HALKI, LA JOLIE CARTE POSTALE

Quand je vois la taille des ferries et le monde qui en sort je me dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Halki c’est un tout petit village, pas beaucoup plus grand qu’Alet-les-Bains  chez moi! Il y a une jolie plage, Ftenagia, près de laquelle je mouille avec PONYO, , une autre plus grande, Pontamos, avec une armée de parasols prêts à ‘parasoler’ … et c’est à peu près tout.

   

   

 

   

Alors les gens arrivent de Tilos ou de Rhodes parce qu’il faut bien leur vendre quelque chose et que c’est joli. Les vieilles maisons sont plus pauvres, plus discrètes. Maintenant il y a de l’eau partout dans le village; elle a dû être plus rare dans un passé proche, et la vie plus dure.  Nombre d’habitations sont reconverties  en gîtes d’été proprets dans le goût vénitien qui plaît aux vacanciers.

‘Cest une espèce de petit SIMI, m’a-t-on dit, en moins surfait’… Peut-être … C’est vrai qu’il y a encore des gens qui vivent ici;  tout n’est pas que tourisme. Mais il ne faut pas beaucoup de canelle, de girofle, de coriandre pour rendre un plat incomestible; pour qu’on ait la sensation d’en retrouver le goût partout.

TILOS

Mouillage au nord de Livadia, pas très loin d’un catamaran de 12 mètres que j’ai rattrapé au vent arrière, lui sous foc seul moi avec ma grand-voile. Il hisse sa GV lui aussi et arrive juste avant moi: il n’y a plus de vent; nous finissons au moteur.

Ancrage de nuit un peu rouleur que j’échange le lendemain contre la grande baie de Livadia où je retrouve les amis de “Dune”.

Nous  décidons d’aller dîner ensemble ce soir quelque part…

En attendant je mange un bout à terre et pars balader en plein cagnard sur LA route de l’île!

TILOS est moins aride qu’elle ne le semble depuis le bateau, mais il fait chaud.

   

Par chance quelques centaines de mètres plus loin une camionette chargée de plantes et de jarres s’arrête et me fait signe de monter m’asseoir entre les pots de fleurs, et nous partons. Le problème c’est: nous partons où ?  Car il semble lancé pour traverser toute l’île et je suis à pied; aucun moyen de l’arrêter!…

Je me tiens aux jarres sans pouvoir photographier le paysage magnifique qui défile. Et nous arrivons à Macrochorio.  Tout content Alex m’aide à descendre du pick-up mais comprend que je n’allais pas forcément à la ‘capitale’! Ce n’est pas grave. Je vais déjà monter vister le village, puis je rentrerai à pied; après tout il n’y a que 6 ou 8 kilomètres .

    

Je ne suis pas allé à la ‘grotte des éléphants’ (on y a trouvé des squelettes d’éléphants nains, disparus il y a environ 4000 ans). De toute façon je pense qu’elle était fermée … et je ne rêvais déjà que de jus d’oranges pressées bien frais.

Le lendemain matin Pierre-Yves et Sylvie partent pour HALKI; je pensais aller d’abord à SIMI puis HALKI puis  RHODES mais le vent s’étant établi à l’ouest je ferai comme eux.

 

 

 

NISYROS, MANDRAKI

Je profite d’être au port pour mettre à jour mon petit journal de voyage.

– PALOI :

La nuit précédente je me suis réveillé à 4 heures : un tumb’ tumb’ inhabituel. Il faut dire que j’ai laissé filer toute ma chaîne en arrivant, jusqu’au câblot textile que j’ai tendu mais ça n’a pas suffi. Le vent travers tribord me met le bateau en biais. Les ‘ballons’ de l’arrière touchent le quai. Je parviens à remonter la chaîne jusqu’au guindeau avec  aussières et winch. de façon que le guindeau puisse enrouler la chaîne et la tendre.

