DORMIR AU MOUILLAGE. REFLEXIONS

Il y a tellement plus qualifié que moi pour traiter du sujet que j’hésite à l’aborder: description du mouillage d’hier,

– Un gros vent d’ouest est prévu. Je le sais parce que j’ai surveillé la pression atmosphérique (baromètre) et la météo (Windy, plusieurs modèles de maillages disponibles, plusieurs modes: vent, pluie, rafales, orages…). Le baromètre digital (Vion A4003) est plus réactif que l’analogique à aiguille de la même marque. Le logiciel Windy s’avère fiable à l’usage; ce qui ne signifie pas infaillible. Le consulter une fois par jour n’est pas suffisant.

– Deux questions se posent:

–    allons-nous?.. au  mouillage?.. au port? Quel abri peut-on rejoindre avant l’arrivée du vent? dans quelles conditions de progression sur l’eau? L’ ETA: estimated time of arrival, peut être très différente de celle qu’on a prévue . Y aura-t-il du réseau si le mauvais temps se prolonge (météo)? … Des vivres, de l’eau en quantité suffisante à bord, ou à terre,? pourra-t-on utiliser l’annexe?

Pour ma part je dissèque les avis de Navily, en croisant les infos avec Boating-Navionics pour la configuration des fonds. Certains commentaires de la “communauté” sont ineptes. D’autres utiles. Rares ceux qui précisent les conditions météo de leur escale.

Quand arrivera-t-on? De jour, de nuit, avec ou sans lune? Le fond sera-t-il visible? (obscurité, clapot). Selon la force et la rotation du vent sera-t-il possible d’arriver à l’avance, de choisir son emplacement, de tester son mouillage, le déplacer au besoin, de préparer son bateau … Selon la saison d’autres skippers auront peut-être également anticipé, élu le même refuge, et les places restantes seront rares, médiocres ou  difficiles à prendre.

Même si l’endroit semble protégé, on tiendra compte du régime général: un flux puissant en périphérie de la zone influera sur la houle, y compris, surtout, en cas de vent faible. Nuit dansante assurée.

Si la première qualité d’un abri est le degré de protection qu’il offre, la seconde est la possibilité qu’on aura d’en changer. Le plan-B peut consister à se déplacer de l’autre côté de la baie, de l’île,  s’extraire d’un quai exposé, rejoindre un port … Dans le cas du mouillage d’hier il me fallait à la fois rester proche de la côte sous le vent, en-deça d’une bouée de restriction, et dans une des rares plaques de sable de l’endroit … En cas de dérapage, par 35 noeuds, en pleine nuit?

Que rencontrera mon ancre si elle décroche? du sable? des posidonies (qui risquent de la bourrer et lui interdire de raccrocher)? un autre bateau? des brisants? Aura-t-on la place de manoeuvrer Et si l’on doit sortir de là? … La carte signale des hauteurs de vagues possibles de 6 mètres en cas de force 8-Beaufort! c’est assez peu courant. Et dissuasif, brrr… !

Préparer, mouiller et tester son mouillage: voila comment je fais:

*préparer:

j’allume le moteur, je mets le guindeau sous tension, je sors sa commande manuelle sur le pont,  libère l’ancre à l’avant, la chaîne, en ouvrant le capot. Je teste la commande cockpit du guindeau et descends l’ancre sous le davier. J’effectue un premier tour au moteur un oeil sur le sondeur, un oeil sur la girouette, les jumelles, le télémètre… Puis j’effectue des allers et retours sur le pont à l’avant du bateau pour observer le fond. Une fois choisi l’endroit,  je réduis ma vitesse, mets le moteur au neutre, et boucle un demi-tour face au vent  à un noeud environ; la vitesse doit être à peu près nulle quand l’ancre descend, mais le vent ne doit pas embarquer l’étrave.

*mouiller:

Je descends ma chaîne d’une fois et demi la hauteur d’eau, histoire de tenir l’étrave face au vent le temps que le bateau pivote et puis commence à culer. J’accompagne ce recul en mouillant une hauteur d’eau ou deux de plus et j’attends que la chaîne rappelle et se tende. C’est parfois franc et parfois non. On file le reste de la chaîne prévu. 3 à 6 fois la hauteur d’eau, le plus souvent 20-30 mètres ou davantage, ou tout si le vent est fort (*). Pour mon bateau, 11.30m, 7 tonnes à vide, 8 à 8-1/2 en ordre de marche, c’est une ancre Spade de 20kgs et 50m de chaîne de 10, 2,30 kgs/m  (à refaire j’en embarquerai 70).

