LEROS-XIROKAMPOS

Nous quittons Kos sur la foi du bulletin météo. Windy prévoit que le vent va tourner ouest en mollissant. Il devrait être possible de laisser Kalymnos sur tribord et d’arriver jusqu’au sud de Léros, soit plus de 40 milles au près, 8 heures au moins, si le vent ne nous revient pas nord en plein dans le nez.

Un ris, rapidement deux, la trinquette pour un meilleur cap, et un pari gagné; en cas d’échec on avait droit à quelques heures supplémentaires. Et bonne nouvelle en arrivant j’apprends que Jean-Paul et Françoise sont à Xirocampos depus quinze jours et qu’une place sur bouée est libre à côté d’eux. Jean-Paul m’y attend avec l’annexe et m’y amarre… ça fait du bien de revoir les normands!

 

 

Leur catamaran est d’un espace et d’un confort incroyable. Le coût et l’entretien sont certes en proportion mais leur vie à bord de CLARA et la mienne sur PONYO où les endroits pour se poser sont rares sont différentes. La vie en équipe aussi.  Il y a toujours mieux ou moins bien. Mais  nous parlons la même langue. J’aurais aimé faire un ‘reportage’ sur leur bateau. Mais je n’ai que ces quelques photos très mauvaises de CLARA!

-AU REVOIR CLARA :

       

Ils s’en vont pour d’autres horizons. Non sans me donner une idée de balade sur les hauts de Xirokampos. Il n’est pas impossible, mais pas certain, que je l’aurais faite sans eux: une piste d’accès austère (“tu prends toujours à gauche!”) en plein  soleil, des paysages secs (xeros) et cette découverte d’un casernement peint en pleine pampa, aux sommiers réemployés dans les clôtures d’un élevage de chèvres, mais dont j’ai oublié l’origine et la fonction …

-UN CASERNEMENT SUR LES HAUTEURS :

          

L’ART DE LA GUERRE :

Des soldats qui s’ennuient, qui rêvent de femmes, un artiste qui copie du Brueghuel l’Ancien (repas de noces et danse payasane), un autre plus porté sur la caricature… Avant de voyager en voilier les hommes voyagent dans leur tête. Quelle surprise que ces fresques ici!

 

 

 

INTERMEDE POETIQUE

La poésie est importante. Les poètes non. Non et oui… “Frères humains qui après nous vivez…” ce n’est pas Villon, l’essentiel. Mais sans Villon…

Combien de prisonniers russes, espagnols, iraniens… ont tenu le coup en se récitant ou en partageant les poèmes qu’ils connaissaient par coeur. Ainsi devrions-nous pouvoir nous en remémorer quelques uns. Les apprendre dans les périodes de calme pour les retrouver plus tard quand la lumière reprend souffle derrière les nuages.

Ceci est un blog de voyage. Ce n’est pas le lieu. Mais la poésie s’en fiche. La poésie est liberté. Merci à mon frère, à Christophe, et à Chat-gpt d’avoir recherché pour moi ce poème de Claude ROY que j’aime beaucoup mais dont j’ignorais le titre, et auquel je pense souvent en promenant mes pieds sur le paysage.

 

 

MOUVEMENT (Claude ROY)

 

Ce cheval qui tourna la tête
Vit ce que nul n’a jamais vu
Puis il continua de paître
A l’ombre des eucalyptus.

 

Ce n’était ni homme ni arbre
Ce n’était pas une jument
Ni même un souvenir de vent
Qui s’exerçait sur du feuillage.

 

C’était ce qu’un autre cheval,
Vingt mille siècles avant lui,
Ayant soudain tourné la tête
Aperçut à cette heure-ci.

 

Et ce que nul ne reverra,
Homme, cheval, poisson, insecte,
Jusqu’à ce que le sol ne soit
Que le reste d’une statue
Sans bras, sans jambes et sans tête.