Ce matin je finissai juste de reprendre et de simplifier mon système quand un voilier de 15 mètres avec un équipage allemand de 6 personnes est venu se coincer entre la chaîne du voisin et la mienne, cherchant à se dégager à grands coups de propulseur d’étrave en .. accentuant le problème;  le vent porte vers nous, faible mais suffisant. J’ai molli ma chaîne, et ils ont pu partir, avec force remerciements. Bon, qui n’a jamais fait des c.nneries leur jette la première pierre…

 

A peine retendu, voilà qu’un skipper turc lancé à 4 noeuds se paye le mouillage de mon voisin, qui fait fusible mais pas longtemps; il attrappe le mien aussi;  il me faut à nouveau répéter la même manoeuvre, et Stavros vient refaire le mouillage du voisin qu’il réussit à joindrer au téléphone. Eux ont loué un voilier “normal” un 34 pieds, lui irlandais et elle suissesse. Cet après-midi c’est la forteresse à deux coques d’un australien parti visiter le volcan, dont le génois mal attaché commence à prendre le vent, le faisant dévier dangereusement vers Ponyo. Re-Stavros.. qui m’avoue que dès que le vent grimpe au-dessus de 10 noeuds il ne sait plus où donner de la tête.

 

– MANDRAKI :     

Que c’est beau : comment dire il y a tout… mais aussi la “Grèce d’avant”! Même une petite plage protégée du vent où 4 personnes se baignent et où l’eau semble chaude, un monastère en hauteur, des vieilles ruelles, des balades le long du môle, des bistrots des tavernas. Je me sens en vacances!

    

          

      

Un peu avant sur la route un très grand édifice, adossé à un port: des thermes, abandonnés. “Pourquoi c’est fermé?” je demande… “ah! problems, problems! ‘provlimatas’ ” Je pourrais presque mouiller là; mais on ne peut pas tout faire.

A midi je vais manger à la taverna de la mère de Stavros (ou de Nikki, je ne sais plus),  avec mes voisins du 34 pieds Dave et sa femme. Dans le doute je demande à l’aubergiste si elle est la Yaya de Pétrou… grand sourire et un bon moment partagé. Tous les pleins sont faits, gasoil avec un mini-camion-citerne  tout neuf, et eau avec mon jerrycan de 20 litres, en plusieurs fois,  avec le  scooter avant de le rendre… Et demain? Tilos??  ‘Tha Vlépoume’.. nous verrons bien!

GYALI ET NISYROS, LE VOLCAN

– GYALI :

Sans mon overdose de bateaux de pirates, de ‘people’, d’équipages bruyants équipés en série de la même boîte à rire, je ne me serais pas arrêté à GYALI, qui n’est en fait qu’une grosse carrière à ciel ouvert. Un voiler se trouve déjà à l’endroit que j’aurais choisi, sous le rocher dit “du géant qui fait ses besoins”.. hum; il faudra que je reprenne une photo de près à l’occasion, il est très réaliste.  L’endroit n’est pas si laid. La vue est même plutôt belle, ouverte, le bruit des engins de chantier s’arrête à 19h.

La houle est certes probable. Mais pour l’instant quelle paix!

Elle arrive le soir, peu agréable. Le lendemain matin j’enfile ‘shorty’, masque et tuba, et me baigne une heure dans une eau claire à 21 degrés. Petites raies et gros poissons-perroquet brun-roux. A un endroit des chapelets de bulles de gaz montent du fond en s’élargissant vers la surface. Le voilier voisin parti, je me rapproche de la côte où la houle résiduelle de sud ne semble pas moindre, malgré un vent franchement nord-ouest: mystères de l’orographie sous-marine…

     (Gyali depuis Nisyros)

– NISYROS :     (l’île du volcan)

La même famille s’occupe du port de PALOI (Pali), de la location de deux ou quatre roues, des sanitaires, et la mamie, d’un des restaurants du port: Stavros, Nikki, 4 enfants dont Petros, un garçon d’une douzaine d’années qui ‘assure’, tout en anglais,  quand papa et maman ne sont pas au bureau. On est le 5 juin le port est déjà plein d’une trentaine de bateaux.

Bien sûr je leur loue un scooter et c’est parti pour le tour de l’île! laquelle n’est pas qu’un volcan; elle est aussi verte, boisée de chênes, et surtout très belle.

