Cythère, c’est d’abord le petit village d’Avlemonas, sur la côte Est, où nous arrivons le soir dans un vent d’ouest soutenu, Eric avant moi; non seulement il est meilleur marin, mais en plus je ne suis pas rapide, et j’ai pris du retard, entre bouts sournois et installation laborieuse du spi asy. Il choisit de mouiller face à une grande plage au nord-ouest très protégée. Au matin nous faisons le trajet, moi en annexe lui en drône!
– AVLEMONAS :

Il y a du Paradis perdu dans ce qu’évoque ce nom, Cythère, Kythira en grec. On le ressent dans ce village de pêcheurs ensoleillé, peu étendu, pourtant varié,…
Des touristes encore peu nombreux se baignent dans une petite ‘crique de rêve’ en contrebas. Les places du port sont occupées par des bateaux de pêche.
Un fort carré vénitien scrute la mer, quelques grosses pièces d’artillerie rappellent les livres de Patrick O’Brian (Master & Commander).
C’est un bon endroit pour oublier qu’un autre monde est (im)possible; moins compliqué; plus lent…

L’objectif est toutefois le gros village de Cythère, tout en bas, après il n’y a plus que la Crète. Nous arrivons au près par l’ouest, et jetons l’ancre au pied d’un fort dominant une jolie baie qu’on ne découvre qu’assez tard tant le large écrase les reliefs. L’idée est de louer une voiture, quoique la météo prévoie des rafales à 25. Mais on n’est pas pressé. On verra ça demain, après-demain… Pour l’instant je laisse Eric au mouillage et prépare comme Jack Aubrey l’assaut de ce nid d’aigles.
– KYTHIRA KAPSALI :

– FORT, CHORA, ET ENVIRONS : MERVEILLEUSE CYTHERE! :
Mais je dois renoncer: temps trop incertain, rafales, trop de houle… Renoncer très provisoirement.
Ce matin le vent s’est un peu calmé. Je rejoins la plage en annexe, la hisse sur le sable, trouve une pierre, l’y attache avec un noeud de cabestan et bloque la pierre entre deux rochers. Il n’y a personne.

J’achète une petite bouteille d’eau, et prends la direction de ce fort qui me nargue depuis le début du coup de vent. D’en bas c’est la Kehlsteinhaus! … En fait il ne faut guère plus d’une demi-heure poses-photos comprises pour surplomber PONYO et les autres bateaux. Cela m’étonne à chaque fois.

Les détails sont nombreux, canons, puits reliés à des citernes, clématites(?), casemates, chapelles… tout ne rentre pas dans mon cartable … De plus ma vue est aimantée par cet îlot, au large, le même devant lequel nous avons dû tirer un long bord de près en arrivant ; AVGA, ” l’oeuf “, le rocher d’Aphrodite.
Aphrodite serait née quelque part sur un rivage de Cythère, de l’écume-semence d’Ouranos, après que son dernier fils Kronos l’eut castré et se fut débarrassé de son sexe dans la mer … faites des gosses!

Boticcelli a peint sa “Naissance de Vénus” dans l’esprit de la mosaïque de la “Vénus à la coquille” découverte dans une riche villa de Pompeï (*)
(*) L’éruption du Vésuve date de 79, le début des fouilles de1748, Boticcelli a vécu de 1445 à1510… le mythe devait être connu. La Vénus de Boticcelli s’inspire, pour la pose, de l’Aphrodite de Cnide, de Praxitèle – les Médicis en possédaient une copie – et son modèle est Simonetta Vespucci dont Sandro et son protecteur Julien de Médicis étaient tous deux amoureux… (mais qui n’était pas amoureux de Simonetta à Florence dans ces années-là? ) .. hum… je m’égare.

Il serait injuste pour Cythère de ne pas louer sa grâce. Ile boisée, creusée de gorges profondes donnant envie de les remonter à pied, et bordée de plages superbes aux eaux très claires… Un peu ventée peut-être. Demain nous louerons un véhicule pour en faire le tour.
Cette île respire la beauté. Elle est telle que je la rêvais.