SYMI LA VENITIENNE

Pas de lagune, mais de très nombreuses baies et des maisons dans le style italien avec des frontons à oeil-de-boeuf (contre le mauvais-oeil). Fenêtres, volets, murs colorés. Si HALKI est une jolie carte postale, SYmi est l’originale, et tout de même un cran au-dessus.

– PANORMITIS :

Coup de vent annoncé  30-35 noeuds en rafales. Je ne suis pas seul à venir chercher refuge dans cette baie presque fermée.

Un monastère occupe la presque totalité du côté Est. Quand je vous disais que les curés étaient partout. Et ça ne désemplit pas: les ferries se succèdent, venus de Symi-la-ville, ou de Rhodes, qui lâchent leurs clients au pied du monastère; visites, re-visites, bus, taxis, re-ferry ..

L’ambiance s’en ressent: le café est un self, les chauffeurs font la tête,

Mais la dame qui sert à la boulangerie du monastère est gentille et ses biscuits au beurre et aux amandes sont exquis.

Le pêcheur, en revanche, à qui je demande s’il voudrait me vendre un poisson ou deux, gromelle. C’est peut-être le même qui a demandé l’an dernier1000 euros à un plaisancier pour dégager son bateau de la vase après que son ancre eut dérapé ‘insensiblement’.  Mais que sait-on de ce qui se passe dans la tête des gens?

Certains plaisanciers se comportent parfois comme s’ils sortaient de la cuisse de Jupiter.

De bons échanges avec Reinhard et sa femme, de Coco-XL, un catamaran (mais pas de location)… tout arrive!

– SYMI :

        

SYMI est très jolie mais je ne sais qu’en dire; je n’y ai passé qu’une journée, venu en bus depuis PANORMITIS , par une route de crête splendide. J’aurais sûrement pris d’autres photos à scooter, en m’arrêtant ici ou là. Pour ressentir l’île. Vous pouvez prendre en peu de temps toutes les photos que vous voulez… Si elles ne sous-tendent aucun récit  vous aurez des photos convenues, ce qui est un peu le cas ici.

                     

Il manque aussi les photos des terrasses, de l’activité portuaire… Mais où avais-je la tête? Je crois tout simplement que le tourisme, qui lui est totalement dépourvu de récit, me fatigue … et nous allons vers RHODES, la Mecque des agences de voyage!

Oui mais à RHODES, pour le récit, il suffira de suivre l’histoire. Et puis j’ai rendez-vous avec une statue… enfin, deux, si le musée archéologique tient bien ses promesses!

– SESKLI :

PONYO file ses six noeuds au portant, après une halte, pour attendre le vent, dans la petite île de SESKLI, au sud de SYMI, Quand j’arrive il y a un catamaran de loc au bout du ponton minuscule. Des gens gentils, une famille de polonais, pas seulement le drapeau, qui sert de simplificateur de paperasseries à tous les non-européens, y compris les anglais, les suisses, et les turcs…

Je me baigne pendant que les voisins improvisent un stage de ‘bouée tractée’ avec l’annexe pour les enfants. Tout le monde s’amuse, nage, pêche…

Ils viennent de Rhodes justement. Je leur demande s’ils étaient au mouillage ou à la marina (la marina coûte 100 euros la nuit, le mouillage est réputé étroit et à tolérance variable de la part de la Coast Gard. Alors les gens payent!). Mais ils ont juste loué le catamaran à Rhodes et atterri directement ici…

A la marina de Rhodes je passerai voir Pierre-Yves, Sylvie, qui eux n’ont pas eu d’autre choix, lâchés par leur guindeau!

Amis qui n’avez ni faim ni soif, ni couvre-feu ni horaires d’hôpital, et aucune avaries en cours sur votre yacht personnel… soyez heureux! Comme me disait une anglaise à Panormitis, à qui j’expliquais qu’étant venu avec mon bateau il me fallait attendre une place dans le bus pour le lendemain: “you came here with your own ship and so you have to wait?…………..  poor you!”. Il arrive que des anglaises se moquent!