   

(vers Emporios, un sauna permanent quasi naturel à 50 degrés en bordure de route)

– LE VOLCAN :

 

 

On y descend par une route qui va du végétal au minéral, avec, surprise,  un élevage de vaches qui suggère l’existence d’eau quelque part pour les abreuver. L’entrée est payante, 5 euros. En fait on est encore en périphérie de la dépression principale, qu’on n’aperçoit pas encore. La buvette est pleine sous un bouquet d’eucalyptus. Deux ou trois bus attendent. C’est curieux: contrairement à Delphes, à Sounion, au Parthénon, on n’éprouve aucun besoin d’avoir “le volcan pour soi tout seul”. Ce qui sera pourtant  le cas…

En attendant  des fourmis humaines arpentent le cratère du géant. Beaucoup mal préparées à l’effort physique par leur âge ou leur poids vivent la remontée en plein soleil comme une épreuve physique. Les selfies permettent de souffler un peu.

 

A la fin il ne reste plus personne. On profite de paysages qu’on observe rarement

.

(Ils sont partis. 10 minutes plus tôt j’ai eu du mal à trouver une table à la buvette)

 

Le.volcan est un petit jeune de 150 000 ans, pour ses plus vieilles roches, à 15 000 pour les plus récentes.

Les tours-operators existent depuis 100 à 200 ans. Les individus ‘connectés’  depuis à peine un demi-siècle…

Les volcans font du bien. La fragilité relative de la mer inquiète… celle des glaciers… Les volcans nous remettent à notre place d’humains éphémères et prétentieux.

Héphaïstos n’est pas le dieu le mieux doté, il boîte, sa femme, sublime, le trompe. Mais c’est un dieu, sans l’ombre d’un doute. Une seule fumerole…  une seule secousse, et l’on ne verra plus un bus! … Pour votre sécurité!

LA “DAME DE KALYMNOS”

 

Avant de quitter Kalymnos, je fais un détour par le musée: “deux semaines que tu es là et tu n’es pas allé la voir!?”.

        

Même si elle n’a rien de l’Aphrodite de Cnide, cette robuste matrone force le respect par sa présence et le détail de ses drapés. Quelques autres pièces comme le dauphin en bronze, 2500 ans avant l’invention des filets dérivants, ces bijoux, ces coupes en verre qui font penser à Murano en Italie, ou cette scène, peu commune ‘avant JC,’ d’une mère qui allaite son enfant en famille … valent la peine d’être d’être vus.

‘TO MONOPATI’ – 2 : UNE STAR …

   

La pluie a cessé. Chaussures, sac à dos, portable et on y va.. moitié pour reprendre le chemin où je l’ai laissé avant-hier, moitié pour échapper aux équipages des 2 énormes catamarans qui ont remplacé les 2 énormes ‘Dufour’ d’hier (apparemment on est dans une période germanique), Bref six jeunes un peu gras qui s’emmerdent à bord, à qui il ne vient pas l’idée d’aller à terre, et dont le ton grimpe comme bière au soleil.

Très vite il n’y a plus que le plaisir de marcher.  Chaque pas vers le haut allège; tout ce qui pèse reste en bas; .

On ne s’emmène pas soi-même, il faut se perdre pour découvrir.

    

Le chemin rejoint bien la vallée d’à “côté”, avec un col flanqué de petits sommets voisins que je gravis pour trouver de vieilles ruines, cabanes de guet plutôt que cabanes de bergers… quoique: les bergers aussi aimaient contempler la mer!

    

(photo de gauche: là c’est à droite  qu’il faut aller / au centre: poteaux électriques / à droite: le col vu de loin. Mais la mise en page est aléatoire, selon l’appareil)

Aujourd’hui j’ai de la chance: en traquant un bruit d’élytres que je ne parviens pas à situer je retrouve (et photographie)  la gracieuse libellule (ou le papillon) que j’avais perdue lors de ma dernière descente. Je n’en ai jamais vu avant. Sur le net on parle d’ascapapillule (ce nom est une blague!) ou plus sérieusement de némoptère!