KOS

(Hippocrate, musée de Kos)

“Où le voyageur passe par une île qu’il ne pensait nullement visiter, qu’il n’apprécie pas plus que ça, mais qui s’avère une étape digne d’intérêt grâce à un très grand homme du passé …”

 

-KEFALOS :

       

KOS, une île où l’on passe, me disais-je… L’intuition est comme une sorte de ragoût: on y met ce qu’on a oublié dans son frigo avant la date de péremption; on se fait une idée approximative du goût que cela aura, et l’on n’est souvent pas très loin du compte…

   

Je suis arrivé à KEFALOS, mon plan-B,  alors que je pensais voler vers LEROS porté par les vents d’ouest soutenus promis par la muse Météo. Je ne les ai trouvés qu’en arrivant, une heure peut-être. Le reste s’est fait au Perkins-4108, qui pour l’instant tourne  comme une montre suisse. ‘Pourvou qué ça douré!’..

Grande baie bornée par une montagne élégante, oulée de plages sous le vent que lèche une mer plate.. windsurfs, bouées tractées et ski nautique… mais ça va. Pas de flottille de loc, Des touristes en nombre acceptable, un peu comme à Astypalaia. Est-ce à dire que le rush ne concerne que la période du 15 juillet-15 août? Où que le Dodécanèse est un bon choix de ‘planque’ pour l’été?…

– KOS-VILLE-FORTIFIEE :

(à droite le platane d'”Hippocrate”)

Je loue un petit Honda. Mon idée est d’aller à la Marina me renseigner sur le délai de commande pour un wc Jabsco-classique. En fait j’ai prévu de le changer à Léros. La marina est du type bien géré et d’un ennui total. Le délai est d’un jour. Au pays du capitalisme triomphant si vous êtes dans les clous, c’est fou ce que la vie est facile: Une armée d’indispensables en uniformes de larbins est à vos petits soins. Le deal est simple: “on” s’occupe de tout, vous payez “. Les commentaires des suivistes embarqué(e)s sur Navily concluent en général leurs propos inconsistants par un 5-étoiles mérité.

Si vous gravitez en dehors de leur système votre espace vital se réduit selon leur appétit hégémonique de temps et d’espace pas toujours privé. Yachts de 40m lambda battant pavillon britannique,  maltais,  nouveaux-riches turcs …  Cette snob-culture n’a pas son pareil pour vous faire vous sentir à côté de vos docksides. Les compétences en matière de parkage, maintenance, et autres considérations concrètes sont l’affaire de l’armée talkie-walkisée qui leur prend les amarres, vérifie la propreté des sanitaires, et ferme les yeux sur leur incapacité crasse à se débrouiller sans assistance. Le must étant de disposer d’un skipper-pro comme interface.

Dans ces conditions on peut espérer que “femme du monde” reviendra en vacances en Grèce avec son mâle alpha et ses  précieux enfants. Le reste de la ville semble n’exister que pour donner du grain à moudre au besoin d’émerveillement sommaire de ces ploucs : espace archéologiques sous forme de cailloux dispersés ici et là dans la ville, restaurants typiquement grecs avec serveurs habitués à décoder tout ce petit monde, salons-lounge-draft-beer à 3 euros la pinte, parce qu’en plus ils sont ‘rats’ … Non je n’ai pas aimé Kos-ville. Elle est la préfiguration de ce qui attend le plaisancier bercé aux récits de Monfreid, Vito Dumas, Moitessier et tant d’autres: une disparition programmée et rapide.

– KOS-LE-MUSEE :

Nombre de sculptures proviennent des fouilles d’une grande villa romaine pas très loin.

   

(mosaïque, avec au fond Hermès et Artemis, une tête de jeune guerrier blessé; au centre Higeia, fille d’Asclepios et soeur de Panacea, elle tient un oeuf dans la main gauche; je n’ai pas pu trouver pourquoi)

(trois Charites, le dieu Pan et un donnateur)

A part ça le site de Kos est joli, fleuri, varié, pas très grand, mais ne risque pas de faire oublier Rhodes. Seule la grande figure humaniste d’Hippocrate transfigure les lieux. En comparaison tous ces VIP aux rêves misérables donnent une sainte envie de tordre des cous. Hippocrate, lui, les aurait soignés.

– LA FONDATION HIPPOCRATE :

Une fondation privée avec à l’origine un médecin d’Athènes, Constanti Spiridou, rend hommage à cet homme passionné par l’homme et par son unité. Tout soignant comprend que nous sommes semblables, égaux face à la maladie et à la souffrance. Que la mort ne connaît pas de VIP …

… pour l’instant ! ..

