L’ILE D’ELBE, UNE EXCEPTION

Une  cinquantaine de milles encore, en visant au plus court la plage de Lacona, au sud de l’île d’Elbe, bien protégée de l’Est.

Navigation de rêve. La météo prévoit douze à quinze noeuds de vent de travers,  avec rafales entre dix-sept et vingt. J’ai pris un ris. Je me demande si j’ai bien fait, il faut quand même que ça avance. Mais dès le contournement du cap Argentino, sous son vent je reçois des rabattants qui me convainquent que oui. Non seulement ils ne nous embêtent pas mais je joue avec, en laissant derrière un 13 mètres allemand, qui sans doute ne fait pas la course, mais c’est tellement rare, ha! ha! Du coup PONYO ne se sent plus de limites et part au triple-galop, sept noeuds, sept et demi, huit … Le vent tient jusqu’à cinq milles d’Elbe.

En bateau il en faut peu pour être heureux. Nous passons devant Giglio, Montecristo, Pianosa, assez loin. Montecristo est photogénique. On a envie qu’il s’y passe quelque chose… Un roman policier, peut-être?

Si vous ne savez pas où passer des vacances en septembre je vous conseille cette belle plage de Lacona: vaste, bien protégée, avec une pente douce pour rentrer dans l’eau, très claire, 28 degrés; des campings ombragés pas trop moches, des bars pas excessifs et de bonnes pizzas, du temps qui passe lentement, des enfants qui restent dans l’eau longtemps, pas de sono ni d’excités en bateau à moteur bruyants… non.. tranquille! paddles, masques-tubas, trempette… la Paix, si mal partagée qu’elle finirait par nous faire honte…

Bon, l’île d’Elbe, c’est quand même d’abord  Portoferraio, au nord, Napoléon emprisonné, la France! … En bateau d’ici Portoferraio est à 25 milles, cinq ou six heures… La journée, quoi.

Tandis qu’en s’y rendant..  à pied!!:  six kilomètres et demi, deux heures trente… Le choix est vite fait; mais il faut du temps pour changer de logique. Avanti!

Première impression, je crache mon bilan carbone pulmonaire, au bord d’une route sans trottoirs qui n’en finit pas de grimper, et dont l’accès à la vue, qu’on devine magnifique, est une sorte de promesse jamais tenue, laquelle au bout de quelques kilomètres sous le soleil, rendrait hargneux n’importe quel pape sous son bob!

Bref c’est beaucoup plus beau en vrai et déconseillé aux gens de petite taille.

 

En arrivant en vue de Portoferraio il vous reste une heure et demie avant d’atteindre la billetterie du fort où l’on vous propose la visite de ‘Forte Falcone’,  édifié par Côme 1er de Médicis, lequel m’intéresse à peu près autant que le curling, et sans rapport bien net avec Napoléon, qui lui me passionne moins que la comète de Haley, et fut logé à la villa Médicis, cinquante mètres plus bas.

Tandis que ma patience se déshydrate en la cherchant en plein cagnard, j’avise un groupe, et même deux. C’est là, me dis-je, en suivant le guide batave et en doublant le groupe des français. Effectivement une queue d’au moins deux groupes d’origine indéterminée s’interpose entre ma curiosité historique et une petite porte à la dimension de l’Empereur, et là je dis “Stop! Je n’irai pas plus loin.”

Point de bicorne dans ce blog; tant pis; point de point-info rédigé entièrement en anglais par pure sournoise mesquinerie. J’espère que la tapisserie de Bayeux sera traduite en gallois de l’époque, et j’atterris dans un restau où le steack pommes-rissolées, le quart de vin et le sourire de la serveuse me payent de mes aventures en demi teinte (ai-je dit que Portoferraio était magnifique?).

Rod Heikell écrit (dans son guide Imray sur l’Italie): “Peu de gens ne tombent pas amoureux de Portoferraio. Derrière le port, les maisons du XVIIIème siècle aux crépis crème et ocre se pressent sous les rochers de la citadelle du XVIème siècle (…) Je ne comprends pas que Napoléon ait pu en partir”.

Rod est anglais. Eut-il dit la même chose si Nelson y avait été enfermé à sa place?. Je conviens toutefois que cette île verte, non sur-construite, et très accueillante constitue un cadre absolument superbe pour tout retraité de qualité …

Le taxi du retour me coûte le prix du repas, mais la conductrice est un amour. Je m’installe au bord de l’eau, face à la plage: 1 litre d’eau frizzante et jus de citron dans un petit pichet à crème: deux euros, un de pour-boire; en pleine réhydratation je ‘shazame’ ce qui passe: “Shallow” (Bossa Bros).

Difficile de faire plus vacances-sans-soucis.

Au moment de quitter la péninsule (enfin…  l’île puisqu’on est à Elbe)   lundi pour Bastia, je me dis que je n’ai fait qu’effleurer l’Italie, les Italie:

l’une que je n’aime pas, celle des ‘strada privata’, des petits excités bruyants en hors-bord, des yachts sonorisés irrespectueux, et des rapports humains inexistants ou snobs,

et puis la généreuse, celle de ma conductrice, de la serveuse de midi ou la dame d’hier soir qui me trouve une table un peu tôt, sept heures (ça faisait un moment que j’avais fait l’impasse sur les repas à bord),

l’Italie plutôt d’en bas, plutôt féminine, qui ne monnaye pas tout, qui cherche à t’arranger. Que l’étranger que je suis ne dérange pas ‘a priori’.

Est-ce si différent en France?