 

ALIMNIA

Petite île toute proche de  HALKI, boisée, inhabitée; les murs s’éboulent, les citernes sont sèches. Une belle baie protectrice du nord, de l’ouest, quand elle n’est pas pleine. Une plage de galets assez abrupte qui laisse deviner que la vague d’ouest peut être forte.

Je retrouve avec plaisir les amis de “DUNE“, l’occasion de partager la bouteille de Charly du catamaran américain de Léros-Plofouti, le risotto de Sylvie, et de très bons moments.

Il fait déjà chaud quand j’attaque la montée du château, Le reste est plutôt visuel, à part l’entrée-sortie de l’édifice qui s’avère technique! Petite galerie de photos:

     

Quand j’examine l’entrée je me demande comment tout cela tient. Le linteau par ses toutes extrémités; on voit le jour à la base du pilier de gauche… Je préfère encore tenter la face nord. Pour monter il faut un peu allonger les pattes, mais je pense à la descente. Même redéployer le drapeau grec me semble risqué …

  

… Le drapeau: quelle drôle d’idée! Certes Jules Vernes ne pourrait plus écrire “face au drapeau” aujourd’hui (encore que dans les stades, aux JO … de toute façon on ne lit plus!) .. et puis je ne suis même pas grec! Mais un drapeau, ça annonce la couleur: drapeau français, drapeau européen, américain, russe ou israélien … ‘Et ça ne te paraît pas débile cette histoire de drapeaux, depuis le temps qu’on se massacre pour un bout de tissu?’

Peut-être… la plupart des bateaux de loc se contentent d’arborer le petit pavillon du pays traversé (grec) sous la barre de flèche tribord. Chez eux nulle allégeance. Le bateau est anglais, immatriculé à Gdansk, l’équipage autrichien, le skipper est roumain, l’armateur grec ou turc…  Le drapeau de l’argent est le seul invisible. Même les pirates hissent un drapeau noir.

Bref je suis redescendu par la porte d’entrée. De l’intérieur elle paraissait plus solide!

   

Un dernier tour autour du château …

 

… et de nouveau l’ambiance ‘caraïbe’ de la plage, moitié tropiques, moitié prés salés :

  

Un petit plouf avec masque-palmes-tuba pour baisser en température, sur un fond assez terne où je rencontre un magnifique poisson bleu à longs rubans dansants (rascasse bleue, rascasse volante, poisson lion..) qui est en fait une espèce prédatrice invasive récente en Méditerranée, ce qui me contrarie bêtement, et je rejoins les voisins :

    Quelle bonne escale!

 

 

 

 

 

HALKI, LA JOLIE CARTE POSTALE

Quand je vois la taille des ferries et le monde qui en sort je me dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Halki c’est un tout petit village, pas beaucoup plus grand qu’Alet-les-Bains  chez moi! Il y a une jolie plage, Ftenagia, près de laquelle je mouille avec PONYO, , une autre plus grande, Pontamos, avec une armée de parasols prêts à ‘parasoler’ … et c’est à peu près tout.

   

   

 

   

Alors les gens arrivent de Tilos ou de Rhodes parce qu’il faut bien leur vendre quelque chose et que c’est joli. Les vieilles maisons sont plus pauvres, plus discrètes. Maintenant il y a de l’eau partout dans le village; elle a dû être plus rare dans un passé proche, et la vie plus dure.  Nombre d’habitations sont reconverties  en gîtes d’été proprets dans le goût vénitien qui plaît aux vacanciers.

‘Cest une espèce de petit SIMI, m’a-t-on dit, en moins surfait’… Peut-être … C’est vrai qu’il y a encore des gens qui vivent ici;  tout n’est pas que tourisme. Mais il ne faut pas beaucoup de canelle, de girofle, de coriandre pour rendre un plat incomestible; pour qu’on ait la sensation d’en retrouver le goût partout.

TILOS

Mouillage au nord de Livadia, pas très loin d’un catamaran de 12 mètres que j’ai rattrapé au vent arrière, lui sous foc seul moi avec ma grand-voile. Il hisse sa GV lui aussi et arrive juste avant moi: il n’y a plus de vent; nous finissons au moteur.