(les outils d’Hippocrate, des mots nombreux utilisés encore aujourd’hui, le site de la fondation qui contient plusieurs ‘traités’, certains en grec d’autres en français; et ci-après le texte du serment d’Hippocrate d’origine, traduit par Littré, source Wikipedia; il a évolué depuis.)

« Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants :

Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon savoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part de mes préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire[2] abortif. Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.

Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille[3], je la laisserai aux gens qui s’en occupent.

Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.

Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.

Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire ! »

 

 

 

ASTYPALAIA EN PASSANT

On me reparle d’Astypalée, de Maltézana. Je peine à m’en souvenir… déjà.

Le vent est parfait pour s’y rendre depuis Nisyros. Travers 16 noeuds, qui grimpent à 20 et plus en arrivant; 1 ris, trinquette, préparée la veille… mais elle n’est utile qu’ au près et je reviens au génois. PONYO file, 7 noeuds, 7 noeuds 1/2, parfois 8. De la belle navigation.

Je reconnais Maltezana en arrivant. Je m’y étais rendu par la terre.  C’est vrai qu’on n’est dérangé par personne. Des familles, quelques yachts. Mes espoirs de promenades sont vite déçus. Certes la côte est jolie, mais j’ai déjà vu le film. Je m’ennuie.

               

Alors le lendemain je vais à Astypalée, la ville, enfin, la grande baie de Livadia, de l’autre côté de la colline. La chora est toujours aussi belle. Par rapport à mon souvenir la plage s’est remplie. La baie aussi, mais rien à voir toutefois avec l’énervement d’un port. Je crois que je n’irai plus à quai désormais, hors nécessité d’approvisionnement  . Même s’il est parfois malaisé d’accoster l’annexe, entre les bouées de la zone de baignade et celle des loueurs.

Mais je .. rame . Il semble que la surprise de la découverte soit une condition sine qua non du voyage.

 

Et puis  l’ambiance bord-de-plage n’a jamais été ma tasse de thé. Le vent ici est presque toujours fort,  le nombre d’abris limité.

Je suis venu-j’ai vu- je repars! Il va falloir se secouer garçon; et commencer par rentrer sur LEROS, l’aspiration des wc ne fonctionne plus. A bord dans le meilleur des cas les choses vous laissent en paix pendant trois ans. Ou alors le bateau vous impose une vigilance proactive permanante.

Il faut pourtant trouver le moyen de ‘débrancher’, de se soustraire à ce ‘faire’ vorace et sans limite …

Surtout en solo où les études comparatives de mouillages et autres supputations météorologiques occupent déjà une place considérable. La “charge mentale”, selon le mot de Jean-Paul.

Hier une anglaise est arrivée en remorque d’un gros voilier et a mouillé non loin. Elle n’a pas réussi à démarrer non plus le hors-bord de l’annexe… Je préfère encore mes ennuis de plomberie. Moteur, guindeau, wc, frigo: les valeurs sûres de la mouscaille!

 

NISYROS A L’ABRI DU PORT

 

A l’abri des vagues et du vent de nord-ouest certainement. Des surprises, non: dans les ports il y a toujours des surprises. Aussi j’arrive bien avant le coup de vent, m’annonce en arrivant, et demande une place à l’écart de l’entrée qui est problématique.

– Comment arrivent les choses:

Deux bateaux me suivent d’assez loin mais comme d’habitude c’est le sprint imbécile. A peine je jette l’ancre en reculant vers le ponton pour lancer mes amarres à Stavros que déjà le voilier turc est entré et me colle à la poupe. L’autre, un anglais, attend tranquillement à distance. La différence entre un camping-cariste et un marin. Le voilier turc commence sa manoeuvre mais personne n’est dispo pour lui prendre les aussières. Stavros n’a que deux mains et il ne l’a peut-être pas appelé.

Bien sûr sa chaîne croise la mienne, et il ne refait pas sa manoeuvre. Je lui fais remarquer qu’on attend 40 noeuds de vent et que ce n’est pas en pleine nuit qu’il faudra rectifier. Bref, si je dois partir en urgence je suis coincé. Mais que faire? Le skipper du voilier anglais,  arrivé juste après compatit.

