
Dès qu’on quitte le port on traverse une plaine vivante, active, où l’on peut acheter toute sorte de choses. De là à y flâner…
Lorsqu’on s’élève, la vue intègre une troisième dimension. Elle s’élargit et nous absorbe; elle nous inclue. L’habitat se raréfie. Contrairement à Paros il n’y pousse pas encore des résidences secondaires partout. Et surtout un contact avec la nature environnante s’établit très vite. Ile vaste, boisée, arrosée, fertile, riche, sans ostentation… Plus je monte et plus je me sens bien, serein, centré. Cette île respire l’équilibre.
Je croise bien du monde, en bus, en quad, en voiture, à vélo, ou à pied. Les villages sont jolis, saturés de restaurants et d’attrape-touristes… Pourtant rien ne m’atteint.
On ne se refait pas. Ma première destination sera le Temple de Demeter: au milieu des champs!
Allez! c’est bien ma veine!: le site est fermé le mardi! Deux australiennes en taxi et une jeune irlandaise en vélo sont aussi déçues que moi. Je peine à comprendre tout ce que se disent ces trois ladies, mon bas niveau d’anglais s’essouffle à suivre une conversation un peu soutenue. Manque d’oreille, manque de mots.
Je les laisse pour faire un petit tour, essayer d’apercevoir le temple, et il m’apparait effectivement, à peine en contre-haut, dominant une campagne récemment moissonnée de son orge, avec la mer au loin.

Il émane de ce lieu une paix profonde, émouvante, humaine. Les ruines sont reconstruites comme partout avec des murs de pierres neuves pas très jolis, “ni faits ni à faire”. Il aurait mieux vallu encore ne rien toucher, me dis-je, mais la beauté est ailleurs, et j’ai pu l’approcher. Personne pour… interférer ..
Sur la route je rejoins la cycliste. Les australiennes n’étaient guère liantes. Je m’arrête pour lui dire que j’ai pu voir le temple, en faire le tour… et 1/2 heure plus tard nous sommes toujours entrain de parler. De partager le même paysage intérieur, de le sentir rayonner au fond de nous . Elle s’appelle Bronagh, elle est irlandaise, terre de mégalithes, de pierres qui parlent. Et je suis content de m’être levé ce matin.
Exceptionnellement je lui demande si je peux la photographier pour le blog, sur son vélo, avec le temple au loin derrière elle. De grosses fourmis forment une sorte de voie apienne au bord du talus, quelques fleurs jaunes y poussent, chargées de ciel. L’air est encore frais. Une belle rencontre.

Après.. après je traverse Halki, charmante mais je traverse, attiré par une vallée verdoyante et peu fréquentée … plus je roule et plus la nature m’émerveille par sa beauté, sa vitalité, chênes énormes d’un vert profond aux frondaisons magnifiques, oliviers, genêts, élevages de chèvres disséminés dans la montagne. Le mont Zeus, 1000 mètres, écrase le paysage de son altière générosité.

Je suis monté manger à APIRATHOS en état d’apesanteur.
Et j’ai failli me lancer dans l’ascension du mont Zeus en garant mon scooter à côté du départ du sentier. Mais non: une heure et demie, plus la descente, rendre le Kymco, un vent soutenu est encore prévu mercedi.. ce n’est pas raisonnable. Alors pourquoi pas jeudi?


Je n’ai toujours pas goûté le Kitron de Naxos, alcool de feuilles de cédrat distillées rappelant un peu le limoncello (élaboré, lui, à partir de zestes de citron), et je m’arrête à FILOTI. Le café est tranquille et les gens pas blasés du tout. Ambiance simple et lente. Paisible. J’oublie le temps. Le futur. Ce tyran …
.. et reviens au mouillage.
L’annexe est toujours là et n’a pas explosé contre le quai, PONYO n’a pas bougé… Quelle belle journée. Il suffit de deux ou trois rencontres pour changer le monde, et d’un cadre qui raconte une histoire: NAXOS est une île inspirante, dont on ne fait pas le tour à la va vite en un jour.
Je n’ai visité ni le nord, ni l’ouest, ni vu les deux ‘Kouros’, aucun musée… Que pourrais-je souhaiter de mieux que cette envie de découvrir, renaissante comme un Phénix, que l’on croyait perdue?