Ancrage de nuit un peu rouleur que j’échange le lendemain contre la grande baie de Livadia où je retrouve les amis de “Dune”.

Nous  décidons d’aller dîner ensemble ce soir quelque part…

En attendant je mange un bout à terre et pars balader en plein cagnard sur LA route de l’île!

TILOS est moins aride qu’elle ne le semble depuis le bateau, mais il fait chaud.

   

Par chance quelques centaines de mètres plus loin une camionette chargée de plantes et de jarres s’arrête et me fait signe de monter m’asseoir entre les pots de fleurs, et nous partons. Le problème c’est: nous partons où ?  Car il semble lancé pour traverser toute l’île et je suis à pied; aucun moyen de l’arrêter!…

Je me tiens aux jarres sans pouvoir photographier le paysage magnifique qui défile. Et nous arrivons à Macrochorio.  Tout content Alex m’aide à descendre du pick-up mais comprend que je n’allais pas forcément à la ‘capitale’! Ce n’est pas grave. Je vais déjà monter vister le village, puis je rentrerai à pied; après tout il n’y a que 6 ou 8 kilomètres .

    

Je ne suis pas allé à la ‘grotte des éléphants’ (on y a trouvé des squelettes d’éléphants nains, disparus il y a environ 4000 ans). De toute façon je pense qu’elle était fermée … et je ne rêvais déjà que de jus d’oranges pressées bien frais.

Le lendemain matin Pierre-Yves et Sylvie partent pour HALKI; je pensais aller d’abord à SIMI puis HALKI puis  RHODES mais le vent s’étant établi à l’ouest je ferai comme eux.

 

 

 

NISYROS, MANDRAKI

Je profite d’être au port pour mettre à jour mon petit journal de voyage.

– PALOI :

La nuit précédente je me suis réveillé à 4 heures : un tumb’ tumb’ inhabituel. Il faut dire que j’ai laissé filer toute ma chaîne en arrivant, jusqu’au câblot textile que j’ai tendu mais ça n’a pas suffi. Le vent travers tribord me met le bateau en biais. Les ‘ballons’ de l’arrière touchent le quai. Je parviens à remonter la chaîne jusqu’au guindeau avec  aussières et winch. de façon que le guindeau puisse enrouler la chaîne et la tendre.

Ce matin je finissai juste de reprendre et de simplifier mon système quand un voilier de 15 mètres avec un équipage allemand de 6 personnes est venu se coincer entre la chaîne du voisin et la mienne, cherchant à se dégager à grands coups de propulseur d’étrave en .. accentuant le problème;  le vent porte vers nous, faible mais suffisant. J’ai molli ma chaîne, et ils ont pu partir, avec force remerciements. Bon, qui n’a jamais fait des c.nneries leur jette la première pierre…

 

A peine retendu, voilà qu’un skipper turc lancé à 4 noeuds se paye le mouillage de mon voisin, qui fait fusible mais pas longtemps; il attrappe le mien aussi;  il me faut à nouveau répéter la même manoeuvre, et Stavros vient refaire le mouillage du voisin qu’il réussit à joindrer au téléphone. Eux ont loué un voilier “normal” un 34 pieds, lui irlandais et elle suissesse. Cet après-midi c’est la forteresse à deux coques d’un australien parti visiter le volcan, dont le génois mal attaché commence à prendre le vent, le faisant dévier dangereusement vers Ponyo. Re-Stavros.. qui m’avoue que dès que le vent grimpe au-dessus de 10 noeuds il ne sait plus où donner de la tête.

 

– MANDRAKI :     

Que c’est beau : comment dire il y a tout… mais aussi la “Grèce d’avant”! Même une petite plage protégée du vent où 4 personnes se baignent et où l’eau semble chaude, un monastère en hauteur, des vieilles ruelles, des balades le long du môle, des bistrots des tavernas. Je me sens en vacances!

    

          

      

Un peu avant sur la route un très grand édifice, adossé à un port: des thermes, abandonnés. “Pourquoi c’est fermé?” je demande… “ah! problems, problems! ‘provlimatas’ ” Je pourrais presque mouiller là; mais on ne peut pas tout faire.