Les rentrées douteuses se multiplient. Je laisse le guindeau branché pour pouvoir mollir la chaîne en urgence si besoin, et je continue à réparer la roue-de-mon-vélo-increvable dans le cockpit, prêt à en jaillir à la première alerte, ce qui ne tarde pas. Au moment où un deuxième bateau turc passe devant mon étrave, gros bruit de chaîne à l’avant. Celle-ci est tellement tendue que la main-de-fer qui l’empêche de tirer sur le guindeau pendouille sur le pont. Le type gare son Océanis et je vais le voir aussitôt, persuadé que c’est son ancre qui tire sur mon mouillage.

Le voisin s’emmêle, mauvaises vibrations, le gars réagit avec désinvolture mais je ne lâche pas l’affaire jusqu’à ce qu’il vienne VOIR sur mon bateau, ce qu’il finit par faire pour se débarrasser de moi. Il m’explique qu’il est trop loin pour tendre mon mouillage et que c’est mon guindeau qui a dû déclencher la traction sur la chaîne. Après les âneries du voisin c’est une explication d’autant plus plausible que le ton a baissé.

En fait c’est la bonne. C’est le vélo, déséquilibré pour une raison quelconque, qui a percuté la commande à travers la housse de protection de la colonne de barre et  tiré sur ma chaîne jusqu’à flamber le fusible du guindeau.

-Comment les choses s’arrangent:

Je suis donc retourné voir le propriétaire de l’Océanis pour m’excuser de l’avoir mis en cause et confirmer son analyse. Lui a regretté de s’être montré peu réceptif… chaleur, manque de sommeil … Sans doute a-t-il suggéré à  son compatriote que je n’étais pas un si mauvais bougre, car nous avons pu, enfin, nous parler et nous entendre.

-En quoi cela concerne-t-il la planète?:

Parce que c’est une histoire de peur ordinaire. La peur est la petite soeur de la guerre.

Lui, arrive avec femme, enfants, petits-enfants … sa peur à lui c’est de ne pas trouver une place dans le port pour y abriter sa famille … C’est sûr, il manque un brin de savoir-vivre nautique… et de quelques connaissances de base. Il m’explique qu’il était en colère contre moi parce que je ne l’avais pas aidé à s’amarrer. Mais le système des marinas où un ou deux “marineros” sont payés pour vous prendre vos lignes et vous faciliter le boulot, désamorcent la culture d’entraide entre plaisanciers quand un nouveau arrive.

Marinas, flottes de location, électronique embarquée, l’époque…  autant d’acteurs qui banalisent le chacun-pour-soi.

De mon côté, je lui en voulais de m’avoir rajouté ce stress inutile en approche, quand tout serait tellement  plus simple si chacun facilitait la manoeuvre de l’autre. Ma peur à moi, lorsque le deuxième bateau turc arrive, c’est celle du gars qui anticipe la nième entrée foireuse d’un nième équipage d’inconscients de ce qui les entoure; raison qui m’a fait laisser mon guindeau branché.

Un port c’est une planète en tout petit. Si dans un port on n’arrive pas à se comprendre entre plaisanciers  comment y arrivera-t-on à l’échelle de la planète? : en comprenant que la plupart du temps ce sont nos peurs qui faussent notre jugement, qui nous rendent indisponibles…

Contrat rempli: entre bribes de conversations et échanges de menus cadeaux nous nous sommes fait des amis.

Y compris  Jean-Paul et Françoise sur “CLARA”… mais nous nous reverrons bientôt.

-29 juin, Festival de Nisyros, St Paul-St Pierre:

Sans eux je n’aurais fait que passer. Mais le village invite tout le monde; seules les consommations sont payantes, la nourriture, l’orchestre, l’organisation, la danse … sont gratuites. Je ne connais pas d’exemple de festival-buffet gratuit en Occitanie ou ailleurs en France. Jean-Paul a le don pour être et mettre à l’aise … mais cela n’a pas suffi à me faire rejoindre le cercle des danseurs…   🙂

– 1er juillet:

Avec Jean-Paul et Yves, nous entamons l’été à bord du bateau de Stevens, le voisin anglais. Guindeau out. Le pauvre se lance dans du bricolage lourd en plein soleil pour sortir la bête de la baille à mouillage. Contrairement à mon vélo électrique dont nous sommes venus à bout grâce à Jean-Paul, le guindeau est inamovible. Les deux autres sont pourtant d’excellents bricoleurs. Soleil, oxydation.. le milieu marin est impitoyable: il faudrait presque monter et démonter son bateau une fois par an pour en nettoyer et graisser chaque pièce.