   

(vous la voyez photo-1?: ha ha! normal elle n’y est pas! /  et sur la 2?… là elle y est… /  … sur la 3, admirez le camouflage)

   

(légère, aérienne, élégante sur la 4 … /  … et même végétarienne sur la 5! … une STAR!  )

‘TO MONOPATI’

(goutte-à-goutte dans les oliviers et vue sur KOS.)

‘To monopati’ c’est ‘le chemin’.  Au port de Kalymnos on se trouve à l’entrée d’une large vallée, bordée par une falaise au sud avec un monastère, et une au nord avec … un monastère. Le premier on l’atteint par une route un peu difficile à repérer. La vue est ouverte sur la mer, le port, et la ville dont les constructions s’étagent assez haut sur les bords.

 

Le lendemain je pars à la recherche du second mais ne distingue aucune route qui semble y mener. Dans le village une dame m’indique une ruelle, où l’on me dit qu’il n’y a pas de sentier pour y monter depuis ici … “et par là?” ça semble possible par le rocher …. “on peut!”. C’est parti. Ce n’est pas vraiment de l’escalade mais je fais gaffe. Pas envie d’être le touriste en perdition responsable d’une interdiction de plus. Mais l’interdictionnite est une maladie française.

Je passe entre l’immense drapeau grec et une laide croix en béton; un peu plus loin un fléchage sommaire … et la chapelle. En face, loin, l’autre rive où je me promenais hier.

 

Comment ont-ils acheminé les matériaux? Au-dessus la garrigue. On peut marcher mais pas de sentier en vue. L’espace d’un instant j’aperçois une chemise blanche, sur une trace que j’avais prise pour un muret, qui est en fait une belle piste de pierres qui s’en va vers les hauteurs. On est loin de la chapelle. Il est un peu tard pour se perdre. plus haut un couple de marcheurs. Le garçon parle anglais. Ils viennent du port; j’ai rejoint le chemin ‘officiel’ en cours. La jeune fille me vexe  avec son “vous êtes français?”. “Oui je parle comme je peux … mais alors lui aussi?”. “Je ne sais pas”. Ils ne sont pas ensemble.

(… les pierres du chemin se confondent avec les maisons du port)

Il est 18h. On est trois single-zozos sur un chemin grec qui ne va nulle part. La vue et la lumière sont magnifiques. Je continue un peu. On reviendra demain. Sans voiture trouver un endroit où marcher plusieurs jours depuis le bateau est un privilège.

 

 

RENCONTRES …

 

J’aime pas les gens …

“Quand ils sont beaux ils sont idiots, Quand ils sont vieux ils sont affreux, Quand ils sont grands ils sont feignants, Quand ils sont p’tits ils sont méchants” (Boris Vian)

… J’aime pas les gens mais parfois si.

ERIC : (Lakki)

Rencontré au restaurant italien de Gabriela, “Al Fico d’India” (au figuier de Barbarie); il voyage sur son Oceanis-393.  C’est un grand bricoleur; avec son boat on pourrait équiper trois bateaux comme le mien. On  mange ensemble une autre fois à terre,  Et je me retrouve à bord d’ “Animiste”, quel joli nom… où nous passons un bon moment.

Le lendemain il me propose de remplir mes tanks avec son dessal-(linisateur), et ça m’arrange, parce que le ravitaillement en eau oblige à fréquenter les ports, ce qui peut être parfois pesant.  Il ne me manque pas beaucoup, 50 litres, mais je n’ai pas de jauge… la peur de manquer, la nécessité de prévoir…

Puis c’est marrant de transvaser, un prétexte pour faire quelque chose ensemble… ça me change de tous ces bateaux constipés, indifférents ou sans culture marine aucune; de  ces gens qui n’existent pas. Pour exister il faut être soi-même, et pas indifférent à l’autre.

Il y a des rencontres de dix minutes, de 10 secondes, PONYO en provoque quelques unes. Il en est d’autres plus difficiles, parce qu’il leur faudrait plus de temps.

Et puis parfois c’est naturel, loin des postures; il n’y a rien à prouver; personne à changer… Il fut un temps où nous fonctionnions comme ça, perméables aux inconnus: “tu veux  jouer avec moi?”.