A midi je vais manger à la taverna de la mère de Stavros (ou de Nikki, je ne sais plus),  avec mes voisins du 34 pieds Dave et sa femme. Dans le doute je demande à l’aubergiste si elle est la Yaya de Pétrou… grand sourire et un bon moment partagé. Tous les pleins sont faits, gasoil avec un mini-camion-citerne  tout neuf, et eau avec mon jerrycan de 20 litres, en plusieurs fois,  avec le  scooter avant de le rendre… Et demain? Tilos??  ‘Tha Vlépoume’.. nous verrons bien!

GYALI ET NISYROS, LE VOLCAN

– GYALI :

Sans mon overdose de bateaux de pirates, de ‘people’, d’équipages bruyants équipés en série de la même boîte à rire, je ne me serais pas arrêté à GYALI, qui n’est en fait qu’une grosse carrière à ciel ouvert. Un voiler se trouve déjà à l’endroit que j’aurais choisi, sous le rocher dit “du géant qui fait ses besoins”.. hum; il faudra que je reprenne une photo de près à l’occasion, il est très réaliste.  L’endroit n’est pas si laid. La vue est même plutôt belle, ouverte, le bruit des engins de chantier s’arrête à 19h.

La houle est certes probable. Mais pour l’instant quelle paix!

Elle arrive le soir, peu agréable. Le lendemain matin j’enfile ‘shorty’, masque et tuba, et me baigne une heure dans une eau claire à 21 degrés. Petites raies et gros poissons-perroquet brun-roux. A un endroit des chapelets de bulles de gaz montent du fond en s’élargissant vers la surface. Le voilier voisin parti, je me rapproche de la côte où la houle résiduelle de sud ne semble pas moindre, malgré un vent franchement nord-ouest: mystères de l’orographie sous-marine…

     (Gyali depuis Nisyros)

– NISYROS :     (l’île du volcan)

La même famille s’occupe du port de PALOI (Pali), de la location de deux ou quatre roues, des sanitaires, et la mamie, d’un des restaurants du port: Stavros, Nikki, 4 enfants dont Petros, un garçon d’une douzaine d’années qui ‘assure’, tout en anglais,  quand papa et maman ne sont pas au bureau. On est le 5 juin le port est déjà plein d’une trentaine de bateaux.

Bien sûr je leur loue un scooter et c’est parti pour le tour de l’île! laquelle n’est pas qu’un volcan; elle est aussi verte, boisée de chênes, et surtout très belle.

   

(vers Emporios, un sauna permanent quasi naturel à 50 degrés en bordure de route)

– LE VOLCAN :

 

 

On y descend par une route qui va du végétal au minéral, avec, surprise,  un élevage de vaches qui suggère l’existence d’eau quelque part pour les abreuver. L’entrée est payante, 5 euros. En fait on est encore en périphérie de la dépression principale, qu’on n’aperçoit pas encore. La buvette est pleine sous un bouquet d’eucalyptus. Deux ou trois bus attendent. C’est curieux: contrairement à Delphes, à Sounion, au Parthénon, on n’éprouve aucun besoin d’avoir “le volcan pour soi tout seul”. Ce qui sera pourtant  le cas…

En attendant  des fourmis humaines arpentent le cratère du géant. Beaucoup mal préparées à l’effort physique par leur âge ou leur poids vivent la remontée en plein soleil comme une épreuve physique. Les selfies permettent de souffler un peu.

 

A la fin il ne reste plus personne. On profite de paysages qu’on observe rarement

.

(Ils sont partis. 10 minutes plus tôt j’ai eu du mal à trouver une table à la buvette)

 

Le.volcan est un petit jeune de 150 000 ans, pour ses plus vieilles roches, à 15 000 pour les plus récentes.

Les tours-operators existent depuis 100 à 200 ans. Les individus ‘connectés’  depuis à peine un demi-siècle…

Les volcans font du bien. La fragilité relative de la mer inquiète… celle des glaciers… Les volcans nous remettent à notre place d’humains éphémères et prétentieux.