Stevens, imperturbable conserve bonne humeur et optimisme en remontant ce matin son mouillage à la main; destination KOS, la grande île au nord. “Ô combien de leçons! combien de capitaines!…” La mer polit ses hommes autant que ses cailloux.

 

 

(“Si quelqu’un te dit: “ce n’est pas possible”; réponds-lui: “observe, et apprends”)

LE GEANT QUI FAIT SES BESOINS

En quittant RHODES on se sent un peu creux. On est descendu jusque là, et puis après?.. Une fois qu’on a tiré un trait sur la Crète, trop de distance, trop peu d’endroits où laisser le bateau, vents trop forts,  témoignages qui n’en font pas vraiment un paradis du “sailing”… (le palais de Cnossos?… autant s’y rendre avec Air France)…

… il reste à choisir entre le  Péloponnèse et la mer (Egée) du nord. Dans les deux cas et selon le vent il faudra remonter, sur Symi, Tilos Nisyros, ou Kos … Le vent (beaucoup le moteur) nous pousse vers Symi;  je fais un arrêt à la boulangerie du monastère de Panormitis. Leurs biscuits beurre-amande sont une rareté! “Mettez-m’en deux kilos ‘peripou’, à peu près” .. La boulangère est perplexe. Mais ..  on ne s’embarque pas sans biscuits; alors autant qu’ils soients bons!

Je n’ai pas envie de passer la nuit là. J’essaierais bien la baie au-dessus. Les profondeurs sont dissuasives,

à part à un endroit qui s’avère magnifique, sauvage .. et houleux.

    

Nuit à oublier très vite. Puis cap au nord-ouest et l’ancre descend à Gyali, où je laisse l’annexe sur la plage pour aller photographier le Géant … Ah oui ! … :  impressionnant!

   

On capte très mal internet, suffisamment cependant pour prendre connaissance de la météo qui prévoit 40 noeuds en rafales ce week-end. Je pourrais rester sur Gyali, abrité au pied de la carrière, ou aller mouiller à Kardamena, au sud de KOS, (au port il n’y a jamais de place!).

Mais la perspective d’attendre 4 ou 5 jours sans réseau (pas de météo, pas de radio, aucun moyen de planifier un itinéraire, de comparer les ports, les mouillages …) Comment faisait-on  avant? Eh bien on  subissait ses 40 noeuds, en s’abritant et en dormant comme on le pouvait, en priant Saint Nicolas pour que l’ancre tienne, et la Vierge Marie pour que ça ne dure pas plus que la provision de biscuits.

Alors ce sera Nisyros. C’est près, Stavros est sympa, A 13h il y a de la place. A 15 c’est plein! Tout le monde a lu le même forecast! En Méditerranée les signes avant-coureurs de mauvais temps sont discrets. Ce soir le crépuscule orange est de toute beauté. Le baro est entre 1007 et 1008  sur les 12  dernières heures. Et pourtant on sait que ça va se gâter. Ami de l’eau salée et de la plaisance qui dure,  quand tout a l’air tranquille, surveille ta ‘météo-à-trois-jours’…  tous les jours, et jette un oeil au mode “rafales”!

Car la mer est la grande voleuse. Elle t’endort. Elle t’enfume. Et toi tu te retrouves à nager en pyjama en te traitant d’andouille.

 

 

QUITTER RHODES

     

Quitter Rhodes n’est pas plus simple qu’en faire le tour. Le vent s’est établi entre 25 et 30 noeuds dans les rafales; faire l’impasse sur Karpatos et la Crète c’est choisir la route nord-ouest ou Nord. Dans tous les cas avec les effets de relief, cela signifie avoir le vent dans le nez, et soit tirer des bords interminables sous trinquette, soit faire de la route tôt le matin au moteur. Ou encore adopter un cap trop près du vent avec un soutien moteur. Ou attendre le Sud. Mais ce n’est pas la tendance, ça risque d’être long.

