Serifos, Mykonos…  Amorgos surtout! Et en avant Guingamp…

Pour la suite rien n’est décidé. Nous pouvons continuer vers l’Est, le Dodécanèse, Samos… Les amis de « Vinarios » en partent justement ; nous nous croiserons bien quelquepart  dans une île;  peut-être ferons-nous ensemble un  bout de chemin …

Ou bien descendre en Crète .. Ponyo est prêt et ne demande qu’à jouer. Je n’ai plus aucun flottement dans la colonne de barre, le moteur est révisé; le sondeur  remplacé, et fonctionne (y compris la possibilité d’afficher la vitesse du bateau par rapport à la surface  de l’eau à côté de la vitesse GPS), et tous les pleins sont faits…

Mais  voila que la tablette, qui n’a même pas deux ans,  refuse de charger.  S’il n’est pas central le problème est réel. Sans tablette je suis à la merci du seul téléphone pour lire la météo, préparer les mouillages, recevoir internet .. Et l’affichage est minuscule.

Athènes est à 1h20 de ferry, le choix est vite fait. On perdra le temps qu’on perdra. J’achète  un “Issitirio” (billet) pour le Pirée.

LE PIREE :

Il y a l’embarcadère …

… et  il y  la Le Pirée, le port d’Athènes, et la ville étendue qui s’est développée autour. Autant profiter de l’occasion pour faire connaisance, laisser les pieds réfléchir,  renouer avec le bonheur fragile d’être vivant sans cesse menacé par le doute et l’esprit de sérieux… d’ailleurs arrive-t-il aux grands de ce monde de se perdre?

“Petit Scarabée, au sommet d’une montagne on trouve le bonheur qu’on y apporte” me rappelle l’ami Sandro. Le bonheur… ou aussi bien l’abysse.

Elle ne fait pas le moine.. L’incertitude me gagne en ce début d’avril. Marcher me fait du bien. Les avenues entre les marinas où trônent les grands yachts, les gens dans la rue qui ne gravitent visiblement pas dans les mêmes sphères, des cages à oiseaux sur des façades d’immeubles, et le panorama tout en haut du Pirée me convainquent bien mieux que tout raisonnement qu’aujourd’hui est unique, et que demain est un aujourd’hui qui n’a pas déployé toutes  ses séductions.

   

   

(Qui se douterait devant cette vue vers l’Acropole, qu’elle représente pour moi ce monsieur entre deux âges qui promenait son chien, et m’aida à  trouver l’endroit d’où je pourrais la situer, qu’on y trouve au sommet un bowling, un théâtre couvert, l’ancien a disparu… Ou que sur la suivante les rues sentent les orangers en fleurs dont elles sont bordées.. et parfois aussi les poubelles? ..)

Un blog sert à raconter, à partager?.. bien sûr. Mais un blog aide aussi à ne pas se dissoudre; à jalonner la vue. A être acteur.       

J’aurais pu écrire le même article à Marseille, fondée en 600-AC par des grecs venus de Phocée (actuelle Foça en Turquie, face à l’île de Chios). J’aime bien le Pirée. Ses enfants ont poussé. 

J’y retourne après-demain récupérer, peut-être ma tablette.

EGINE :

  

Le port d’Egine se remplit de bateaux de location déjà, touristes d’Athènes ou d’ailleurs en Europe,  Europe du nord, centrale, Roumanie, Pologne, asiatiques… Au début de ce voyage la découverte, l’émerveillement, la surprise écrasaient tout.

J’appréhende à présent de quitter cet état de grâce. De ne plus voir que ce monde formaté, consumériste et vain qui m’entoure et laisse de moins en moins de place à celui de l’enchantement. Un monde saturé. Un monde vulgaire.

Un monde sans racines.

Alors c’était mieux avant ? Je ne sais pas. Mais il va falloir recharger les batteries, ces .. accumulateurs ! “Allons, c’est ma tablette qui ne charge plus”- …  Vraiment ? …

PONYO me dit que ce n’est pas grave, qu’il est là, lui, qu’il trouve du sens à la vague, à l’écume, au petit mouillage précieux, au chemin de chèvres qu’on aperçoit depuis la mer et qui disparaît derrière la colline.

La seule différence avec un chien c’est qu’il n’aboie pas et que je ne dois pas ramasser ses crottes. Sinon il tire sur sa laisse et se lève tous les jours avec la banane !                     Sacré Ponyo !

(merci à Véronique pour la photo de sa chienne, Utsie!)

DOUCE FRANCE

 

Pourquoi courir le monde quand on a tout sous sa fenêtre?

Quand on peut se retrouver en dix minutes au milieu de ce paysage, sans autre moyen de transport qu’une paire de chaussures, et qu’un bâton de buis?  Brume, lumière et chants d’oiseaux…

 

“Mais il y a la mer”…

On pourrait s’y rendre en avançant tout droit sans rencontrer personne sur des kilomètres, à la vitesse d’un petit voilier au près. Pas celle des Imocas du Vendée-Globe! Celle du “Baluchon” de Yann Quenet, plutôt…

Aussi que répondre à ceux qui demandent pourquoi. Pourquoi le bateau, après tant d’autres choses? Pourquoi tout seul? Combien de temps? Je n’ai pas de réponses. Ou plutôt aucune qui ne me semble  suspecte, collée après coup par besoin de rendre légitime ce qui n’est qu’élan, intuition, instinct… Une fuite en avant, en arrière; un pas de côté? …

“J’ai vraiment l’impression d’être parti hier” ont dit plusieurs skippers interviewés à leur arrivée. En regardant leur visage, leur façon de se tenir sur le pont, en écoutant leurs premiers mots, on comprend ce que c’est d’être pleinement vivant. Pas tant parce qu’ils mènent à 25 noeuds leurs avions de chasse…

… Mais parce  qu’ils ont su dompter en eux  le raisonnable autant que le déraisonnable, assez pour que la mer puisse les remplir comme elle le fait avec les thons ou les oiseaux de mer.  Aucun n’a dit que c’était simple.