Héphaïstos n’est pas le dieu le mieux doté, il boîte, sa femme, sublime, le trompe. Mais c’est un dieu, sans l’ombre d’un doute. Une seule fumerole…  une seule secousse, et l’on ne verra plus un bus! … Pour votre sécurité!

LA “DAME DE KALYMNOS”

 

Avant de quitter Kalymnos, je fais un détour par le musée: “deux semaines que tu es là et tu n’es pas allé la voir!?”.

        

Même si elle n’a rien de l’Aphrodite de Cnide, cette robuste matrone force le respect par sa présence et le détail de ses drapés. Quelques autres pièces comme le dauphin en bronze, 2500 ans avant l’invention des filets dérivants, ces bijoux, ces coupes en verre qui font penser à Murano en Italie, ou cette scène, peu commune ‘avant JC,’ d’une mère qui allaite son enfant en famille … valent la peine d’être d’être vus.

‘TO MONOPATI’ – 2 : UNE STAR …

   

La pluie a cessé. Chaussures, sac à dos, portable et on y va.. moitié pour reprendre le chemin où je l’ai laissé avant-hier, moitié pour échapper aux équipages des 2 énormes catamarans qui ont remplacé les 2 énormes ‘Dufour’ d’hier (apparemment on est dans une période germanique), Bref six jeunes un peu gras qui s’emmerdent à bord, à qui il ne vient pas l’idée d’aller à terre, et dont le ton grimpe comme bière au soleil.

Très vite il n’y a plus que le plaisir de marcher.  Chaque pas vers le haut allège; tout ce qui pèse reste en bas; .

On ne s’emmène pas soi-même, il faut se perdre pour découvrir.

    

Le chemin rejoint bien la vallée d’à “côté”, avec un col flanqué de petits sommets voisins que je gravis pour trouver de vieilles ruines, cabanes de guet plutôt que cabanes de bergers… quoique: les bergers aussi aimaient contempler la mer!

    

(photo de gauche: là c’est à droite  qu’il faut aller / au centre: poteaux électriques / à droite: le col vu de loin. Mais la mise en page est aléatoire, selon l’appareil)

Aujourd’hui j’ai de la chance: en traquant un bruit d’élytres que je ne parviens pas à situer je retrouve (et photographie)  la gracieuse libellule (ou le papillon) que j’avais perdue lors de ma dernière descente. Je n’en ai jamais vu avant. Sur le net on parle d’ascapapillule (ce nom est une blague!) ou plus sérieusement de némoptère!

   

(vous la voyez photo-1?: ha ha! normal elle n’y est pas! /  et sur la 2?… là elle y est… /  … sur la 3, admirez le camouflage)

   

(légère, aérienne, élégante sur la 4 … /  … et même végétarienne sur la 5! … une STAR!  )

‘TO MONOPATI’

(goutte-à-goutte dans les oliviers et vue sur KOS.)

‘To monopati’ c’est ‘le chemin’.  Au port de Kalymnos on se trouve à l’entrée d’une large vallée, bordée par une falaise au sud avec un monastère, et une au nord avec … un monastère. Le premier on l’atteint par une route un peu difficile à repérer. La vue est ouverte sur la mer, le port, et la ville dont les constructions s’étagent assez haut sur les bords.

 

Le lendemain je pars à la recherche du second mais ne distingue aucune route qui semble y mener. Dans le village une dame m’indique une ruelle, où l’on me dit qu’il n’y a pas de sentier pour y monter depuis ici … “et par là?” ça semble possible par le rocher …. “on peut!”. C’est parti. Ce n’est pas vraiment de l’escalade mais je fais gaffe. Pas envie d’être le touriste en perdition responsable d’une interdiction de plus. Mais l’interdictionnite est une maladie française.

Je passe entre l’immense drapeau grec et une laide croix en béton; un peu plus loin un fléchage sommaire … et la chapelle. En face, loin, l’autre rive où je me promenais hier.