On est dimanche, il faudrait refaire les courses. Je repasse mes photos en revue. Petite galerie de celles que je n’ai pas retenues pour ne pas trop alourdir le propos  …

  (Mandraki)

 

(quartier musulman, bibliothèque arabe)

             

(vieille ville; synagogue dans le quartier juif)

… Mais c’est un peu sans fin tout ça: il vaudrait peut-être mieux songer à enlever qu’à ajouter encore et encore…Comme le fait dire Pierre Bordage à un personnage des “griots célestes”:

“Des deux façons de remplir l’existence, par le plein ou par le vide, j’ai choisi la deuxième. Car un plein appelle toujours un autre plein et jamais  ne se satisfait de lui-même ; un plein empêche la lumière d’entrer, l’énergie de circuler, la Création de s’étendre. L’homme est ainsi fait qu’il peut  se dilater à l’infini pour accueillir de nouveaux pleins. L’homme s’agite et se bat pour la possession, le territoire, la richesse, le privilège, l’honneur, le sentiment amoureux, la certitude religieuse, tous ces pleins qui ne le remplissent pas. […]”

Lao Tseu! sors de ce corps!

 

RHODES D’OUEST EN EST PAR KAMIROS

En longeant la côte à l’ouest de Rhodes, je ne m’attendais pas à ces kilomètres de plages, de ‘resorts’, de complexes hoteliers, la plupart bien intégrés dans le paysage. Rien à voir avec ceux de Marbella, de Màlaga, qui ressemblent à une chirurgie esthétique ratée. Evidemment ces eaux turquoise, ces fonds de sable, ces déserts halieutiques, sont à rapprocher de l’absence des dauphins… Sur’Dune’ ils en ont aperçu un en descendant vers Rhodes, et c’était un événement.

L’île est grande. Il faut du temps pour sortir du péri-urbain. Aussi ais-je l’impression d’avoir bâclé mon sujet. Tant pis. Je n’ai pas visité LINDOS, son acropole, ni aperçu la jolie baie de Saint Paul. Mais j’ai pu flâner dans le vieux Kamiros, une des trois cités-phares de l’île de Rhodes avant qu’elles ne s’unissent et que RHODOS ne devienne la capitale …

   

… me perdre dans la forêt de Profitis Elias, m’arrêter pour manger à l’ombre du ficus de la place de Salakos, planté en 1951…

   

… et même faire la sieste près du bassin d’Eleoussa que je n’avais pas vu venir!

  

Un peu plus loin “les-sept-sources” a dû être un lieu magique avant que quelqu’un n’ait l’idée d’y créer une taverne ‘internationale’ au milieu de la rivière. Il semble convenir  aux paons. Comme d’habitude un bon endroit pour dix ne fait pas un bon endroit pour cent.

   

Tout le monde cherche la chute d’eau malgré le panneau “STOP / FIN DES 7 SOURCES” et le plan indiquant que les chutes (une écluse!) sont ailleurs sur la rivière.. la terre est battue par des milliers de tongs, “ça doit bien mener quelque part!”…  Oui.  Dans la forêt.

Alors les gens échangent en language ‘Erasmus-en-cours-d’acquisition’…  et prennent le bon côté des choses, résilience, bonne humeur… Après tout ils ne viennent pas là pour faire la tête… même de Gaule!

Pour la rivière c’est déjà l’été.

 

 

 

RHODES INCONTOURNABLE

 

Il n’est pas facile d’écrire sur RHODES; d’abord il faut connaître; et je n’ai pas envie de répéter les articles de Wikipedia, Géo, etc…

Ici on pressent qu’il y a toujours eu, et qu’il y aura toujours, une vérité de façade, faite de consensus … et des arrangements.  Ce n’est pas spécial à Rhodes me direz-vous. Mais ici même les bases  sont floues: Rhodes doit son nom à une obscure nymphe Rhodé, fille de Poseidon et, tantôt d’Aphrodite, tantôt d’Amphitrite; elle est l’épouse d’Hélios, fils du titan Hyperion et de sa sceur Théia, un dieu plutôt dorien, solaire mais distinct d’Apollon…

Ville de tout temps commerçante, réaliste, opportuniste, jouant Athènes contre Sparte et vice-versa, soutenant  Alexandre-le-Grand, et résistant aux syriens, mais brisée par Rome, envahie par un peu tout le monde, turcs, italiens, génois, et finalement vendue aux chevaliers de Saint Jean à la fin du XIIIème siècle; elle leur doit son aspect actuel..