ECKART, MARTIN & Co : (Kalymnos)

(Ah ce passage-là est trop long, mes photos sont moches.  Et aucune, bien sûr, de l’incident pour m’aider à le raconter.)

Un gros bateau de location avec un équipage allemand. est à quai à côté de moi…  dans la catégorie de ceux à qui je n’ai plus rien à dire. Comme  des voisins de métro ils seront remplacés par d’autres, les nouveaux ‘clients-hauturiers’ de cette boîte de “sailing” ou  d’une autre, qui s’approprient l’espace public et qui pourrissent la Plaisance.

Et puis le vent s’emmêle. Il est d’Est, 90 degrés bâbord. Il y a un grand bateau de passagers, en travaux d’avant saison, une quarantaine de mètres de long; puis un First 38.5  français; puis les allemands, puis moi. 30 noeuds de vent attendus, davantage dans les rafales. Je vérifie les pare-battages; mes voisins disent que ça va, qu’ils ont rajouté des défenses, et m’apprennent qu’ils ont  mouillé …15 mètres!! autant dire rien.  J’en ai trente, ils ont 10 pieds de plus.

A un moment le vent forcit. Les  vagues se forment devant l’étrave du gros bateau qui nous protège. Sauf que son ancre se met à chasser d’un coup. Une barge en fer de trois mètres  sur deux qui servait aux ouvriers à travailler sur le bordé s’appuie contre l’arrière du First. L’énorme coque est à 45 degrés du quai, menaçant de tout écraser; l’équipage essaie de glisser des défenses entre les deux bateaux. Le mouillage du voilier allemand dérape. Le mien ne pourra pas tout retenir. Le gros bateau démarre enfin ses moteurs, tente de se maintenir perpendiculaire au quai en s’appuyant sur ses amarres, mais ça ne suffit pas, alors ils augmentent le régime,  les remous propulsent la barge mal attachée contre le First comme un bélier.

Avec les voisins allemands on protège le bateau français dont les propriétaires ne sont pas là. Pare-battage, amarres, il faut aller sur la barge, puis sur le yacht tendre des aussières, éviter que la passerelle qui a glissé sous le quai  ne défonce le tableau arrière, faire attention aux pieds, aux doigts, . Le gros bateau fait n’importe quoi. Pourquoi ne quitte-t-il pas le quai? En dehors du pilote m’est avis que les autres sont des ouvriers.

Enfin le gros machin s’éloigne! On finit avec les voisins . Puis on va boire un coup chez eux, du vin rouge avec du citron. Ce sont des gens très gentils. Ils font face sans trop de connaissances, mais sans éluder. Ils re-mouillent proprement avec 40m de chaîne;  bien leur en prend car il y a encore un coup d’Est en début de nuit. Les prévisions météo n’arrêtent pas de changer. Ils s’en vont tôt le lendemain. S’ils étaient à bord de leur propre voilier on se reverrait sans doute un jour quelque part. N’empêche… je les ai jugé un peu vite!

PIERRE-YVES ET SYLVIE :

   

Eux sont suisses et on sympathise. Ils ont une chienne, Skye, et un géranium, Gérard. Un Océanis 42-CC, “Dune”, un joli bateau, un peu comme le Bavaria 42-CC de Chantal et de Markus, mes amis de Vinarius. J’adore les histoires des navigateurs: comme ils se sont retrouvés là. C’est toujours très intéressant, c’est souvent beau. Ils doivent descendre sur Rhodos. Moi je suis bloqué par ma carte. C’est rare de se découvrir des atomes crochus avec un couple, cette entité un peu monstrueuse… Il y a 17 bateaux de location dans le port, 13  de propriétaires,  dont 4 suisses; et parmi eux ‘Cindy’-qui-ne-s’appelle-pas-Cindy, équipière sur le Trimaran de Charly, à droite sur la photo de droite.