 

Comment ont-ils acheminé les matériaux? Au-dessus la garrigue. On peut marcher mais pas de sentier en vue. L’espace d’un instant j’aperçois une chemise blanche, sur une trace que j’avais prise pour un muret, qui est en fait une belle piste de pierres qui s’en va vers les hauteurs. On est loin de la chapelle. Il est un peu tard pour se perdre. plus haut un couple de marcheurs. Le garçon parle anglais. Ils viennent du port; j’ai rejoint le chemin ‘officiel’ en cours. La jeune fille me vexe  avec son “vous êtes français?”. “Oui je parle comme je peux … mais alors lui aussi?”. “Je ne sais pas”. Ils ne sont pas ensemble.

(… les pierres du chemin se confondent avec les maisons du port)

Il est 18h. On est trois single-zozos sur un chemin grec qui ne va nulle part. La vue et la lumière sont magnifiques. Je continue un peu. On reviendra demain. Sans voiture trouver un endroit où marcher plusieurs jours depuis le bateau est un privilège.

 

 

RENCONTRES …

 

J’aime pas les gens …

“Quand ils sont beaux ils sont idiots, Quand ils sont vieux ils sont affreux, Quand ils sont grands ils sont feignants, Quand ils sont p’tits ils sont méchants” (Boris Vian)

… J’aime pas les gens mais parfois si.

ERIC : (Lakki)

Rencontré au restaurant italien de Gabriela, “Al Fico d’India” (au figuier de Barbarie); il voyage sur son Oceanis-393.  C’est un grand bricoleur; avec son boat on pourrait équiper trois bateaux comme le mien. On  mange ensemble une autre fois à terre,  Et je me retrouve à bord d’ “Animiste”, quel joli nom… où nous passons un bon moment.

Le lendemain il me propose de remplir mes tanks avec son dessal-(linisateur), et ça m’arrange, parce que le ravitaillement en eau oblige à fréquenter les ports, ce qui peut être parfois pesant.  Il ne me manque pas beaucoup, 50 litres, mais je n’ai pas de jauge… la peur de manquer, la nécessité de prévoir…

Puis c’est marrant de transvaser, un prétexte pour faire quelque chose ensemble… ça me change de tous ces bateaux constipés, indifférents ou sans culture marine aucune; de  ces gens qui n’existent pas. Pour exister il faut être soi-même, et pas indifférent à l’autre.

Il y a des rencontres de dix minutes, de 10 secondes, PONYO en provoque quelques unes. Il en est d’autres plus difficiles, parce qu’il leur faudrait plus de temps.

Et puis parfois c’est naturel, loin des postures; il n’y a rien à prouver; personne à changer… Il fut un temps où nous fonctionnions comme ça, perméables aux inconnus: “tu veux  jouer avec moi?”.

ECKART, MARTIN & Co : (Kalymnos)

(Ah ce passage-là est trop long, mes photos sont moches.  Et aucune, bien sûr, de l’incident pour m’aider à le raconter.)

Un gros bateau de location avec un équipage allemand. est à quai à côté de moi…  dans la catégorie de ceux à qui je n’ai plus rien à dire. Comme  des voisins de métro ils seront remplacés par d’autres, les nouveaux ‘clients-hauturiers’ de cette boîte de “sailing” ou  d’une autre, qui s’approprient l’espace public et qui pourrissent la Plaisance.

Et puis le vent s’emmêle. Il est d’Est, 90 degrés bâbord. Il y a un grand bateau de passagers, en travaux d’avant saison, une quarantaine de mètres de long; puis un First 38.5  français; puis les allemands, puis moi. 30 noeuds de vent attendus, davantage dans les rafales. Je vérifie les pare-battages; mes voisins disent que ça va, qu’ils ont rajouté des défenses, et m’apprennent qu’ils ont  mouillé …15 mètres!! autant dire rien.  J’en ai trente, ils ont 10 pieds de plus.