Le Colosse, 6ème Merveille du monde, 33 mètres de bois recouvert de tonnes de bronze, aurait selon certains enjambé la passe de Mandraki, ce qui est tout à fait invraissemblable, avant de s’effondrer du fait d’un tremblement de terre, puis d’être revendu au poids par les arabes à un marchand juif… A l’emplacement des pieds supposés du Colosse deux piliers soutiennent un cerf et une biche protecteurs de la cité qu’ils auraient sauvée en dévorant de bien vilains serpents…

Il reste une ville prospère distribuée en quartiers: turc, juif, acropole, vieille ville aux maisons majestueuses, aux rues propices aux découvertes, et très agréable à visiter, malgré la faune internationale accablée de soleil que déposent les croisiéristes par paquets de mille.

         

(on trouve beaucoup de places ombragées superbes, comme celle-ci, couvertes de tables et de chaises)

En fait ce survol de Rhodes est un peu déséquilibré, car à l’écart de la foule agglutinée autour des remparts ou des grands monuments de la vieille ville… Et outre qu’il y a beaucoup à voir, les photos prennent du temps à charger …

     

(L’Acropole: le temple de Zeus (ou d’Athéna,  je ne sais plus) manque; il n’a que trois colonnes, qui disparaissent sous les échafaudages)

Quelques kilomètres sous un soleil qui chauffe, mais il y a de l’air. Et enfin retour au niveau de la mer et de la foule quasi estivale!

 

Il vaut mieux manger ailleurs que dans ce genre d’endroit. Mais on est parfois tellement heureux de se poser pour recharger les batteries en regardant passer les autres. Il n’y a guère que les amoureux pour s’y sentir seuls au monde

   

 

LES BELLES DAMES DE RHODOS

Elle, c’est l’Aphrodite de Rhodes, l’Aphrodite dite ‘accroupie’. Incroyable qu’elle nous soit parvenue depuis le 2ème siècle avant JC dans cet état de conservation, les doigts, la chevelure… Toute en courbes simples et justes, et cette impression de tranquillité, d’insouciance, d’éternité qu’elle nous renvoie ..?  Elle aurait été copiée  d’après une statue du 3ème siècle attribuée à Doidalsas.

E

Que ces photos sont pauvres… en comparaison de la vie qui émane de cette statue.

    

Le musée de Rhodes est une merveille, la vieille ville de Rhodes devrais-je dire. J’étais passé dans la rue derrière la grille qui longe la fontaine; une fontaine à la Hugo Pratt. Un lieu arboré d’une sérénité intemporelle.

Faut-il préciser que je m’y trouvais à l’ouverture à 8 h?:  la paix y a régné deux bonnes heures, et la première j’étais seul.

 

La deuxième belle Dame c’est l’Aphrodite dite ‘aidoumène’. On l’a retrouvée au fond de l’eau quelque part à l’ouest de Rhodes. La mer l’a émoussée sans lui ôter sa grâce . Elle a quelque chose de l’Aphrodite de Milos, en moins ‘athlète de haut niveau’. Ses fesses sont un peu déprimées, sans doute les frottements sur le fond de la mer. Avec sa tache de rouille (du fer?) sur la poitrine et sa tête re-collée (!) je la trouve particulièrement touchante.

     

Et puis et puis.. le musée c’est beaucoup de salles, des poteries, des bijoux, des objets du quotidien… et quelques pépites qui m’ont appelé depuis les siècles lointains qui avant d’être nôtres  furent leurs.

(Silène de porphyre, Hippocrate et Igeia, chacun.e son serpent, une salle avec les armoiries et pierres tombales des chevaliers)

(une scène coquine, un bébé, Helios, des musiciens, un ‘jeune homme qui sort’…)

 

 

… tant d’autres! tout m’enchante! magnifique musée. Mais un blog n’est pas un catablog!

Et il faut retrouver notre monde présent!

   

J’ai eu un mal de chien à prendre cette photo de PONYO: dès que j’approchais de la ‘fenêtre’ les gens se précipitaient pour photographier aussi ce que je photographiais mais sans savoir quoi au juste: “il vous plaît aussi mon bateau?”..

Eh toi  il te plaît … euh.. Non non j’ai rien dit…