– Agia Marina :

A Agia Marina je retrouve le temple d’Aphaia, si cher à mon coeur.
La marina est houleuse, pour ne pas changer. Le temple… ah, le temple… il a encore fallu que les ‘services autorisés’ rajoutent une couche de béton-petits murets en pierre-accès handicapés-grillages de protection et autres horreurs sérieuses ‘pour-votre-sécurité’ !
Le temple qu’on découvrait au détour du chemin dans son décor naturel et sauvage, cadeau des dieux et de l’histoire, est de plus en plus fléché, balisé, enfermé défiguré.par les mêmes décideurs ‘indispensables’ qu’à Vergina. Les personnels avec qui j’ai pu discuter ici et là n’apprécient pas davantage et subissent les choix douteux de cette caste de spécialistes.
Le site reste exceptionnel et l’édifice d’une grâce inaccessible à ces ânes .

C’est pour avoir parlé d’Agistri avec Bernard et Bénédicte d'”Acropora” que nous mettons le cap sur la petite île le lendemain, après une chaleureuse soirée passée avec eux et les cousins à la taverna Kiriakakis
– Agistri :
Jolie baies un peu abîmées par leur exploitation touristique, mais nous mouillons dans une crique sauvage; d’abord avec ligne de rivage, puis après le départ d’un autre bateau, au milieu de la baie pour pouvoir nous dégager en cas de houle ou changement de vent.

Demain peut-être nous baignerons-nous dans une eau rendue turquoise par le soleil, avant de rentrer vers le chantier Kanonis où je laisserai PONYO pour la troisième année consécutive. Puis ce sera le retour vers la France pour nous trois … feux de bois et ciels d’hiver… Cette année je ne suis pas pressé.
On ne naît pas toujours grec. Qui sait, peut-être qu’on le devient … mais devient-on autre chose que ce que l’on est ?
– Egine :
Nous arrivons à midi; le port est plein de bateaux de loc. Un bateau s’en va, il y a deux places libres. Amarrage cul-à-quai presque correct avec les deux compères, et le plaisir de ‘rentrer chez soi’. De nombreux bateaux viennent pour se mettre à quai, nous avons eu de la chance tant le nombre de bateaux entrants semble sans rapport avec la taille du port, ça en est presque ridicule. Le soir on va manger chez Naïm derrière le marché à poissons. Glace à la pistache sur le port. Je suis à la fois heureux d’être là et triste de partir.

Les cousins m’aident à sortir la grand-voile; demain ce sera le tour du génois; puis le “hauling” en cale sèche chez Kanonis… Savourer l’atmosphère de cette ville, impression de sursis, de temps suspendu, de mécanique inexorable; impression de troquer bientôt une vie simple contre une existence contrainte et compliquée.
Puis l’entrée dans la darse étroite, le calage du bateau, son désarmement, les rendez-vous de chantier… Il semble que la ‘gear-box’ soit à changer, les batteries, le selecteur et diverses bricoles… Enfin dernière soirée avec les amis..
Bernard et Bénédicte nous amènent en voiture au ferry que nous prenons ensemble, métro, avion, Paris, Toulouse… C’est bien fini pour cette année… Un beau coucher de soleil sur les vitraux des Jacobins, sur la Garonne … bien peu de chance d’apercevoir un dauphin. Les gens parlent tous français; la ville est saturée d’informations, de codes nouveaux, de choses dont l’utilité m’échappe… ‘Etsi Einai’: c’est ainsi!
A l’année prochaine PONYO!…

– Grèce et grecs :
Difficile de quitter ce pays, ces gens. J’y navigue depuis trois ans, je ne prétends pas connaître les grecs. Je ne peux parler, difficilement, que de ma Grèce, Mettre bout à bout les centaines d’endroits où j’ai été accueilli, où l’on a toujours mis un point d’honneur à me rendre service, me trouver une solution, où l’on m’a toujours foutu une paix royale, donné l’impression d’être ou de revenir chez moi, de me sentir aussi libre que j’étais capable de l’être.
Comment font-ils? Comment font ces gens qui ne sont que dix millions, pour en accueillir près de quarante? Comment font ces gens, quand le salaire moyen tourne autour de mille euros, pour rester eux-mêmes, au contact de tous ces vacanciers nantis, oisifs, différents, bruyants, envahissants, pour rester gentils, disponibles, honnêtes, calmes…. “Enjoy!” vous disent-ils, détendez-vous, profitez bien de vos vacances… Il arrive, rarement, que tel ou telle vous confie brièvement son inquiétude face à l’avenir, sa perte de repères, sa dépendance vis-à-vis de l’étranger, sa fatigue de fin de saison.
Mais quelle admiration devant la résistance de ce peuple au tout-capitalisme, à la colonisation culturelle, au court-termisme généralisé et tout ce que nous apportons avec nous dans nos bagages d’insensé et de superficiel, nous les pressés-insatisfaits-consuméristes et pollueurs! Malades d’une civilistion malade et brutale, individualistes égoïstes et prétentieux. Nous qui venons profiter de leur générosité, de leur philoxenia mal comprise, de leur liberté. Nous qui faisons flamber les prix, les poussons à privatiser l’espace public, et leur rendons sûrement l’éducation de leurs enfants plus difficile.
Merci à vous, à votre langue belle et difficile, à votre élégance sans ostentation. Merci à Athéna, déesse de mes dix ans, déesse de la sagesse, fille de Zeus: qu’elle vous protège, qu’elle vous garde de devenir quelconques, de vous diluer dans la cacophonie ambiante. Elle, et aussi AIDOS ..
.. cette merveilleuse divinité dont mon deuxième bateau portait le nom aux Caraïbes!
(υγεία μας ; [Yamas!]: Santé !)