Pierre-Yves et Sylvie partent sans doute aujourd’hui;  je leur souhaite des vents cléments. Mais on se reverra c’est sûr, “et si ce n’est pas sûr c’est quand même peut-être” dirait Brel… La vie est étonnante; on est vieux… et on ne l’est pas! ça pourrait devenir un art…

    (La Mora sur la tapisserie de Bayeux…)

OLIVER:

Et puis mon voisin tribord OLIVER, à qui j’apprends que le nom de son ‘Belliure’, “La Mora”, un très beau bateau de 15-16 mètres, provient peut-être de celui du ‘vaisseau ducal’ de Guillaume le Conquérant quand il envahit l’Angleterre en 1066. Je ne le savais pas non plus, mais il m’arrive d’être curieux.

On discute un moment ce soir. Il part demain mais il revient à Kalymnos. On risque donc de se revoir. Il me propose de m’avancer des sous, mais je décline. Tant pis pour les tavernas… Ce n’est pas plus mal de manquer parfois: ça recentre! Mais c’est généreux de sa part.

Ces rencontres sont des vitamines. Certains s’en passent. Je me demande comment ils font. Pour moi elles valent bien une carte mangée par un distributeur au fond d’un ‘golfe pas très clair’. Je repasse encore une fois chez Noufris le loueur de voitures. Le type de la machine à billets n’est pas venu. “A ver si mañana …” “Mipos Avrio”. Demain.. apès-demain …  Quizas (x 3)!

Voilà, Il est tard. Le blog est à jour! Mais c’est bien la dernière fois que je prends autant de retard, car ça rend tout plus compliqué.

KALYMNOS : UNE ILE DIFFERENTE

La ville est entourée de hauteurs qui forment une vallée large vers le nord-ouest. Une deuxième vallée parallèle, sauvage et montagneuse redescend  vers Vathy, au sud-est. Le ‘Béta’, que l’on trouve dans ‘bathyscaphe’ (bathi-profond / scaphos-bateau) se prononce ‘V’ en grec, d’où Vathy.

   

(Le chateau de Chrisocheria; en contrebas une abbaye, ruchers, vergers, poulaillers,et ‘vieux moulins’ en … construction)

En remontant vers le nord on longe une très belle côte ouest à gauche, et une chaîne montagneuse à droite. L’île s’est fait une “spécialité” de ses parcours de randonnée et surtout d’escalade. L’hôtellerie a suivi avec un goût assez… inégal. Boboïsme sportif, bio commercial, et paysages salopés-mais-pas-trop …

La vue sur l’île de TELENDOS reste de toute beauté. Trente ans en arrière ce devait être une perle.

 

  (l’île de Telendos: malgré le temps maussade et mon humeur morose… : difficile de ne pas admirer cette baie splendide)

   

Vers le nord tout devient plus sauvage. Mouillages beaux et austères; départ de sentiers de randonnée nombreux et bien balisés, avec souvent un accès par un escalier taillé dans la pierre. Plus bas la baie de PEZONTA est un petit bijou, et un abri du sud à connaître…

 

Et VATHY; village en bord de route retanché derrière ses murs blancs ; de l’autre côté,  des fermes, des jardins, des vergers d’agrumes …

   

… jusqu’au port, étroit et profond, déjà trop plein à mon goût de touristes, de sailors, et de grimpeurs… En été ce doit être tout à fait infernal, selon le principe que plus les lieux sont petits et charmants, plus ils attirent de monde. Mais pour l’heure ça va. L’eau est juste encore un peu  fraîche.

 

KALYMNOS PAR HASARD

J’ai pris du retard. Pas en navigation, rien ne presse… Mais le blog. Ecrire les articles après coup les transforme en événements digérés, ça leur donne un goût de compote…  on y perd celui de la pomme. Et ça prend plus de temps.

LEROS PAR L’EST :

      

Pas fâché de quitter Plofoutis, de descendre jusqu’à PANTELI, joli port au pied du fort, fermé cette fois encore. Tant pis. Je dors à “Paradisos”, vaste mouillage en face d’un restaurant à côté d’une zone de bouées. Pas envie de port; pas envie de bouées; pas envie qu’on me balise la vie sous prétexte de me la faciliter.

Le lendemain je lève l’ancre avec la légèreté que donne l’indépendance en direction du sud de Léros,

Pas trop de vent; sous génois seul je longe la côte jusqu’à une énorme carrière. A côté un mur de pierres extraites visiblement de là  qui semblent petites vues de loin. Le mur maintient un tas d’ordures de 10m, sans doute plus. L’éternel problème: que faire de nos déchets?