(*) Rq: contre intuitif mais logique: en eaux peu profondes il faut mouiller plus long.

En cas d’hésitation je recommence. Tout. Si ça le fait, je recule, moteur à 1000trs, en surveillant la vitesse, qui va augmenter jusqu’à 1 nd, 1 nd1/2 puis redescendre  à zéro. Je zoome sur le traceur du cockpit et je crée un way-point sur le dessin du bateau (nom, position, profondeur), j’éteinds mon moteur, et j’attends. Si tout va bien je relie un maillon de la chaîne à un taquet de l’avant au moyen d’une main de fer montée sur une grosse aussière de 5m, puis je file de la chaîne jusqu’à ce que seule l’aussière soit en tension. Et je vais boire une bière!

Variantes: quand on se gare “cul à quai” en solo on ne peut pas faire comme ça. On repère sa place à quai, on fait demi-tour, on s’éloigne un peu en marche avant, on stoppe, puis on recule droit en marche arrière vers le quai jusqu’à ce que la vitesse permette au safran d’agir; on s’aligne, on réduit sa vitesse. A 50m au télémètre je descends la chaîne en continu jusqu’aux abords du quai, et la retends une fois le bateau attaché par ses aussières arrières. Il m’arrive de procéder de même en mouillage libre quand je veux   gèrer depuis le cockpit, ou qu’à l’avant on n’y voit rien.

*préparer son bateau:

Le vent va être fort; on rentre tout ce qui peut s’envoler ou dépasse. On ferle les pavillons, une rente! On ôte les rames de l’annexe, qu’on attache plus court ou qu’on rentre, mais l’idée de garder à l’arrière une annexe équipée de son moteur peut se défendre.  Proscrire le noeud de cabestan (voir “Skiathos”).

Je fixe bôme, drisses et sangles pour éviter usure et bruits inutilement anxiogènes.  Et fais la chasse à tout ce qui pourrait compliquer une manoeuvre imprévue ou d’urgence: pont ordonné, instruments laissés en veille, batteries des torches mises à charger, mesures de distances au télémètre notées, observation et anticipation du comportement des autres bateaux. Parfois je sors les pare-battage …

Rq: si le moteur est chaud le soir il s’allumera mieux… en pleine nuit.

Souvent je n’installe pas la main de fer de suite pour privilégier la réactivité. Cette fois-ci vu la nature incertaine du sol j’ai préparé une deuxième ancre à l’avant  frappée (fixée) sur la chaîne par une manille de façon qu’il n’y ait plus qu’à la passer par-dessus bord en cas d’ouragan! Hum.. c’est pour jouer: en cas d’ouragan j’irais sans doute chercher mon mouillage de secours, 50m,  pour doubler la longueur de ma chaîne avec un gros émerillon. Voire louer une chambre quelque part!

Bref, c’était plutôt histoire de pratiquer. Une manoeuvre compliquée jamais testée peut être inutile ou nuisible. Mes voisins immédiats, sur leur bateau de location, ont mis à l’eau une deuxième ancre à l’avant (affourché), mais sur une aussière jaune flottante ce qui m’a paru absurde, tout comme la taille réduite de l’ancre . Quand Ils ont dérapé ils ont pourtant eu du mal à la remonter. L’intention était louable. Mais ce qui fait la tenue d’une ancre c’est beaucoup l’angle de traction,  la longueur, le poids de la chaîne,… Une gueuze, une deuxième ancre? …  mais quand il faut tout remonter… Enfin sûrement pas ce .. pin’s.

Alors, quand le vent est monté, que le mouillage tient, que l’on ne voit plus rien, hormis les feux de tête de mât, que l’alarme de mouillage (j’utilise l’application Anchor) est activée sur la tablette en charge – car cela consomme – et après une nième vérification du traceur, des repères à la côte et aux autres bateaux… on peut aller dormir. En priant pour qu’un sauvage arrivé dans la nuit n’emporte pas tout ça avec son quinze mètres!

Le matin une aube pisseuse se lève sur une baie plus calme.  Et me ravit. Mais la nuit suivante sera identique. Malgré la météo!