A un moment le vent forcit. Les  vagues se forment devant l’étrave du gros bateau qui nous protège. Sauf que son ancre se met à chasser d’un coup. Une barge en fer de trois mètres  sur deux qui servait aux ouvriers à travailler sur le bordé s’appuie contre l’arrière du First. L’énorme coque est à 45 degrés du quai, menaçant de tout écraser; l’équipage essaie de glisser des défenses entre les deux bateaux. Le mouillage du voilier allemand dérape. Le mien ne pourra pas tout retenir. Le gros bateau démarre enfin ses moteurs, tente de se maintenir perpendiculaire au quai en s’appuyant sur ses amarres, mais ça ne suffit pas, alors ils augmentent le régime,  les remous propulsent la barge mal attachée contre le First comme un bélier.

Avec les voisins allemands on protège le bateau français dont les propriétaires ne sont pas là. Pare-battage, amarres, il faut aller sur la barge, puis sur le yacht tendre des aussières, éviter que la passerelle qui a glissé sous le quai  ne défonce le tableau arrière, faire attention aux pieds, aux doigts, . Le gros bateau fait n’importe quoi. Pourquoi ne quitte-t-il pas le quai? En dehors du pilote m’est avis que les autres sont des ouvriers.

Enfin le gros machin s’éloigne! On finit avec les voisins . Puis on va boire un coup chez eux, du vin rouge avec du citron. Ce sont des gens très gentils. Ils font face sans trop de connaissances, mais sans éluder. Ils re-mouillent proprement avec 40m de chaîne;  bien leur en prend car il y a encore un coup d’Est en début de nuit. Les prévisions météo n’arrêtent pas de changer. Ils s’en vont tôt le lendemain. S’ils étaient à bord de leur propre voilier on se reverrait sans doute un jour quelque part. N’empêche… je les ai jugé un peu vite!

PIERRE-YVES ET SYLVIE :

   

Eux sont suisses et on sympathise. Ils ont une chienne, Skye, et un géranium, Gérard. Un Océanis 42-CC, “Dune”, un joli bateau, un peu comme le Bavaria 42-CC de Chantal et de Markus, mes amis de Vinarius. J’adore les histoires des navigateurs: comme ils se sont retrouvés là. C’est toujours très intéressant, c’est souvent beau. Ils doivent descendre sur Rhodos. Moi je suis bloqué par ma carte. C’est rare de se découvrir des atomes crochus avec un couple, cette entité un peu monstrueuse… Il y a 17 bateaux de location dans le port, 13  de propriétaires,  dont 4 suisses; et parmi eux ‘Cindy’-qui-ne-s’appelle-pas-Cindy, équipière sur le Trimaran de Charly, à droite sur la photo de droite.

Pierre-Yves et Sylvie partent sans doute aujourd’hui;  je leur souhaite des vents cléments. Mais on se reverra c’est sûr, “et si ce n’est pas sûr c’est quand même peut-être” dirait Brel… La vie est étonnante; on est vieux… et on ne l’est pas! ça pourrait devenir un art…

    (La Mora sur la tapisserie de Bayeux…)

OLIVER:

Et puis mon voisin tribord OLIVER, à qui j’apprends que le nom de son ‘Belliure’, “La Mora”, un très beau bateau de 15-16 mètres, provient peut-être de celui du ‘vaisseau ducal’ de Guillaume le Conquérant quand il envahit l’Angleterre en 1066. Je ne le savais pas non plus, mais il m’arrive d’être curieux.

On discute un moment ce soir. Il part demain mais il revient à Kalymnos. On risque donc de se revoir. Il me propose de m’avancer des sous, mais je décline. Tant pis pour les tavernas… Ce n’est pas plus mal de manquer parfois: ça recentre! Mais c’est généreux de sa part.

Ces rencontres sont des vitamines. Certains s’en passent. Je me demande comment ils font. Pour moi elles valent bien une carte mangée par un distributeur au fond d’un ‘golfe pas très clair’. Je repasse encore une fois chez Noufris le loueur de voitures. Le type de la machine à billets n’est pas venu. “A ver si mañana …” “Mipos Avrio”. Demain.. apès-demain …  Quizas (x 3)!

Voilà, Il est tard. Le blog est à jour! Mais c’est bien la dernière fois que je prends autant de retard, car ça rend tout plus compliqué.