EN ROUTE POUR CYTHERE PAR LE CAP MALEAS

– KYMOLOS :

Qu’est-ce que ça fait du bien. Après 3 jours coincé à ALIKY (Paros), l’eau chante de nouveau autour de l’étrave; la vie nomade; la belle vie.

Pour traverser depuis Milos vers le Péloponnèse, c’est assez long: 60 à 65 milles; 120 kms au plus court. 12-13 heures à 5 noeuds, 10 ou 11 à 6 noeuds. Alors on ira, selon les vents, d’abord à Kimolos, sur le chemin, et puis, selon les vents, le plus à l’ouest possible de Milos pour traverser au plus court.

Kymolos est une île qui contraste avec Paros, sa voisine bling-bling. Ici tout semble endormi, excentré, un peu pauvre,  mal-foutu. Aussi infiniment gracieux, charmant, et vrai. La baie de REMAIOS est juste un abri de pêcheur, avec des grottes aménagées comme à KLIMA, sur Milos. Mais personne n’a encore songé à en tirer profit. Pas de B&B, de lounge-Kristina, d’Athena-apartments… mais la baie est divine, l’eau claire, pas de bar ni de taverna. Au port voisin, minimaliste, un seul restau. Même la Chora avec son fort délabré et ses maisons pas riches semble être restée à l’heure vénitienne.

Beaucoup plus étendue qu’on ne l’imagine, avec plusieurs quartiers séparés, on y sent encore une vie agricole omni présente. Les maisons sont petites, avec souvent deux étages guère spacieux, et une petite cour pour prendre le frais, souvent commune à deux maisons. Les gens y vivent toujours. A l’extérieur il y a quelques belles villas. Une seule chose semble vraiment manquer ici: l’Hubris.  Certains y verront une absence d’ambition, d’imagination, de réussite. Moi non.

 

Mais si j’avais vingt ans je préfèrerais sûrement habiter en face, à POLONIA, sur Milos!

 

– POLONIA ET PSATHADIKA, SUR MILOS :

 

– POLONIA, ambiance plage. Promenades en dayboats, restaus; déjà du monde. Le mouillage est encombré, entre une ligne de bouées jaunes et la terre, en dehors de la zone de circulation des ferries. J’y suis déjà venu en scooter. Je ne reste qu’une heure, le temps de jeter l’ancre au milieu des pêcheurs, d’aller à terre acheter deux filtres à huile introuvables ailleurs sur Milos, et de repartir pour faire quelques courses à la ‘capitale’, Enfin gagner la baie la plus au nord-ouest de l’île pour lever l’ancre tôt le matin.

– La baie de PSATHADIKA est ouverte à l’ouest, le vent de sud-ouest, faible, doit passer nord dans la nuit… Très mauvais calcul: une houle infernale à oublier bien vite, on a de la route…

 

 

– TRAVERSEE VERS LE CAP MALEAS: LA CLAQUE! :

Tout avait pourtant bien commencé, malgré la nuit rock’n roll et l’heure précoce. Vent s’établissant graduellement comme prévu, puissant par moments mais pas éprouvant comme dans le sens Ouest-Est. PONYO marche à cinq noeuds puis six,  sept et demi, gage de ne pas arriver trop tard au mouillage. Puis le vent mollit en approchant du cap, 10-12 noeuds, à peine plus, 15 noeuds à environ deux milles… l’idéal. J’avais regardé les instructions nautiques, MALEAS n’est pas un client à prendre à la légère. Eric, d'”Animiste”, me l’avait répété sur le mode “fais gaffe!”, ok je le tournerai d’assez loin ce cap, vers chez moi nous avons le Créus, pas commode non plus, pas question de se faire surprendre par celui-ci, donc. Je conserve le ris, je réduis le génois. ça remue en dessous … normal.

Et puis on rentre dans le “paranormal”. Sous le vent du cap la mer se met à blêmir, le vent à se déchaîner. Des rafales méchantes à 25, 30, 35 noeuds, et qui durent, des tourbillons ravageurs au-dessus de 35 qui avancent en trains furieux pendant près de quatre milles à deux-trois kilomètres de la côte. Les départs au lof se multiplient, notre vitesse frôle les 9 noeuds  la barre est inlâchable; j’arrive à réduire le génois, déborder le chariot de la GV, puis l’écoute en grand car cela ne suffit pas… Sur 7 longs kilomètres c’est une punition que je n’ai jamais connue, même à Amorgos. A perte de vue même au large c’est la même furie qui écrase tout, et il va me falloir me rapprocher de la côte, affaler, mouiller…

Je ne suis pas sûr que le moteur sans la grand voile, même plaquée contre les barres de flèches, m’aurait permis de gagner le mouillage, une petite plage balayée par des rafales à 36 noeuds à moins de cent mètres du bord. Mais il me libère les mains. J’étouffe la voile comme je peux, drisse assurée dans une padeye de ris (conseil de François), libère l’ancre qui plonge, dérape un peu, et s’accroche sur une plaque claire supposée être du sable. Le cauchemar s’arrête.

   

Un peu plus tard il ne reste qu’un cadre magnifique, désolé et grandiose, et la vue sur la mer foncée piquetée de blanc depuis la terrasse de PONYO, S’il était un cheval il brouterait dans le fossé pour oublier ses émotions, bouchonné, sans selle ni laisse!

Il manque bien quelques photos ou vidéos en live. Mais non,  je ne retournerai pas les chercher. C’est terrible ce qu’on est petit face à ça. Il n’y avait que 15 noeuds de vent synoptique. Je n’ose imaginer les mêmes parages par force 7, ou même 6.

Comment aurais-je pu anticiper cet épisode, prendre trois ris d’entrée en arrivant avec 15 noeuds? renoncer au mouillage que j’avais passé du temps à choisir, suffisamment à l’écart du cap? et pour aller où? Des bateaux passaient plus loin, sous génois seul, mais  ne faisaient que traverser. Et nous n’étions pas non plus en danger. On aurait encore pu s’éloigner de dix milles, rejoindre une zone plus calme, trouver autre chose.

C’est bête j’ai pensé à Violette d’Orange et à ses collègues du Vendée Globe, entraînés, préparés, conseillés, certes… Mais quand même: ils sont tous seuls dans leur bateau, face à la mer, en course… Ce n’est pas rien.