VERAKAS ET MONEMVASIA

– VERAKAS:

Vent de sud pour descendre .. au sud! Je fais semblant d’être surpris… Gardons-nous d’offenser les dieux de l’humour.

Pendant un moment j’y crois: 3-4 nds à 35 degrés du vent. Je ‘régate’ même avec un allemand de 8 mètres.. enfin, sa taille sur l’Ais. Une heure passe… 35 degrés, 30, 28… 3 noeuds, 2,8 , 2,4.. Quand il y a la moindre survente, il n’y a pas photo j’avance; dès que le vent faiblit et refuse, c’est lui. Mais j’ai encore 40 milles à parcourir avant Monemvasia, ou au moins Verakas, un mignon petit fjord avec une cité antique… Quand notre vitesse tombe en deçà des 2 noeuds j’allume le moteur. Et il en fait autant.

Verakas est un petit village “dans son jus”, inespéré, sans doute parce que Monemvasia, qui est superbe, je ne discute pas, écrase tout alentour. Que les skippers branchés continuent à éviter longtemps Verakas. Ses habitants n’ont certes jamais envoyé de fusée dans l’espace, les rires y sonnent parfois assez bêtement les filles sont maquillées à l’arrache, un tantinet enveloppées. Mais qu’est-ce que ça fait du bien des gens normaux… Des gens qui ne calculent, qui ne maximisent pas tout.  Elon, lui, envoie des fusées dans le vide… Mais ceci est une autre histoire…

Eau gratuite, c’est rare. Je me lève très tôt pour faire le plein et être prêt à partir pour Monem. Je me méfie. On a beau être hors saison d’autres bateaux s’y mettront à l’abri c’est sûr. Mieux vaut arriver tôt. La promenade matitudinale à la vieille acropole ‘mycénienne’ est magique. A condition de brandir une baguette pour écarter les toiles d’Arachné.

(des fleurs d’oliviers; une belle pierre avec des inscriptions en grec… des tags, une signature d’artisan?)

 

Un temple, une citerne, une pierre gravée … Pourquoi ça me touche, tout ça? Des gens ont vécu là.. “des amis, des parents les attendaient”…(Tintin au Tibet). L’endroit vaudrait à lui seul  le déplacement. Je commence à retrouver la motivation: une belle lumière, un beau lieu, pas trop de monde… Et richtung Monemvasia.

– MONEMVASIA :

Monemvasia n’est qu’à 8 milles. Moteur sur une eau très calme. J’arrive à midi. Je suis censé contacter Matheos, l’homme du lieu. Mais je décide de tenter ma chance seul. Il reste une (seule bonne) place. Certains sont là depuis plusieurs jours. Le petit bateau allemand (épisode précédent) arrive en soirée de je ne sais où. On lui fait une place en bougeant les amarres. Je pars voir la vieille ville. Depuis le temps que j’en rêvais. Il fait chaud. Je ne suis pas déçu. Il y a quelque chose de Cefalu-en-Sicile ici. C’est très beau,  ça réconcilie, ça inspire,  ça aide à repirer; à se sentir vivant et libre. A aimer.

Demain j’y retourne, si le temps n’est pas trop moche. L’église ouvre à 8h30. Le vent lui se lèvera à quatre heures, il n’y aura pas foule. Quartier libre matelot!