Derrière, ouverte au sud, la baie de XIROKAMPOS, lumineuse et paisible; un pur bonheur après ces nuits inquiètes dans le vent fort: je reconnais certains bateaux aperçus à Lakki. Je me coule dans une indolence d’un autre temps. Un temps au ralenti. Sur la plage l’aubergiste fixe avec du mortier des tuyaux de PVC de 100 pour y installer des parasols en paille, déjà à poste le lendemain matin, aidé d’un couple de ‘guests’ adorables qui motivent un groupe de tout jeunes gamins pour récolter les déchets sur la plage, les amener à la poubelle. Ils leur offrent une glace ou une boisson pour les remercier, les gosses sont aux anges. La paix tient à pas grand chose. Des gens heureux. Des gens bons. Les gens mauvais sont-ils heureux?

     

C’est le genre de lieux, comme Lakki,  où l’on peut vite se dissoudre, prendre ses habitudes, nouer des relations, exister… Sûrement passer d’agréables vacances. Mais on annonce des vents forts, de sud, encore. Et l’on part tôt, moteur et voile, en direction de KOS; Kalymnos de m’attire pas.

Oui mais voilà:  le moteur refait des siennes, mêmes symptômes qu’à Amorgos. Direction ce grand port de Kalymnos à trois noeuds.

Je les ai contactés il y a une heure; deux ou trois marineros m’attendent. Il ne reste que deux places. Le moteur tient, mais me fait encore avancer à deux  noeuds au neutre dans le port alors que l’hélice ne devrait pas tourner;  pratique pour accoster!…  D’autant qu’une demi-douzaine de crétins-de-location me doublent dans les derniers 100 mètres! Pourquoi? : par impatience? par peur que je leur pique deux places? parce qu’il leur sera plus facile de ranger leur gros bateau? par habitude? par bêtise? Ils sont six et je suis tout seul, avec un moteur ‘bipolaire’. Je leur fais un ‘pouce’ (bravo!), avec la main droite et me concentre sur ma manoeuvre. Deux gars prennent la ligne pour 5 euros… Le confort!

Le soir même j’ai la visite de Michalis le mécanicien.

Il ne parle que grec. Il comprend tout. Les accélérations spontanées, les deux noeuds au point mort, la fuite dans la cale quand je lui ouvre le compartiment moteur. Il dévisse le préfiltre et le filtre gasoil ‘changés’ à Egine: ils sont  pleins de ‘fongus’, des micro-organismes qui se développent dans le fuel. Bouchés de chez bouchés! Filtres changés il redémarre le moteur sans même l’avoir désamorcé. Tout fonctionne. “Le moteur va bien ? ” Il fait oui de la tête, “kala!”

80% des moteurs des pêcheurs sont des Perkins des années 70-80. Il me montre comment vérifier la présence d’eau dans le préfiltre (“tous les 5 jours au début”). Puis se lève. “je te dois combien?” “60”. Les bras m’en tombent. J’en toucherai deux mots à mon garagiste en rentrant. “tiens,  70!..  et surtout merci”. Un ennui de moins. Il existe encore des endroits où un marin n’est pas a priori un américain. Le mécanicien pourrait gagner quatre ou cinq fois cette somme sans que le skipper s’en offusque: je suis gros, riche, incompétent, mon temps est précieux et je paye!;  sans oublier d’indiquer en commentaire sur Navily que cette escale a été “fantastic”… que peut-on dire à ces gens-là?

KALYMNOS :

La nature a horreur du vide! Le lendemain je loue une voiture: aujourd’hui mon dos a mon âge … Mais je n’ai pas pris assez d’espèces. Le loueur me dit qu’il y a un distributeur de billets ATM à 10 mètres. STOP!… NE – FAITES – JAMAIS – CA !!

Les billets sont sortis,  mais pas la carte! Je revis le cauchemar de Mytilini!

Allez.. Je ne vais pas vous embêter avec ça. Il est 14h, la voiture est louée pour la journée. Allons visiter Kalymnos… la différente!